Portrait : Sak Chhoeun, enseigner le Français est un moyen de sensibiliser les élèves

Sak Chhoeun a 25 ans. Ayant tout juste fini son Master de linguistique et didactique de langues à l’université de Rennes, il est enseignant à l’institut Français du Cambodge. Il nous parle d’éducation, de France et de protection environnementale, à laquelle il aimerait contribuer. Portrait.

Sak Chhoeun, enseignant de Français Langue Étrangère à l'IFC
Sak Chhoeun, enseignant de Français Langue Étrangère à l’IFC

CM : Pouvez-vous vous présenter et nous dire d’où vous venez ?

J’ai 25 ans, suis né à Battambang mais ai grandi à Siem Reap. Je suis professeur de Français a l’IFC.

CM : Quand avez-vous commence à apprendre le Français et pourquoi ?

J’ai pris des cours dès le collège, en classe bilingue. Je voulais apprendre la langue française car, à l’époque du protectorat Français, ma grand-mère apprenait le Français et, quand j’étais petit, elle me parlait souvent en Français. Non pas couramment, mais seulement quelques mots. C’est la prononciation de la langue qui m’a fasciné et j’ai voulu l’apprendre. Cependant en primaire, je n’ai pas réussi à m’inscrire en classe bilingue. Heureusement, quand je suis arrivé au collège, il y a eu une reforme de ces classes : le meilleur élève de chaque classe était sélectionné pour rejoindre une classe bilingue. C’est comme ça que j’ai pu en intégrer une, vers 12 ans. J’ai passé le bac en Français et l’examen national en Cambodgien.

CM : Sak Chhoeun, quelles études avez-vous effectuées ensuite ?

J’ai passé une licence S-Lettres Français à l’Institut de langues étrangères, au Cambodge. Mais, ayant appris le Français dans les manuels, je voulais pouvoir le pratiquer en France. J’ai donc entrepris de passer mon Master 1 et 2, linguistique et didactique de langues, en France, a l’université Rennes 2, entre 2016 et 2018. J’ai profité de ces deux années pour voyager et parcourir la France. Mais j’ai beaucoup aimé Rennes, par rapport a de plus grandes villes comme Lyon, car j’y ai senti une solidarité entre le gens.

CM : Vous avez donc vécu le blocage de la Faculté Rennes 2, au printemps, contre la loi de sélection à l’université ? Quelles ont été vos impressions ?

J’avais déjà fini mon premier semestre théorique, donc je n’avais plus de cours à l’université. Mais j’étais encore à Rennes, j’habitais juste en face de l’université. Quand j’ai voulu aller retirer mon diplôme de Master 1, je n’ai même pas réussi à entrer dans l’université ! J’ai été impressionné, voire choqué, car en tant que Cambodgien, j’ai rarement rencontre ce genre de situation.  Le plus impressionnant pour moi était le fait qu’il y ait des manifestations qui se déroulent sans violences, ce qui n’est pas dans l’idée que l’on se fait, au Cambodge, de la manifestation.

CM : Quel a été votre ressenti sur vos deux années d’études en France ?

J’ai beaucoup aimé l’ambiance qu’il y avait entre les étudiants. En tant qu’étudiant étranger, j’ai été agréablement surpris que mes camarades Français m’aident pour la prise de notes, me proposent de sortir avec eux en dehors des cours… On discutait beaucoup, ils ont partagé avec moi toutes leurs expériences professionnelles, car la plupart étaient déjà enseignants alors que moi, non. Par contre, j’ai rencontré des difficultés face au système de notation et aux partiels. Au Cambodge, les examens se font beaucoup sous forme de QCM ou questions courtes donc j’étais peu habitue aux sujets de dissertation. Ecrire dix pages sur une question en deux heures, c’est compliqué pour un étudiant étranger ! Par ailleurs, dans ma formation, la responsable considérait qu’en linguistique, tout le monde devait bien maîtriser la langue. On était donc noté de la même façon que les étudiants Français.

CM : Pourquoi êtes-vous rentré au Cambodge, après votre Master ?

Je suis revenu pour mon stage de Master 2, que j’ai fait à l’IFC en tant qu’enseignant. Je passerai ma soutenance pour valider mon Master à distance, en septembre. En attendant, je continue à travailler ici.

CM : Avez-vous des projets pour la suite ?

A court terme, je voudrais rester ici et travailler comme professeur de Français Langue Étrangère pour mettre en pratique mes connaissances acquises et former un grand nombre d’apprenants francophones qualifies. La bonne maîtrise d’une langue étrangère est en effet pour eux une porte d’entrée sur un marché du travail très concurrentiel. A long terme, j’aimerais travailler dans des ONG, au Cambodge, pour acquérir de l’expérience dans le domaine environnemental et développement durable, et apporter ma contribution. Mon objectif ultime serait de travailler au sein de l’ONU.

CM : D’où vient cet intérêt pour la cause environnementale ?

Pour moi, le problème de la protection de l’environnement est le problème principal, de nos jours. En travaillant dans ce domaine, je veux contribuer à la protection, en sensibilisant des gens. La sensibilisation lierait les domaines de l’éducation et de l’environnement. Mais je pense suivre une formation dans le domaine de l’environnement, pour avoir plus de connaissances sur ce thème.

CM : Pensez-vous que le programme scolaire cambodgien sensibilise assez à cette cause ?

Selon moi, ce thème est trop peu abordé, dans les écoles. C’est pour cela que je commence dès aujourd’hui à sensibiliser mes élèves de l’institut en intégrant cette problématique à mes cours de langues. Mais pour toucher plus de jeunes, il faudrait que je travaille pour ministère de l’Education pour mener un projet a plus grande échelle !

CM : Que peux selon vous vous apporter la maîtrise du Français, dans le secteur des ONG environnementales ?

Sachant que beaucoup d’ONG françaises proposent des volontariats, je pense que cela me permettra surtout d’acquérir une expérience, tout en restant œuvrer pour le Cambodge.

CM : Comptez-vous retourner voyager en France, prochainement ?

Oui ! J’ai déjà prévu d’y passer des vacances, l’année prochaine. Mais je ne sais pas encore dans quelle région…

Propos recueillis par Adèle Tanguy

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