Chronique : Le rond-point cambodgien, œuvre rare mais toujours surprenante

Pourquoi y a-t-il si peu de ronds-points au Cambodge ? 
Parce que les responsables en charge de l’aménagement des villes de province préfèrent retenir la règle de la priorité à droite. Cette règle, pourtant rarement observée et à laquelle est substituée la coutume du véhicule le plus gros et le plus téméraire, ne remplace pas seulement les ronds-points. Elle évite ainsi la prolifération de panneaux « stop » aux très nombreuses intersections. Pour la seule ville de Siem Reap, il n’existe d’ailleurs que deux panneaux « stop ». En tout et pour tout ! L’un, très ancien, est situé en bout d’une ruelle de terre qui débouche sur un boulevard à double voies alors que toutes les autres rues parallèles à celle-ci et qui débouchent sur la même avenue n’en disposent pas. Et le second est placé sous un feu rouge.

Rond-point non loin de Pailin
Rond-point non loin de Pailin

Si les ronds-points sont donc rares au pays des sourires, ceux qui existent ne manquent pas de retenir l’attention du conducteur. Toujours décorés avec beaucoup d’imagination ils deviennent parfois des œuvres d’art. Un des tout premiers ronds-points construit au Cambodge dans le courant des années 1990 avait fait parler de lui. Les « lions » de Sihanoukville avaient ainsi étonné par la taille (démesurée et réaliste) des attributs du mâle rugissant. Les journalistes, à l’époque, s’étaient également posés la question de la signification des lions dans une cité balnéaire ? Nul n’a jamais vraiment su y répondre…

A Kampot, c’est un immense durian, en ciment, qui orne le centre du rond tandis que d’autres fruits sont représentés tout autour : ananas, longanes, etc.

Kompong Chhnang, le village des potiers, dispose de sa poterie traditionnelle qui trône aux côtés d’un éléphant blanc. Le pistolet au canon noué, situé à Phnom Penh, au pied du pont Chroy Changvar, a été réalisé grâce au métal récupéré sur les armes de poings restituées aux autorités par les rebelles et surtout par les civils, à la fin des années 1990.

A Battambang, le visiteur qui arrive de Phnom Penh est accueilli par la statue de Dambang Kranhoung. Si l’on en croit la légende, Dambang Kranhoung était un bûcheron qui vivait, jadis, dans le royaume d’Angkor. C’était un géant qui tenait son nom de son arme, un bâton, en réalité un véritable tronc provenant d’un arbre dont le bois est dur comme le fer, le kranhoung. Ce géant était si fort qu’il monta une armée et s’empara du royaume. Jusqu’à ce qu’un jour, un homme providentiel le provoqua. Le roi lui jeta son bâton et rata sa cible. Il fût déchu de son trône et le bâton fût à jamais perdu dans une forêt. L’endroit prit le nom de Bat Dambang qui donna Battambang et qui signifie tout simplement le bâton perdu. La statue représente Dambang Kranhoung à genoux, tourné vers l’est (Phnom-Penh), présentant son bâton en signe de soumission au roi.

Non loin de Païlin, une commune a décidé de rendre gloire à la fois au travail et au progrès. Dans ce petit village de cette ancienne zone khmère rouge, où les paysans travaillent les champs à la main pour la plupart, chacun peut, le soir de retour des rizières, contempler la plus belle invention de l’homme avant l’hélicoptère : le tracteur.

Enfin, il ne suffit pas de décorer un rond-point. Il faut encore le rendre efficace. C’est chose faite à Siem Reap où celui situé à l’intersection entre la route de l’aéroport et la nationale 6 est désormais agrémenté de feux tricolores. La particularité de ces feux de circulation, positionnés aux cinq entrées du rond-point, est qu’ils passent tous au rouge ou au vert au même moment. On n’est jamais trop prudent…
Frédéric Amat

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