Gastronomie : Bistrot Langka, une perle cachée

La scène gastronomique phnompenhoise réserve parfois de belles surprises…

Lorsque l’on n’est pas du cru, on a recours, en désespoir de cause, à des réseaux sociaux dont certains (Tripadvisor notamment) sont d’une fiabilité douteuse. Il est en effet de notoriété publique que des restaurateurs peu scrupuleux n’hésitent pas à avoir recours aux « usines à clics » et autres spécialistes de la publicité mensongère pour faire monter artificiellement leur cote.

Dès lors, les plus prudents regardent d’un œil suspicieux les centaines d’avis dithyrambiques donnés sur certains établissements.

Exemple : le Bistrot Langka, restaurant français de BKK1. A l’heure où nous écrivons ces lignes, ce ne sont pas moins de 783 commentaires qui sont annoncés sur la page de l’établissement, dont 83 % accordent une note optimale. Le réflexe pavlovien qui nous anime nous invite à la plus grande méfiance.
Il faut cependant, avant de se faire un avis, aller déguster de ses propres papilles pour voir ce qu’il en est réellement.

Géolocalisation

Premier écueil : la géolocalisation de notre « smartphone » a bien du mal à nous indiquer un itinéraire : sur le plan, le point qui marque l’emplacement du Bistrot Langka s’affiche au centre d’un pâté de maisons. En étudiant ledit plan de très près, on voit que le restaurant est en réalité blotti dans une minuscule allée débouchant sur la rue Pasteur (51), entre le boulevard Preah Sihanouk et la rue 294.

Bistrot Langka

Nous arrivons… Alors que les établissements adjacents sont vides ou presque, la salle du Bistrot est comble. En ce mardi soir, jour habituellement calmissime dans les restaurants de Phnom Penh, et alors que nous arrivons après 20 heures, c’est avec difficulté que l’on nous trouve une table à la salle de l’étage. Mais il est vrai que le restaurant ne peut guère accueillir plus d’une trentaine de convives.

Coup d’œil sur la carte, peu diserte : les mets semblent assez basiques : œuf parfait, carpaccio de poisson, risotto, filet de bar, côte de porc, tartare de bœuf, faux-filet … Nous optons pour l’œuf parfait, le risotto, le faux-filet et le tartare.

En attendant notre commande (on nous fait patienter avec un bol chips maison accompagnées d’un ramequin de sauce trempette à la tomate, délicieux), nous regardons autour de nous et constatons que la clientèle est plutôt cosmopolite.

La table où nous avons été placés nous donne une vue plongeante sur la cuisine vitrée. Nous voyons défiler à un rythme soutenu les plats dressés par les maîtres-queux, et nous nous réjouissons par anticipation… La cuisine, d’une propreté irréprochable, fait penser à une fourmilière où les ouvrières laborieuses s’affairent en un ballet bien réglé.

Vue sur la cuisine
Vue sur la cuisine

L’oeuf parfait

Arrive l’« œuf parfait 65°C, crème de chorizo, mouillettes ». Le dressage est joli. Les mouillettes grillées ont un très agréable croquant. Le jaune d’œuf a une de texture épaisse. La crème de chorizo est richissime … Rarement on aura dégusté une sauce aussi onctueuse, superbement assaisonnée. On regrette aussitôt d’avoir décidé de partager cette entrée.

Œuf parfait
Œuf parfait

Risotto

Le « risotto champignons, asperges, parmesan » arrive ensuite. On comprend en goûtant à la cuisson du riz, parfaite, que le métier de cuisinier ne s’invente pas… Le plat est riche en parmesan, un peu plus pauvre, c’est dommage, en asperges.

Pendant que nous attendons la suite, la serveuse vient déposer sur la table d’à côté une majestueuse assiette, tapissée avec élégance de tranches de porc dont l’aspect laisse présager une cuisson au millimètre. Si nous n’étions pas retenus par les règles les plus élémentaires du savoir-vivre, nous demanderions volontiers à nos voisins de table de nous céder une tranchinette de cette viande.

Arrivent enfin notre « tartare de bœuf du chef, frites et salade » et le « faux-filet de bœuf (Nouvelle-Zélande), gratin dauphinois ».

Tartare et faux-filet

Le tartare, assaisonné avec une science accomplie, est servi sur une galette qui évoque les toasts sur lesquels les Helvètes ont coutume de déposer leur tartare. La vinaigrette qui accompagne la salade est goûteuse. Seules les frites, que l’on trouve un peu mollassonnes, viennent ternir l’ensemble.

Le faux-filet kiwi a une belle tendreté. Le gratin dauphinois est crémeux à souhait, et le gril a conféré à sa croûte une belle couleur dorée. C’est de la belle ouvrage !

Faux-filet et gratin dauphinois
Faux-filet et gratin dauphinois

Les portions ayant été copieuses, nous hésitons à finir par un dessert. Mais, fort heureusement, la gourmandise l’emporte. Notre choix se porte sur le « fondant au chocolat, cœur caramel, glace vanille ». A la découpe, le chocolat fondu s’écoule en un flux onctueux… En voyant arriver sur la table voisine le « crumble aux pommes » (les dîneurs de cette table sont manifestement des experts), nous avons presque des remords.

Ajoutons à cela que le service est presque parfait (l’attente est un peu longuette) et que la note (moins de 25 dollars par personne, vin et cafés compris) est des plus raisonnables. C’est pourquoi, au moment d’attribuer une note, nous avons bien du mal à déduire quelques dixièmes de points de la note maximale…

Texte et photographies : Pascal Médeville

Notes (sur 5) :
Atmosphère : 4,5
Service : 4,7
Qualité des produits : 4,8
Présentation des plats : 4,6
Rapport qualité/prix : 4,9
Note globale : 4,7

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