Portrait : Porhuot Duong, avec le Français, beaucoup plus d’opportunités s’offrent à nous

Porhuot Duong a 20 ans. Il entre en quatrième année de médecine à l’Université des sciences de la santé de Phnom Penh, mais aussi à l’URPP en licence ès-Lettres Français… Quand il n’est pas en cours de Français à l’IFC. À côté de ses études, il a décidé de lancer une application facilitant la communication au sein des universités, en participant au concours start-up francophone de Hanoï. Portrait.

Porhuot Duong
Porhuot Duong

CM : Pourquoi avez-vous commencé à apprendre le Français ? Quand était-ce ?

J’ai commencé le Français pour entrer en médecine, après mon Baccalauréat. Mais j’apprends le Français, non pas uniquement pour soutenir mes études de médecine, mais aussi car j’y prends beaucoup de plaisir. Je trouve cette langue très douce. J’aime écouter les gens parler cette langue autant que pouvoir la parler moi-même. C’est ce qui me motive à apprendre la langue, même si la grammaire n’est pas aussi facile que pour certaines autres langues. Cet été, j’y travaille au moins 1h30 par jour, à part le weekend, à l’IFC ! C’est beaucoup, mais pas encore assez pour être au top. En plus de ça j’ai aussi des devoirs à faire en rentrant, des exposés à préparer…

CM : Votre famille parle-t-elle Français ?

Non, je suis le seul dans ma famille. J’ai essayé de leur apprendre quelques mots, mais ils n’étaient pas très convaincus ! Je suis né dans une famille chinoise, donc tout le monde parle Chinois… sauf moi ! Mes parents sont des métis Sino-Cambodgiens, mais ça me parait loin de moi et je ne me sens pas vraiment Chinois. Et je n’aime pas l’écriture, donc ça ne me donne pas envie d’apprendre la langue ! Mes parents ont essayé de m’inscrire à des cours quand j’étais petit, mais j’ai trouvé cela très dur… J’ai refusé, ils ne m’ont pas forcé à continuer. Mon père connaît seulement quelques mots en Français, car il a fait l’armée, or la langue française y est très utilisée donc il sait compter en Français. Quand j’étais petit, chaque nuit, avant de me coucher, mon père comptait en Français pour m’aider à m’endormir. C’est cela qui m’a intéressé à la langue française. Mais comme mes parents ne connaissaient pas d’école enseignant le Français, je n’ai pas pu commencer à apprendre tôt. Heureusement, j’ai la chance d’apprendre assez vite les langues.

CM : Avez-vous déjà des projets d’avenir ? En France ?

J’aimerais devenir médecin généraliste ou spécialisé, je ne sais pas encore. Je pense en revanche que nous avons très peu de possibilités de travailler en France, même si cela me plairait, car la qualité de l’enseignement est excellente en France… Par contre, nous avons la possibilité d’effectuer nos stages là-bas ! Et ça pourrait me plaire. Pourquoi pas à Paris, mais j’aimerais aussi découvrir Marseille, Toulouse et Lyon, où j’ai quelques amis cambodgiens qui y continuent leurs études. Pour les études, l’université de médecine à Lyon est réputée et beaucoup de médecins cambodgiens sont allés faire leurs études là-bas.

CM : En dehors des études, que vous apporte le Français ?

Le Français donne énormément d’atouts. Au Cambodge, il est plus facile de trouver un bon poste, mieux rémunéré. Même en tant qu’étudiant, ça m’a permis d’être embauché au lycée Descartes en tant qu’animateur à la cantine. J’y travaille d’abord pendant mes vacances, et si je peux continuer pendant mon année d’études, pourquoi pas. Pour moi qui aime beaucoup les enfants, c’est un petit boulot très agréable. En fait, avec le Français, beaucoup plus d’opportunités s’offrent à nous.

CM : Vous pensez trouver le temps de combiner vos études, les cours à l’IFC et cet emploi ?

J’espère ! Le midi, je n’ai pas de cours. Et travailler sur cette plage horaire m’apportera une expérience dans le monde du travail, pour apprendre à travailler avec les autres. Mais je suis aussi étudiant à l’Université royale de Phnom Penh, où je fais une licence ès-lettres Français. J’ai donc quatre heures de Français de plus par semaine, mais aussi de la littérature, culture générale, etc… Au total, ce sont quinze heures par semaine qui s’ajoutent aux vingt heures de médecine et aux cinq heures de cours à l’IFC… En plus des devoirs. Bien sûr, je dois beaucoup m’organiser.

Quand les échéances de certains devoir approchent pour l’un ou l’autre, je me concentre principalement sur ce qui est urgent et je laisse de côté les autres filières. Et ensuite, je reviens à ce que j’ai raté. Mais je pense qu’après ma quatrième année à l’IRPP, j’aurai plus de temps libre. Car j’aurai du mal à continuer un master en même temps que la médecine. Et si ensuite, la langue française m’intéresse vraiment, je pourrai continuer un Master de langue après avoir fini la médecine.

CM : Envisagez-vous un parcours professionnel où vous pourriez mêler les deux ?

Si je suis très motivé, je peux peut-être devenir médecin et professeur de Français vacataire… Mais avant même cela, avoir ma licence de Français me permettrait de gagner un peu d’argent, par exemple en tant que guide touristique ou traducteur. Le but serait que ma famille n’ait plus à s’occuper de moi pendant mes études de médecines, qui sont très longues. Il faut huit ans pour être médecin généraliste, et dix à douze pour être médecin spécialisé. Mes amis auront déjà fini leurs études l’année prochaine et gagneront leur vie… Je ne veux pas rester un poids pendant ma famille pendant si longtemps.

D’autres projets ?

Le mois dernier, j’ai participé au “concours start-up francophone”, à Hanoï. Avec un ami, nous avons monté un projet pour créer une application mobile qui serait un outil de communication interne dans les universités, entre l’administration, les professeurs et les étudiants. Nous avons déjà passé les quatre premières étapes du concours, mais les trois premières étaient assez faciles. La quatrième comporte une grosse partie de budget prévisionnel, or nous n’avons pas fait d’études de commerce ! Nous n’avions aucune connaissance, mais heureusement, j’ai pu faire appel à des conseillers d’un incubateur de startups qui nous ont beaucoup aidé.

Il ne nous reste plus que la cinquième étape à passer. Si nous sommes parmi les quatre équipes sélectionnées sur vingt-trois, notre projet continuera à être soutenu ! C’est d’ailleurs encore un projet que j’ai pu réaliser en Français…

Photographie et propos recueillis par Adèle Tanguy

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