Vaincre la cataracte avec Khmer Sight Foundation

Lorsqu’il arrive dans ses bureaux de l’avenue Norodom, Sean Ngu suggére immédiatement la maxime de Bergson : « agir en homme de pensée, penser en homme d’action. » L’homme est un hyperactif, au sens noble du terme : chef d’entreprise, secrétaire d’état, il est aussi fondateur et dirigeant de la Khmer Sight Foundation (KSF), ONG ayant pour objectif de redonner la vue aux Cambodgiens souffrant de problèmes ophtalmiques.

Plus de 10,000 nouveaux cas de cataracte apparaissent chaque année
Plus de 10,000 nouveaux cas de cataracte apparaissent chaque année

« Il y a un énorme problème de cataracte au Cambodge, », explique-t-il, « on estime qu’il y a 300,000 à 400,000 personnes à opérer. » L’opération n’est ni chère ni trop complexe (15 minutes), mais la réaliser exige des compétences très spécialisés dont le royaume manque cruellement. Le Cambodge ne compte guère plus d’une vingtaine de chirurgiens ophtalmiques. La cause de la prévalence élevée de cette pathologie au Cambodge se trouve dans l’histoire et la géographie : la malnutrition de la période Khmer Rouge a fragilisé les organismes, sa situation tropicale rend le pays très exposé aux plus intenses des rayons du soleil. Le problème est aggravé par la poussière, omniprésente sur les routes de campagne et difficilement évitable quand avec des dizaines de kilomètres de déplacements quotidiens en moto. Le cocktail est redoutable, on estime que « plus de 10,000 nouveaux cas » apparaissent chaque année.

Il y a un énorme problème de cataracte au Cambodge, on estime qu’il y a 300,000 à 400,000 personnes à opérer
Il y a un énorme problème de cataracte au Cambodge, on estime qu’il y a 300,000 à 400,000 personnes à opérer

Pour la grande majorité des patients, l’opération a lieu sans complications. « 80% d’entre eux retrouvent la vue à la suite de cette opération, » explique Sean Ngu. « Malheureusement, pour les 20% restant, le nerf ne fonctionne plus, et il n’y a rien à faire. » Identifiés dans les villages par les volontaires de la KSF et du personnel spécialement formé, les patients sont amenés à Phnom Penh, où la fondation loue les locaux de cliniques et d’hôpitaux pour des « missions » de quelques jours effectuées gratuitement par des médecins venus d’Australie et d’Europe.

À terme, l’ambition de la KSF est énorme : vaincre la cataracte au Cambodge. Est-ce utopique ? En voyant l’ampleur du problème, on pourrait le penser. Mais, plus on passe de temps avec Sean Ngu et ses troupes, moins on doute de leur capacité à faire bouger des montagnes. En quelques jours seulement à Phnom Penh, des centaines de patients seront guéris. Cette année, ce sera plusieurs milliers, et ce n’est qu’un début : la fondation ouvrira son premier hôpital en septembre.

Le jour de la mission de terrain, les patients sont plusieurs centaines, massés dans les couloirs de la clinique réquisitionnée pour l’occasion, à attendre leur tour. « Beaucoup plus patients que les occidentaux ! », glisse un médecin britannique. Les plus calmes rassurent les anxieux. On se tient la main, on se masse les épaules, on se tranquillise. Une vieille dame – 80 ans passés – au sourire éclatant raconte son histoire : elle n’a jamais vu la capitale, au sens propre comme au figuré. Dans une douzaine d’heures, les médecins de la Khmer Sight Foundation l’auront opérée et lui retireront ses pansements. Elle ouvrira les yeux, et pour la première fois depuis plus de dix ans, elle verra enfin Phnom Penh.

Par Hugo Corvin
Crédit photographique : Nataly Lee

Haut de page