Communauté : Des ambitions très françaises sur Siem Reap

En octobre prochain, la ville de Siem Reap devrait avoir son Alliance Française, ou plutôt un centre culturel français car le nouveau projet porté par le groupe Thalias diffère sensiblement de ce qui avait été fait auparavant dans la capitale provinciale. Pour en savoir plus sur cette initiative tant attendue par les Français et francophones de Siem Reap, Cambodge Mag s’est assis avec Arnaud Darc, PDG du groupe Thalias et fervent promoteur de ‘’toujours plus de France au Cambodge’’…

CM : Pourquoi cette réouverture de l’Alliance Française à Siem Reap ?

Tout d’abord, ce n’est pas une réouverture, c’est une création, un modèle avec un concept plus large et plus complet que ce qui existait auparavant. Notre expérience dans le recrutement et le management du personnel cambodgien montre que ceux qui parlent et écrivent le français ont de bien meilleures capacités d’adaptation et de compréhension que ceux qui ne parlent que l’anglais en deuxième langue.

CM : D’autres raisons ?

C’est l’une des raisons qui motive notre démarche, mais cette idée d’Alliance avait déjà été évoquée par la communauté française de Siem Reap, notamment au travers d’une pétition en 2016, qui demandait la réouverture d’une Alliance alors que celle de Siem Reap, ouverte en 2005, avait dû fermer dix ans plus tard pour des raisons économiques. Sur ce projet de réouverture, j’avais une divergence fondamentale sur les moyens d’y parvenir. Les gens de la communauté française de Siem Reap envisageaient de mener le projet avec principalement une aide de l’état alors que mon projet se base sur une autonomie de moyens par le biais de partenariats privés, de dons et de mécénat. Nos chemins se sont alors séparés malgré les excellentes relations que nous avons conservées.

Arnaud Darc, PDG du groupe Thalias, en discussion avec Jean Lestienne, Conseiller consulaire à Siem Reap
Arnaud Darc, PDG du groupe Thalias, en discussion avec Jean Lestienne, Conseiller consulaire à Siem Reap

CM : Quelles ont été vos premières démarches ?

Lorsque l’équipe du groupe Thalias s’est mis en quête d’un endroit pour implanter un restaurant Khéma à Siem Reap, notre choix s’est porté sur un bâtiment situé sur un terrain en bord de rivière. J’ai pensé que cette future Alliance pourrait parfaitement y trouver sa place, mais aussi son école et éventuellement une antenne de la Chambre de Commerce France-Cambodge.

CM : Quel a été l’accueil ?

Nous avons présenté notre projet à l’ensemble des acteurs concernés et, l’accueil a été des plus chaleureux, y compris de la part des autorités cambodgiennes. Les commerces et industries locales y voient aussi une excellente opportunité d’avoir à terme du personnel d’un bon niveau général et maitrisant le Français. N’oublions pas que, chaque année, ce sont plus de 150 000 francophones qui visitent les temples d’Angkor. Chemin faisant, l’idée ayant muri, la communauté française de Siem Reap s’est rapprochée et, c’est avec eux que nous choisirons le premier conseil d’administration.

Cette Alliance sera une association de droit cambodgien et sera présidée par un Cambodgien. Cette Alliance Française doit être le fruit de l’expérience des Français ayant réussi au Cambodge et, en particulier à Siem Reap. Je pense notamment à ‘’La Semaine Française de Siem Reap’’ qui a eu lieu en mars et qui a eu beaucoup de succès. Ce fut un événement bien représentatif du dynamisme des Français dans cette ville.

La Semaine Française de Siem Reap, un évènement bien représentatif du dynamisme des Français dans cette ville.
La Semaine Française de Siem Reap, un évènement bien représentatif du dynamisme des Français dans cette ville.

CM : Quels moyens seront mis en œuvre ?

Il nous faudra au moins une équipe de dix personnes dont une majeure partie sera des enseignants qualifiés pour l’école, un établissement que je souhaite à la pointe. L’objectif est aussi d’obtenir à terme le label ‘’Alliance Française ‘’. Cela devrait se faire assez rapidement, nous prévoyons l’enregistrement de l’association le 04 juillet de cette année et l’ouverture de cette Alliance le premier octobre.

CM : Quels types de financement ?

Le mécénat…Aujourd’hui, seul le groupe Thalias porte ce projet mais d’autres entreprises françaises regardent avec bienveillance cette initiative. Je pense qu’elles verront à terme le potentiel de ce projet et que, le moment venu, elles répondront à notre appel pour promouvoir cet outil appelé à véhiculer la culture et le savoir français.

CM : Est-ce un coup de cœur de votre part ou il y a-t-il d’autres motivations derrière cette initiative ?

C’est l’aboutissement d’une longue réflexion personnelle concernant mon parcours de vie et le chemin accompli. Le Président Français a fait cette réflexion il y a quelques temps : ‘’…Certes, mon pays a fait beaucoup pour moi, mais qu’ai-je-fait pour mon pays ?’’. Personnellement, la France m’a permis de suivre un enseignement de qualité de la maternelle à la terminale, puis par l’université et les grandes écoles. Tout cela était gratuit. Et, moi, dès la fin de mon cursus  universitaire, je suis parti, diplôme en poche, utiliser mon savoir acquis en France dans un pays étranger. Quelque part, je n’ai rien rendu à cette France, ni par mon travail, ni par l’impôt. Aujourd’hui, à travers ce projet d’Alliance Française, je m’acquitte en partie de cette dette morale en continuant de promouvoir notre belle langue française et notre culture dans ce beau pays. Je rappelle aussi que le Cambodge a de profonds liens culturels avec la France.

Je crois que c’est à nous, acteurs économiques, d’aider à préparer le futur avec des initiatives dans un pays au fort potentiel économique et surtout humain. J’y crois, et je pense aussi que la France et les Français, au travers d’initiatives comme l’Alliance Française, continuera à jouer un rôle stratégique dans le développement et l’épanouissement de ce pays.

Propos recueillis par Bruno Bogvad

Photographies par Christophe Gargiulo

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