Lang SENG, une double culture au service du français

Si parmi les 93 Centres de Langues mondiaux celui de l’IFC est si bien classé, Lang SENG n’y est pas étrangère. Nous rencontrons la Coordinatrice Pédagogique et Directrice Adjointe des Cours, en pleine période d’examens du DELF [Diplôme d’Etude de la Langue Française] qu’elle chapeaute de près. De sa petite enfance en exil à une brève projection vers sa retraite, Lang SENG se dévoile :

CM : Qui êtes-vous Lang ?

Je suis surtout une cambodgienne qui suis revenue, après la fuite à 3 ans avec mes parents et mon frère aîné, les camps de réfugiés en Thaïlande, puis la France jusqu’en 1996. Je suis imprégnée des deux cultures ; l’une l’emportant sur l’autre selon avec qui je suis !

CM : Qu’incarne la France pour vous ?

La richesse culturelle, la littérature, la gastronomie ! J’ai vraiment eu de la chance d’y avoir grandi à une époque où les gens étaient ouverts face aux réfugiés, accueillants alors que nous habitions un village du Cher.

Lang SENG, une double culture au service du français
Lang SENG, une double culture au service du français

CM : Quel lien avec la langue française ?

Je n’arrive pas à me souvenir à quel moment je me la suis appropriée. J’ai eu des professeurs indulgents bien que pas habitués à mon profil. Aujourd’hui, je l’enseigne et le pratique au quotidien. Les jurons sortent naturellement en français ! [Rires]

CM : L’enseignement, pourquoi ?  

Je jouais constamment à la maîtresse. Le tableau, la craie. Une évidence. Dès le collège, j’allais observer des classes de primaire et maternelle. C’est un rêve d’enfant devenu réalité alors que mes parents, commerçants, auraient voulu que je prenne la même voie qu’eux ! Le français langue étrangère (FLE) a été cohérent lorsqu’il s’est agi d’affiner mes choix.

CM : Pourquoi au Cambodge ?

Il y a toujours eu le désir du retour. Mais pour mes parents ayant connu un autre Cambodge, le choc fut grand. Il a résidé pour moi dans le fossé entre les propos nostalgiques de ma mère et la réalité. J’ai ensuite intégré le secteur jeune de  l’Alliance Française. Cela m’a plu d’être en classe, de transmettre à la jeunesse du pays.

CM : Si je vous dis « Manager une équipe pluriculturelle c’est … »

Un challenge ! Les incompréhensions mutuelles sont faciles. Nous avons créé un livret d’accueil fournissant des clés culturelles. L’accent est mis sur cette dimension dès le recrutement.

CM : Quels sont les avantages et les inconvénients de votre double culture ?

Que des avantages ! Mon Directeur de Mémoire considérait que je suis un caméléon. Je me fonds dans les deux milieux. Je n’interagis pas seulement avec les étudiants et les enseignants, mais avec des entrepreneurs, des doyens d’universités, des politiques, pour des demandes de cours de français sur objectif spécifique. Je contribue à saisir leurs besoins sans barrière de la langue.

CM : Pourquoi ce Master II en 2006 ?

Le Centre de Langues avait plus ou moins identifié la relève cambodgienne. Les prétendants, dont moi, avons passé un test que j’ai remporté. En 2005, j’entre en fonction et au même moment, on me propose ce Master II. J’accepte. Cela légitimait ma place. Je l’ai fait depuis ici, tout en travaillant. Ses apports m’ont permis de mieux accompagner mes équipes dans un contexte de mutation.

CM : Les Palmes Académiques vous ont été remises en décembre dernier par le Ministère Français de l’Education. Qu’avez-vous ressenti ?

 J’ai été très émue et le suis encore. Je ne m’y attendais pas mais je pense les mériter. J’ai écrit à mes amis, à mes anciens responsables pour les remercier. Je n’ai plus ma mère. Mon père, qui aurait certainement aimé que je sois mariée avec des enfants, a été très fier. Etre ici, obtenir ce poste, ce Master, j’ai l’impression d’une voie toute tracée.

CM : Projetons-nous un peu. Avez-vous une vision de l’avenir ?

Trouver la relève de l’IFC tout en gérant la pénurie d’enseignants FLE cambodgiens. A court terme, avec la Médiathèque, je tiens à inscrire le fait de conter comme outil pédagogique et vecteur d’imagination. Cela implique de dédiaboliser le livre-loisir, associé à du temps perdu –surtout pour les filles- par encore beaucoup de parents cambodgiens. J’ai aussi à cœur de donner de mon temps à des ONG. Grâce à des associations, je suis devenue ce que je suis. Je ne sais pas si retraitée, je serai au Cambodge. En France ? J’aimerais aller de région en région et redécouvrir les châteaux de la Loire que j’ai visités enfant avec l’école !

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