Santé – Insuffisance rénale : La menace du tueur silencieux

Dans les couloirs du centre de dialyse de Preah Ket Mealea de Phnom Penh, les patients atteints d’insuffisance rénale en phase terminale passent des heures tous les jours accrochés aux machines d’hémodialyse. Leurs conversations sont tristes, sombres et chuchotées.

Dans ces couloirs, l’espoir est devenu un mot bien rare, réservé, qui s’adresse seulement à ceux qui ont les moyens de se payer le traitement. Beaucoup de ces patients n’ont pas ces moyens, certains ont vendu leurs quelques biens pour s’offrir le traitement. Quant à la possibilité de pouvoir subir une greffe, l’espoir est encore plus lointain.

”Avez-vous envisagé de mourrir demain ?”, demande un patient…

“…Le monde est comme ça, quand vous avez de l’argent, vous pouvez vivre plus longtemps…”, lui répond un autre patient.

Un patient atteint d'insuffisance rénale se repose sur un banc dans un centre de dialyse, à Phnom Penh, Photographie Khan Sokummono
Un patient atteint d’insuffisance rénale se repose sur un banc dans un centre de dialyse, à Phnom Penh, Photographie Khan Sokummono

Certains malades ici se réfèrent à l’insuffisance rénale comme ”la maladie qui vous prend tout”.

Lan Sunnara, Cambodgienne âgée de 63 ans et épouse d’un patient sous dialyse à Preah Ket Melea, raconte qu’elle est désespérée.

”…J’ai tout vendu…”, dit-elle. ”…Nous avons presque plus d’argent, et si les médecins ne peuvent plus nous accueillir, il va tout simplement mourir….”, ajoute-t-elle.

 

Le nombre de Cambodgiens souffrant d’insuffisance rénale augmente dans le royaume, alors que les infrastructures sanitaires du pays ne sont pas suffisamment préparées pour gérer ce problème de santé.

Il est encore impossible d’obtenir une greffe de rein dans le pays, et il y a seulement une poignée de centres de dialyse, et moins d’une douzaine de spécialistes du rein, (néphrologues).

Chan Sovandy, le vice-président de l’Association des néphrologues au Cambodge, qui compte seulement onze membres à travers le pays, avance que l’insuffisance rénale au Cambodge a augmenté à un « rythme très rapide », en grande partie en raison de l’augmentation du diabète et de l’hypertension artérielle.

En 2017, il y avait environ 600 patients sous dialyse au Cambodge, une augmentation de 10 à 20% par rapport à 2016, selon le Dr Sovandy. Mais ceci est une goutte d’eau par rapport aux besoins estimés.

Un patient cambodgien atteint d'une maladie rénale subit une dialyse, connue en khmer sous le nom de "nettoyage du sang" , Photographie Khan Sokummono
Un patient cambodgien atteint d’une maladie rénale subit une dialyse, connue en khmer sous le nom de “nettoyage du sang” , Photographie Khan Sokummono

Un nombre incalculable de Cambodgiens pauvres qui ont besoin d’un traitement des reins ne peuvent pas se permettre un traitement. Nombre d’entre eux ne savent probablement pas qu’ils ont une maladie rénale, car elle ne présente aucun symptôme jusqu’à ce que la maladie soit à un stade très avancé. C’est la raison pour laquelle les médecins appellent souvent cette maladie ” Le tueur silencieux. “

Une étude menée en 2015 dans un centre médical à Phnom Penh a évalué près de 1000 patients cambodgiens sans antécédents connus. L’étude a permis de constater que près d’un tiers d’entre eux avaient des protéines ou du sang dans les urines, un signe d’avertissement sérieux des problèmes rénaux. Dans l’ensemble, plus de la moitié présentaient au moins une anomalie lors d’un test d’urine de routine.

L’auteur de l’étude conclut : ”…Un programme complet et urgent de dépistage pour l’hypertension et les maladies rénales est nécessaire pour prévenir les maladies des reins.

Une étude distincte, réalisée en 2015, estime que près de 40% de la population diabétique du Cambodge souffre d’insuffisance rénale, soit près de 100 000 personnes.

Les auteurs de l’étude soulignent également : ”…Il faut absolument des programmes de dépistage dans les pays en développement comme le Cambodge…Le pays ne dispose pas encore d’un système de santé qui peut supporter la lourde charge financière de l’accès universel aux soins pour les maladies des reins…”

”…Dans ces pays, ajoutent-ils, un grand nombre des personnes qui présentent une maladie rénale chronique à un stade avancé sont susceptibles de mourir des conséquences de cette maladie…”.

La douleur de la dialyse, la douleur de la non-dialyse

Aucun programme de dépistage ne semble prévu pour le moment.

Au centre de dialyse à l’hôpital Preah Ket Mealea à Phnom Penh, il n’y a que vingt lits. Chaque patient doit passer plusieurs heures accroché à la machine, ce qui signifie que seulement soixante patients peuvent subir une dialyse tous les jours. Il y a un nombre similaire de lits au centre d’hémodialyse Sim Chea. Deux autres hôpitaux à Phnom Penh, un à Battambang, Siem Reap et Sihanoukville proposent également ce traitement.

Kong Seat, 68 ans, instituteur à la retraite à Kampot, indique qu’il a dépensé au moins 100 000 $ au cours des cinq dernières années pour le traitement de sa maladie rénale chronique, une maladie qu’il a développé en raison d’hypertension et de diabète.

Seat parle lentement, comme épuisé. Il git sur un lit à Preah Ket Melea, regardant fixement son sang circuler de la pompe d’un cathéter vers la machine de dialyse.

”…Je suis obligé de venir me soigner ici, sinon la douleur devient insupportable…”, dit-il.

Sa femme, Lan Sunnara, décrit leur famille comme venant de la classe moyenne. Lan et son mari étaient des enseignants de sixième année à l’école primaire dans leur ville natale de Kampot. Ils possédaient plusieurs parcelles de terrain et des camions, qu’ils utilisaient pour gérer une petite entreprise de transport.

Mais quand Kong Seat est tombé malade, tout a changé. Ils ont dû quitter leur emploi, leur maison et laisser leur fille cadette à Kampot. Ils ont dû louer une petite chambre dans une banlieue de Phnom Penh afin que Kong puisse recevoir sa dialyse trois fois par semaine. Ils ont vendu leurs terrains et leurs véhicules.

Ceci est une expérience fréquente pour les Cambodgiens en milieu rural souffrant de maladie rénale. En plus des 600 $ de coût mensuel pour la dialyse, sans compter le prix des médicaments, les patients doivent quitter leur maison et payer pour un logement à Phnom Penh.

De nombreux habitués de Preah Ket Mealea passent des heures à s’entretenir de leur situation financière désastreuse, déclare Sunnara.

”…Tout le monde soulève la question. On se dit qu’il devrait y avoir une subvention pour des gens comme nous. Cela fait cinq ans et nous avons dépensé beaucoup trop d’argent. Je n’ai pas plus d’idées. je suis moralement épuisée…”, dit-elle.

Transplantations hors de portée

Le seul remède pour la maladie rénale est une greffe, le rein malade est remplacé par un organe sain venant d’un donneur. Mais cette opération ne peut être réalisée au Cambodge. Il faut aller en Inde, en Thaïlande ou à Singapour.

Paradoxe qui rend les choses plus compliquées, le gouvernement a interdit en 2016 ”l’achat”des organes afin de lutter contre le trafic d’organes. Et, il n’y a toujours pas de chirurgiens cambodgiens capables d’effectuer l’opération dans le pays. Il n’y a donc pratiquement aucun moyen pour un citoyen cambodgien d’obtenir une greffe de rein dans le royaume.

“…La seule chose que nous pouvons faire est de sauver les patients en utilisant la dialyse…”, déclare le Dr Sovandy.

Le journaliste Saing Soenthrith a découvert qu’il avait une maladie rénale chronique en 2016 après avoir souffert de diabète pendant des années. Il a dû quitter son emploi car ses traitements de dialyse trihebdomadaire l’avaient épuisé.

”…Avant, je pouvais conduire, faire ma dialyse et revenir à la maison en voiture. Mais maintenant, je me sens trop faible…”, dit-il, ajoutant qu’il avait enduré plus de 200 séances de dialyse jusqu’à présent.

Soenthrith est père célibataire de trois enfants, il tente depuis deux ans d’économiser assez d’argent pour se payer une greffe de rein en Inde. Cela nécessite au moins 40 000 $ . Mais sans emploi et avec trois enfants à charge, son seul espoir est de vendre un terrain qu’il possède. Cela lui permettra de se soigner et de partir à la retraite.

”…je veux me reposer, je ne veux plus de dyalise, j’espère aller en Inde cette année, sinon je crois que cela sera fini pour moi…”, déclare-t-il.

Un problème regional

La maladie rénale est l’un des problèmes de santé publique les plus importants dans la région.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, le taux de mortalité annuel pour 100 000 personnes atteintes d’une maladie rénale chronique en Asie a augmenté de 77,9% depuis 1990, soit une moyenne de 3,4% par an.

Cela est dû en grande partie à des changements de style de vie causées par le développement économique, qui peuvent conduire à ce qu’on appelle des « maladies de l’abondance. » Ce sont des maladies chroniques causées par une vie malsaine, comme trop manger et ne pas avoir d’activité physique. L’une des principales causes des maladies rénales chroniques dans le monde entier reste l’hypertension artérielle, qui peut endommager les minuscules vaisseaux sanguins essentiels au bon fonctionnement des reins.

Le diabète, un trouble endocrinien dont la prévalence est également en hausse au Cambodge, peut aussi causer des dommages à travers un certain nombre d’organes, et en particulier les reins.

L’ONG MoPoTsyo considère que la prévalence du diabète au Cambodge est «étonnamment élevée» estimant qu’elle pourrait atteindre 10% dans certaines régions.

”…Ces types de maladies augmentent probablement dans un pays en paix, où les gens aiment manger librement sans penser à la quantité d’huile, de protéines, ou à la malbouffe qu’ils consomment, ce qui est nocif pour le système endocrinien…”, déclare le Dr Sovandy.

L’an dernier, le ministre de la Santé Mam Bunheng estimait que plus de 600.000 Cambodgiens auront le diabète en 2025. Mais peu d’entre eux sont en mesure de recevoir un traitement approprié.

“…Les personnes atteintes de diabète n’ont aussi pas accès à un traitement approprié…”, indique le Dr Sovandy. “…Cela comprend un suivi médical régulier et approprié mais aussi l’adaptation à un meilleur mode de vie…”, ajoute-t-il.

Le Dr Sovandy déclare que le nombre infime de néphrologues au Cambodge indique que des recherches sérieuses sur les maladies rénales dans le contexte local sont nécessaires, et urgentes.

“…Tout semble flou en ce moment…”, conclut-il.

Avec voanews.com

Contenus sponsorisés

BRED BANK CAMBODIA : le Package Platinum

BRED BANK CAMBODIA : le Package Platinum

Dans le but de diversifier son offre et de répondre aux attentes des clients les plus exigeants, BRED Bank Cambodia propose aujourd’hui une offre flexible...

Haut de page