Tendances : Le feng shui, un « art » millénaire en vogue au Cambodge

On appelle « feng shui » (en khmer ce mot est prononcé « hong-suy ») « un art millénaire d’origine chinoise qui a pour but d’harmoniser l’énergie (qi) d’un lieu de manière à favoriser la santé, le bien-être et la prospérité de ses habitants ». En chinois. « feng shui » signifie « vent et eau ». En Chine continentale, à Hong Kong, à Taiwan, et plus généralement dans tous les pays qui ont subi l’influence de la civilisation chinoise, le feng shui est largement utilisé par les propriétaires de maisons ou d’hôtels pour l’agencement de leurs constructions. Il est également mis à contribution pour choisir l’emplacement des tombes. Il convient tout d’abord de choisir l’emplacement idéal : la présence de collines ou de montagnes, de cours et de plans d’eau, l’ensoleillement, les vents dominants, etc., sont tous des éléments à prendre en compte dans le choix du lieu de construction. Certes, les contraintes de l’urbanisation et l’emplacement des terrains ne permettent souvent pas de sélectionner à sa guise le site de construction, mais on peut tout de même agir sur la décoration intérieure pour veiller à l’harmonie de l’énergie et garantir la prospérité des habitants du lieu.

Le feng shui, un « art » millénaire en vogue au Cambodge
Plan d’une demeure chinoise conçue selon les principes du feng shui (le Nord est à gauche) (Source : site immobilier fang.com)

Un article d’un site khmer recommande vivement, par exemple, d’orner ses murs d’images de chevaux (qui symbolisent la rapidité à laquelle on pourra accéder à la prospérité), de placer au nord de la demeure des éléments de mobilier de couleur rouge (la couleur rouge symbolise le bonheur, la santé, la richesse), d’accrocher à ses murs des images en noir et blanc de personnages célèbres (il s’agit là d’augmenter les chances que les enfants de la famille accèdent à la célébrité), et enfin de ne pas oublier de placer une statue de dragon (les Khmers préfèrent parler de « naga ») qui amènera à la maisonnée une puissance inépuisable.

En Chine, le gouvernement communiste considère que le feng shui relève de la superstition et qu’il doit être combattu à ce titre. Cela n’empêche pas certains mandarins locaux et les Chinois les plus superstitieux d’avoir recours plus que de raison à des maîtres renommés qui facturent leurs services à prix d’or. Le commun du mortel a également acquis des connaissances élémentaires en la matière et en tient compte lors du choix du mobilier, de la direction dans laquelle les lits sont mis en place, etc.

Au Cambodge, où le surnaturel a souvent une place qui peut surprendre un esprit cartésien, le recours au feng shui est fréquent. Ainsi, à la campagne, lorsqu’une famille se trouve en butte à des difficultés inhabituelles, il n’est pas rare qu’elle fasse appel à un « kru » (le mot khmer vient du mot sanskrit « gourou », qui désigne à l’origine un maître spirituel) pour que ce dernier débarrasse la maison des influx néfastes qui sont la cause de tous les problèmes rencontrés. L’intervention du « kru » va souvent au-delà du simple réaménagement du mobilier familial : il est fréquent que des esprits soient invoqués, soit pour identifier la faute commise qui est à l’origine des problèmes et la réparer, soit pour leur demander d’intervenir en faveur des victimes.

Il est habituel de ne rétribuer le « kru » en question pour ces services qu’après son intervention. Le montant de la rétribution est en général en adéquation avec le niveau de vie moyen de la campagne cambodgienne : quelques dizaines de dollars tout au plus. Mais bien sûr, pour les maîtres dont les interventions passées ont été particulièrement efficaces, la rémunération peut être plus haute.

En ville aussi, certains cherchent à résoudre leurs problèmes en faisant appel à des maîtres du même acabit. Leur rémunération de ces intervenants est quant à elle plus élevée et peut atteindre plusieurs centaines, voire, pour les maîtres les plus réputés, plusieurs milliers de dollars. La seule limite est la capacité financière de la famille qui sollicite l’intervention ; et plus le niveau de croyance superstitieuse du demandeur est élevé, plus ce dernier sera prêt à délier largement sa bourse.

Le feng shui est une affaire de vrais spécialistes. Cet art s’appuie sur une connaissance approfondie de notions assez abscondes pour les personnes ordinaires, et pour les Occidentaux en particulier. Le feng shui fait en effet appel aux notions d’énergie cosmique (qi, parfois traduit par « souffle »), du yin et du yang (les deux principes à la fois opposés et complémentaires qui régissent la marche de l’univers), des cinq éléments (qui constituent toute matière), de l’art divinatoire Yijing (le Classique des mutations, avec les huit trigrammes et les soixante-quatre hexagrammes). Dès lors, à moins d’avoir longuement étudié ces notions et de les avoir intégrées, et à moins d’avoir suivi un long apprentissage auprès d’un expert reconnu, il y a peu de chances de devenir soi-même, en autodidacte, un vrai maître du feng shui.

Diagramme des huit trigrammes et soixante-quatre hexagrammes utilisé pour le feng shui (Source : blog Xianzai Jushi sur sina.com.cn)

Mais que l’on ne se désespère pas : il existe de véritables manuels de vulgarisation qui explique les principes fondamentaux de l’art au vulgum pecus, dont des versions en khmer sont disponibles dans les meilleures librairies cambodgiennes de Phnom Penh. Une recherche sur le site d’une fameuse librairie française en ligne permettra de trouver aussi des centaines de titres en français, dont un Feng Shui au quotidien pour les nuls qui devrait permettre au curieux de se familiariser avec les techniques idoines.

Horoscope et feng shui pour l’année 2016 de Tang Socheani (Source : librairie en ligne Seithakun)

Enfin, le web cambodgien permet d’accéder à un nombre impressionnant d’articles et de forums où les Khmers peuvent s’informer sur ce qu’il faut faire et ne pas faire pour respecter les principes du feng shui et garantir ainsi santé, prospérité et bonheur à ceux qui leur sont chers.

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