Elections : Après le 29 juillet 2018

Le rideau est tombé sur ces élections générales du 29 juillet 2018, qui verront probablement, sauf immense surprise, la victoire du parti au pouvoir, le PPC, alors que les derniers résultats du vote créditent la participation des électeurs à 80,71% (17h). Les élections de 2013 furent celles de la contestation dure avec le CNRP qui remportait alors 44% du vote populaire cambodgien et avait dirigé un mouvement de protestation de masse après avoir rejeté les résultats des élections, ce qui constituait alors une sérieuse alerte pour le parti au pouvoir.

Elections : Après le 29 juillet 2018 ?
Elections : Après le 29 juillet 2018 ?

La configuration est totalement différente pour ces élections de 2018 alors que le PPC ne dispose alors plus de rival susceptible de réaliser des scores électoraux notables depuis la dissolution du CNRP en novembre dernier suite à l’arrestation de son leader Kem Sokha. Le parti a été dissous par la Cour suprême, après une plainte du gouvernement selon laquelle les dirigeants du CNRP auraient conspiré avec les États-Unis pour renverser le régime de Hun Sen. Tous ses élus ont perdu leurs positions, y compris les 55 sièges de l’Assemblée nationale qui en compte 123.

Alors que l’homme fort du pouvoir, Hun Sen légitime en permanence l’action judiciaire entreprise contre ses rivaux politiques, plusieurs voix se sont élevées pour protester assez tôt contre la tenue de cette élection sans le CNRP. Les Etats-Unis et l’Union Européenne sont parmi ceux qui ont le plus mis en doute la crédibilité du vote, alors que Chine et Japon ont continué d’apporter leur soutien à cette élection. Concernant cette remise en question sur l’absence de compétition, le parti au pouvoir a vivement rappelé que 19 autres partis étaient en lice pour cette élection.

”…Cette élection marque la mort de la démocratie au Cambodge, a déclaré la figure de l’opposition, Mu Sochua…”, ce à quoi répondait aussitôt Sok Eysan, porte-parole du parti : ”…sans la dissolution du CNRP, le Cambodge serait en guerre, le PPC a apporté la paix, la stabilité et le développement économique…”, une déclaration devenue quasi-leitmotiv du PPC. Vendredi, au cours de la dernière journée de campagne, le Premier ministre Hun Sen a déclaré devant des milliers de partisans que son parti avait éliminé “les traîtres qui tentaient de renverser le gouvernement”. “…Si nous ne les traitons pas d’une main de fer, peut-être que le Cambodge se trouverait dans une situation de guerre…”, a-t-il précisément déclaré.

Le seul suspense éventuel concernait le taux de participation. Le leader en exil du CNRP, Sam Rainsy lançait de bonne heure avant le scrutin un appel au boycott de ces législatives, tentative aussitôt ”traitée” par le gouvernement qui a immédiatement, par la voix de son ministre de l’intérieur, Sâr Khéng, annoncé que ceux qui appelleraient au boycott seraient poursuivis. A aujourd’hui, un peu moins d’une dizaine d’entre eux ont été interpellés. En dehors de Siem Reap, qui n’était qu’à 55% de votants à 11h, la participation globale dépasse aujourd’hui les 80%.

Parmi les moindres inconnues, figure la question du nouveau chef de l’état. Sur ce point, l’actuel Premier ministre n’a jamais vraiment caché son souhait d’assurer encore deux mandats après 2018. Quant à la composition du prochain gouvernement, la question reste sensiblement ouverte. Hun Sen renouvellera-t-il l’actuelle composition du gouvernement ? Cela n’est pas impossible, ces derniers mois, quelques désaccords entre ministres ont appelé le premier ministre à réagir et il n’est pas inconcevable que cela influe sur les prochaines nominations. Ou, tout simplement, le leader du PPC, qui a montré qu’il ne souhaitait pas être à la traîne – en témoigne son hyper-présence sur les réseaux sociaux et ses campagnes personnelles très actives – souhaitera-t-il rajeunir son équipe ? Réponse dans quelques jours…

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