Arts : Din Borin, entre tradition et modernité

De retour d’un séjour aux États-Unis, Din Borin, artiste peintre de 37 ans, reprend doucement ses marques à Phnom Penh après avoir participé au Festival of Nation dans le Minnesota, une manifestation interculturelle réunissant plus de 1 000 artistes du monde entier. À cette occasion, Din Borin a pu exporter la culture Khmère à travers ses œuvres et son style original.

En rupture avec les représentations traditionnelles des danseuses Apsara, Din Borin propose une lecture abstraite et colorée de cet art vivant. Sa signature : des danseuses sans visage, des corps en mouvements et une réflexion autour du vide, de l’espace. Des notions qui s’inscrivent naturellement dans le parcours de cet architecte originaire de Kampot diplômé de l’Université de Norton de Phnom Penh en 2006. Pourtant, ce n’est pas ce métier qui l’a conduit à devenir artiste. « Ce sont mes compétences artistiques qui m’ont permis d’améliorer mon travail d’architecte et de progresser, pas l’inverse. C’est parce que je savais dessiner que je me suis au départ dirigé dans cette voie ».

Din Borin dans son atelier
Din Borin dans son atelier

Après sept ans d’exercice dans ce secteur d’activité, Din Borin décide de consacrer tout son temps à son art. En 2015, il ouvre au cœur de la capitale sa galerie/atelier, DinArt. L’ambiance y est cozy et décontractée, des chevalets en bois trônent un peu partout dans l’espace et un canapé accueille le public permettant de profiter des œuvres en attente d’un nouveau propriétaire. À terre, une toile blanche attend patiemment son heure d’être composée par Din Borin qui a encore gardé ses premiers réflexes d’enfant-artiste, dessiner et peindre à même le sol.

« Je dessine depuis l’âge de 6 ans. Dans ma famille, je suis le seul à m’être aventuré dans la vie d’artiste mais je me souviens de mon père qui dessinait de temps en temps. Je m’inspirais beaucoup des paysages : les rizières, les fleurs, les arbres, etc. C’était des dessins très réalistes. À 14-15, j’ai vendu mes premières œuvres. Mais, c’est à mon arrivée à Phnom Penh en 1999 que mon travail a pris un tournant décisif ». Din Borin assiste en effet pour la première fois à des danses Apsara. Il est tout de suite fasciné par les mouvements des danseuses et leurs robes. Depuis, elles sont devenues comme une obsession.

Din Borin : Je dessine depuis l’âge de 6 ans. Dans ma famille, je suis le seul à m’être aventuré dans la vie d’artiste
Din Borin : Je dessine depuis l’âge de 6 ans. Dans ma famille, je suis le seul à m’être aventuré dans la vie d’artiste

Débutant avec des tableaux triptyques de couleur noir, blanc et doré, il travaille aujourd’hui davantage ses œuvres avec une large palette de nuances et de tons vifs. « Phnom Penh est une ville riche en couleurs et en lumières : dès que je sors, j’essaye de les saisir. ». Si son inspiration s’inscrit davantage dans le passé et l’éclat des Apsaras, l’artiste apprécie la qualité et la mise en scène de certaines représentations contemporaines.

De cette expérience réussie en tant qu’artiste freelance, Din Borin est toutefois parfois rattrapé par son regard d’architecte. Depuis son récent voyage en Amérique du Nord, il a pris conscience qu’il demeurait intrigué par les structures et les détails qui les composent. « Dans certains musées, j’ai davantage regardé l’architecture environnante que les œuvres d’art », s’amuse-t-il à raconter.  Et d’expliquer : « Ce qui est fait là-bas me donne envie de le faire ici, au Cambodge. Je ne suis pas totalement en accord avec certains projets de construction, le manque d’harmonie et les règles d’urbanisme. Pourquoi pas apporter mon aide sur ce sujet à l’avenir… bien que ce métier me procure davantage de maux de tête à la différence de mes peintures ».

Si Din Borin préfère ne pas trop s’engager sur l’avenir, il peut se prendre à rêver quant à son activité d’artiste. Son souhait : exposer ses œuvres chaque année dans un nouveau pays. Car souligne-t-il avec émotion, « en tant que Cambodgien, c’est une grande fierté de faire découvrir au monde la culture artistique du Royaume et de pouvoir représenter mon pays ».

Gallerie DinArt

N#79, rue 136, Phnom Penh

Premier étage du Feel Good Cafe

Tél : +855 (0)17 931 900

E-mail : dinart30@gmail.com

Texte et photographies par Julie Caillau

Cet article est un extrait de notre magazine papier Cambodge Mag 4. Pour lire l’édition en entier (PDF), cliquer ici…

Haut de page