Europe – Cambodge – TSA : Arnaud Darc, il faut renforcer les partenariats européens

Alors que le monde entier a les yeux rivés sur le ballon rond, que le royaume vit au rythme des campagnes électorales, et que la communauté française prépare son 14 juillet, il se déroule des débats particulièrement importants pour l’avenir économique du royaume depuis lundi.

Ainsi que nous l’avions déjà développé dans nos colonnes, l’accès privilégié du Cambodge aux mesures préférentielles pour ses exportations fait actuellement l’objet de discussions entre une délégation de l’Union Européenne, des ministres et des représentants consulaires. Parmi ces derniers, Arnaud Darc, Président d’Eurocham, a tenu à exprimer son point de vue concernant une éventuelle suspension du régime privilégié accordé au Cambodge dans le cadre du programme ‘’Tout Sauf les Armes’’, et son souhait que ces mesures soient maintenues. Entretien :

Arnaud Darc, Président d'Eurocham, lors du premier événement Eurofair
Arnaud Darc, Président d’Eurocham, lors du premier événement Eurofair

CM : Participez-vous aux discussions dans le cadre de cette mission européenne ?

Oui, mais mes préoccupations ne sont pas récentes dans le cadre des discussions susceptibles d’affecter le régime préférentiel dont bénéficie le Cambodge pour ses exportations vers les pays de l’Union Européenne. En mars de cette année, j’expliquais déjà à la Commission Européenne que Eurocham suivait de très près cette affaire et je ne cachais pas mes inquiétudes. A mon avis, si ces discussions aboutissent dans le sens d’une suspension des facilités accordées au pays dans ses échanges commerciaux avec l’Europe, cela affectera directement les investissements européens et, plus généralement, le bien-être de la population.

CM : Pour quelles raisons ?

Une telle décision serait d’abord en contradiction avec la volonté européenne de reconstruire le Cambodge et de participer à son développement, une volonté affichée depuis plus de vingt ans. Plus précisément, dans le domaine économique, le royaume a fait des avancées spectaculaires et ces progrès significatifs ont largement facilité et encouragé le flux d’investissements européens vers le Cambodge depuis 1998. En vingt ans, le pays s’est sorti d’une situation de guerre, sans activité économique réelle, avec une situation sociale et humanitaire catastrophique pour devenir l’une des économies les plus dynamiques du monde, avec une croissance annuelle régulière à 7%. De plus, le pays a largement réduit la pauvreté, le taux est passé de 53% au début du millénaire pour être aujourd’hui inférieur à 14%. C’est donc un changement social non négligeable. Enfin, dans le cadre du programme des Nations Unies ‘’’Objectifs de Développement du Millénaire’’, le Cambodge a atteint la majorité de ses objectifs tandis que le revenu moyen par habitant triplait entre 1994 et 2015…

CM : Pourquoi le royaume a-t-il encore besoin de ‘’faveurs’’ si l’économie se porte bien ?

Le tarif préférentiel pratiqué pour les produits finis exportés du royaume vers l’Europe a un impact social très fort. C’est l’une des clés qui permet au pays d’améliorer la situation des petits revenus et de participer à la réduction de la pauvreté. Les secteurs employant de la main d’œuvre peu qualifiée ont besoin de mesures de soutien face à la concurrence des pays de la région. De bénéficier d’un salaire minimum mensuel de 170 dollars US n’aurait pas été possible sans cette mesure. Il y a seulement cinq ans, le salaire minimum plafonnait à 61 dollars US, à peine de quoi subvenir aux besoins quotidiens.

Il faut apprécier la situation dans sa globalité et dans sa complexité, le royaume n’a pas seulement bénéficié de mesures incitatives et du soutien de la communauté internationale, il a joué le jeu en ouvrant largement son économie aux investissements extérieurs en faisant des efforts pour favoriser la création d’entreprises et en implémentant des dispositions permettant plus de créations d’emploi, plus de couverture sociale et un secteur public de meilleure qualité. Résultat : des emplois sont créés, les infrastructures se développent, l’investissement étranger afflue, et l’économie locale se porte de mieux en mieux. Tout cela crée un contexte favorable à l’investissement local, étranger, et européen…

CM : Les impacts de ce développement rapide font parfois l’objet de doutes quant aux retombées directes

Les chiffres parlent d’eux même. En sus de la réduction significative de la pauvreté, j’ai plus haut rappelé les hausses de salaires pour les petits revenus, mais il y a aussi la réduction par 4 de la mortalité infantile, une scolarisation en grande progression, un marché de l’emploi vivace qui permet aux jeunes diplômés de trouver du travail rapidement. En matière de santé, il y a des résultats significatifs concernant la baisse du SIDA et bien d’autres. Il faut aussi mentionner que ces avancées sociales sont possibles grâce à une bien meilleure coopération entre le secteur public, l’industrie et les syndicats. Les récentes dispositions concernant le salaire minimum, la couverture sociale, les transports publics…etc n’ont été possibles qu’avec l’aide d’un dialogue permanent. Dans le secteur économique, il y a une réelle volonté de consensus qui aboutit à des résultats, et donc des retombées directes.

CM : Revenons à l’Europe, comment voyez-vous son rôle pour le Cambodge, plus globalement ?

L’Europe a joué un rôle essentiel qui va au-delà de simples mesures de soutien. L’Europe est un sponsor de la reconstruction et de la paix, un donneur à travers son assistance à différents programmes, et un partenaire commercial. Elle représente plus de 40% des exportations cambodgiennes et la valeur de ces exports atteint 25% du produit intérieur brut ; et la tendance sera à la hausse pour les prochaines années. A travers les entreprises européennes présentes au Cambodge, le Cambodge bénéficie d’une plus-value qui ne se mesure pas seulement en terme de revenus fiscaux et d’emplois, mais aussi en terme de formation, d’ouverture et de rayonnement.

CM : Vous êtes donc pour le Statu Quo concernant le régime préférentiel ?

Je n’aime pas le mot Statu Quo…Pour être clair, bien que les progrès du Cambodge soient tangibles et plutôt spectaculaires, cette croissance économique si dynamique a besoin de se renforcer, de consolider ses bases. Le développement social et humain reste étroitement connecté à cette croissance. Oui, je crois qu’il faut que l’Europe continue de soutenir le royaume dans son développement et sa croissance économique. Et, je lance un appel à la communauté européenne, à nos partenaires, la Chambre de Commerce et d’Industrie France-Cambodge et le German Business Group pour demander leur soutien dans cette démarche.

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