Chronique : Tatouage tantrique, le Cambodge dans la peau

Le phénomène touche principalement les jeunes touristes sac à dos. Mais pas seulement. Visiteurs ou expatriés sont de plus en plus nombreux à se faire tatouer au Cambodge.

Pour Angèle, « le tatouage n’est plus tabou chez les jeunes. Il n’est plus une forme de rébellion ou un signe d’appartenance à un groupe comme autrefois.
Pour Angèle, « le tatouage n’est plus tabou chez les jeunes. Il n’est plus une forme de rébellion ou un signe d’appartenance à un groupe comme autrefois.

Ces dernières années les tatoueurs ont essaimé un peu partout à Siem Reap, même si on les trouve principalement dans le quartier très touristique autour de la rue Sok San. S’ils proposent tous les styles de tatouages, du tribal au Japonais en passant par les indémodables Old School, les clients demandent très souvent des motifs d’inspiration cambodgienne. Angèle est une jeune française de 19 ans. Les tatouages, elle en a depuis déjà quelques années. En visite dans la cité des temples, elle n’a pas résisté à pousser la porte d’un studio réputé. Elle a donné au tatoueur une photo qu’elle avait prise au Palais royal de Phnom Penh et lui a demandé s’il pouvait s’en inspirer et ajouter un lion gardien, issu d’une autre image.

Pour Angèle, « le tatouage n’est plus tabou chez les jeunes. Il n’est plus une forme de rébellion ou un signe d’appartenance à un groupe comme autrefois. C’est juste devenu un ornement esthétique ; une manière aussi de s’approprier son propre corps, de l’affirmer sien. Les jeunes de notre génération se tatouent de plus en plus, c’est certain ». Pour autant, Angèle n’a pas osé opter pour un tatouage tantrique, un Sak Yant. « Quant on vient en Asie du Sud-Est et qu’on s’y connaît un peu en tatouage, on pense immédiatement au Sak Yant, le tatouage magique. Mais si on veut respecter la tradition, on ne le fait pas car il implique un comportement moral et l’observation de certaines règles », estime la jeune fille.

Le Sak Yant date de l’empire khmer et se tatoue obligatoirement sur le haut du corps. Très courant durant la guerre, entre 1970 et 1989, il est rapidement tombé en désuétude à la fin des années 1990. C’est dans le courant des années 2000 qu’il revient à la mode grâce aux routards qui ont commencé à s’y intéresser. Il a ensuite été énormément popularisé par l’actrice Angelina Jolie.

Gardien du Mékong tatoué
Gardien du Mékong tatoué

Durant les nombreuses guerres qui ont émaillé la naissance et la mort de l’empire Khmer, la protection physique d’une armure ne suffisait pas. Les combattants attendaient surtout une protection divine et spirituelle et celle ci se concrétisait forcément par un tatouage. Hormis le cadre guerrier, ce tatouage traditionnel qu’on retrouve également en Thaïlande, en Birmanie ou au Laos, est fréquent chez les bonzes.  À mi-chemin entre bouddhisme, brahmanisme et animisme, la séance de tatouage commence par un chant et une prière récitée en Pali ou en ancien Khmer. Selon la tradition, les tatouages les plus puissants sont placés le plus près possible de la tête, le torse donc ou les épaules. Une fois le tatouage achevé, il est activé par des mantras (des prières) psalmodiées.

Mais si Angèle a été réticente à franchir le pas, les blogs de voyage fourmillent de récits d’expérience de jeunes qui eux, n’ont pas hésité. Ils sont même allés, durant leur séjour au Cambodge, à la recherche de tatoueurs locaux, souvent des bonzes, afin de se rapprocher au plus près de la tradition. Car c’est au maître tatoueur qu’il revient de choisir les motifs qui seront imprimés, en fonction de la personnalité, des aspirations ou des rêves du candidat, qui devient par la suite son disciple spirituel. Selon le motif les inscriptions doivent apporter santé, richesse, prospérité, force, chance, résistance, charme ou différentes autres vertus au tatoué. A l’époque ils étaient effectués avec une tige de bambou trempée dans l’encre pour ensuite piquer sous l’épiderme et imprégner la peau. Désormais ils sont fait à l’aide d’une tige de métal. Le matériel est plus moderne mais la technique ne diffère pas. Même si cette technique est un petit peu plus longue et douloureuse, le principal avantage à l’instar du dermographe est une plus grande précision et une plus rapide cicatrisation.

Tous les motifs ont une signification : Yant Nâ par exemple procure fortune et chance à l’individu qui le porte sur sa peau. Le client doit ensuite observer certaines règles et contraintes dans sa vie pour que la magie puisse opérer. Ne pas manger de chien, ne pas cracher dans les toilettes, respecter ses parents, ne pas boire d’alcool du verre de quelqu’un d’autre, ou ne pas inciter une personne à boire de l’alcool de votre verre, ne pas s’engager dans des commérages sont des exemples de conduite à tenir.
Mais aujourd’hui, qu’importe la magie ! Pourvu qu’on ait le tatouage…

Frédéric Amat

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