Mehdi, alias 12Mé : Phnom Penh, une ville bouillonnante qui m’inspire

Il est la singularité du moment : le premier Français à pénétrer l’industrie renaissante de la musique, le premier à composer et interpréter en khmer, il est le coup de cœur du public urbain khmer, 12Mé, l’iconoclaste, le précurseur, la figure montante de la scène musicale de Phnom Penh. Nous l’avons rencontré, écouté, et adoré.

Pochette de l’album Samai Thmey. Illustration fournie
Pochette de l’album Samai Thmey. Illustration fournie

Mehdi Benabdessadok, alias 12Mé, a explosé dans le Royaume en 2016 avec l’inattendu Samaï Thmey un album moderne s’inspirant de la culture et de la société cambodgienne. L’adhésion est rapide et touche toutes les communautés. Deux ans plus tard, Mehdi cumule plus de 500 000 vues sur YouTube. 12Mé sort cette saison un album encore plus marqué par la culture urbaine khmère. Mehdi Benabdessadok, l’artiste français à suivre.

CM : Pourquoi Phnom Penh vous inspire-t-elle ?

C’est une ville qui bouillonne. La première fois que je suis venu ici en 2011, j’ai tout de suite adoré. J’aime ses habitants, sa culture, sa street food, sa vie nocturne, son bruit. J’ai, comme tout le monde, toujours un peu plus de mal avec la circulation chaotique mais j’ai pu expier ça grâce à ma chanson « On the streets of the kingdom ».

CM : Vous êtes très loin de l’album Le Fruit de nos Experiences (sorti en 2005), un rap revendicatif, qui prend position. Quel regard avez-vous sur vos débuts ?

Je ne suis pas sûr que j’aille jusqu’à dire que mon rap était revendicatif dans Le Fruit de nos Expériences. Dans le morceau Poudrière, j’imaginais que Le Pen était devenu Président de la République en 2002, mais je le trouve aujourd’hui très maladroit. De cette époque, je retiens davantage le morceau éponyme Le Fruit de nos Expériences où je racontais ma vie depuis l’enfance. Par la suite, ma ligne directrice est restée l’introspection, le spleen et la fuite du temps. Depuis que je vis ici, j’ai la sensation d’avoir pris un nouveau départ, je suis bien plus heureux, donc j’ai naturellement envie de parler de choses plus positives

CM : Votre nouvel album cambodgien s’inscrit-il dans la continuité du précédent (Samaï Thmey en 2016). Pourquoi ce choix ?

L’album Samai Thmey a été écrit alors que j’étais au Cambodge depuis six mois seulement. Je ne m’étais pas encore déshabitué de ma vie en France. Les textes en français sont encore empreints d’incertitudes sur l’avenir, d’envie de changement. Depuis, j’ai beaucoup travaillé avec des artistes khmers comme Lisha, Khmer 1jivit, Sang Sok Serey, et à leur contact j’ai commencé à adopter un état d’esprit plus khmer. Sur ce nouvel album Oh Kampuchea, j’ai voulu d’une part faire un album ultra positif, le premier de ma vie et d’autre part, rendre au public khmer et à ce pays tout ce qu’il m’a apporté. On y trouve une hymne au Cambodge “Oh Kampuchea” avec le groupe Khmer Pride. J’ai aussi franchi le cap d’avoir mon premier morceau solo entièrement en khmer avec”Kromom Srok Khmer”. C’est le morceau qui a rencontré le plus grand succès ici. Cela me procure un mélange de joie d’être accueilli aussi chaleureusement et aussi de fierté d’y être arrivé.

CM : Quelle est l’image du rap au Cambodge ?

Le rap a été importé au Cambodge par Sok cream du label klapyahandz. C’est un ami avec qui j’ai déjà beaucoup travaillé. Il m’a raconté qu’au début des années 2000, le rap cambodgien s’est heurté aux mêmes clichés qu’en France dix ans plus tôt : le rap était vu comme une musique de voyous qui prônent les mauvaises mœurs et le sample était vu comme un pillage, un vol, surtout par les Cambodgiens plus âgés. Aujourd’hui, je vois qu’il existe toute une génération de jeunes khmers qui a grandi avec le rap et qui a pu redécouvrir des classiques cambodgiens grâce aux samples contenus dans mes chansons ou dans celles de Klapyahandz . Le public plus âgé a compris qu’il s’agissait d’hommages et non d’un vol. Quant au côté « voyou » et « mauvaises mœurs », les Cambodgiens ont fait quelque chose que les détracteurs du rap français omettent très souvent de faire par mauvaise foi : ils ont écouté les textes tout simplement. Je dirais que le rap à présent jouit d’une bien meilleure presse au Cambodge qu’en France.

CM : Quel est le dernier album de rap qui vous a marqué ?

Je ne crois pas avoir eu d’énorme coup de cœur sur des albums entiers ces derniers temps mais j’ai beaucoup aimé les derniers morceaux solos d’Areno Jaz et de Sneazy du groupe 1995. J’avais d’ailleurs collaboré avec Areno Jaz sur un de mes anciens albums sur le morceau “Avant l’apocalypse”. Pour ce qui est du rap américain j’avoue que j’écoute tout ce qui est ultra commercial. Quand je ne réécoute pas pour la énième fois un vieil album de Snoop, je suis capable de m’ambiancer sévèrement sur du DJ Khaled (rires). Ces deux dernières années j’ai surtout écouté de la musique khmère : Roam Vong, Lam lew, Surin et bien sûr les classiques des années 60 et 70 comme Sin Sisamuth, Ros Sereysothea, Pen Ron etc.

Par Jean-Benoit Lasselin

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