Siem Reap : une Fête de la musique sans fausse note

Pour la dixième année consécutive, la Fête de la musique s’est installée à Siem Reap, faisant danser trois jours durant un public venu nombreux pour célébrer la chanson sous toutes ses formes. 22 concerts ont été offerts gratuitement par les meilleurs groupes d’une ville à la scène musicale extrêmement variée.

Fête de la musique à Siem Reap
Fête de la musique à Siem Reap

Parmi cette profusion de formations s’illustrent trois figures majeures de la musique locale, trois Français ayant posé leurs valises au Cambodge depuis de nombreuses années et réunis par le plaisir de jouer ensemble. L’occasion était idéale pour faire connaissance avec ces trois musiciens à l’origine de nombreuses formations pour le moins éclectiques et à l’activité foisonnante.

Fête de la musique à Siem Reap
Fête de la musique à Siem Reap

C’est chez l’un d’entre eux que s’est déroulée l’ouverture, le 21 juin, de cette nouvelle édition. Lors de cette soirée inaugurale, sept groupes ont pris d’assaut le Harbour, véritable taverne de pirates aux murs lambrissés, ornés d’antiques cartes marines et de maquettes de bateaux. A la lueur des lanternes, les musiciens se sont succédé jusqu’à une heure tardive, alternant musique balkanique, funk, jazz et rock pur et dur. Olivier Roulin, le propriétaire des lieux, assurait le chant dans trois d’entre eux. Ce tatoueur, installé à Siem Reap depuis plus de sept ans après avoir baroudé en Asie et exercé toutes sortes de professions, a dès son arrivée intégré la scène musicale locale. « La musique a toujours occupé une place prépondérante dans ma vie, mais je ne me suis jamais identifié comme étant un musicien. J’adore par contre partager ces moments sur scène avec les potes et le public. C’est ce qui me fait vibrer et sauter. C’est le plus important ». Ce showman on ne peut plus à l’aise sur scène entraîne le public dans un élan communicatif et bondissant dans un rock qui ne dénigre pas quelques titres français.

Fête de la musique à Siem Reap
Fête de la musique à Siem Reap

Le groove est monté d’un cran lorsque les formations ont été rejointes par une section de cuivres, mêlant saxophone, trompette, clarinette et trombone. Ce dernier était tenu par Alexandre Scarpati, qui fait partie, lui aussi, des musiciens incontournables de la ville. Ce professionnel, arrivé au Cambodge en 2012, a tout d’abord intégré Cambojam, formation creuset par laquelle sont passés un grand nombre des musiciens de la ville, avant de monter At Pahna et d’autres formations plus orientées vers le jazz. Alexandre est aussi à la source d’une collaboration entre le groupe français Mezcal et des musiciens traditionnels cambodgiens, performance bientôt éditée en album. En 2013, il fonde la Music Art School, une école qui forme chaque année 70 enfants à la pratique musicale. « Ayant étudié au conservatoire, j’ai adoré l’énergie que l’on y trouve et l’émulation qu’il peut y avoir. Que les étudiants puissent se rencontrer, s écouter, jouer ensemble a un effet très positif et pousse le niveau général vers le haut. Je souhaite apporter une énergie similaire à Siem Reap », déclare le tromboniste, qui vient de lancer un nouveau projet communautaire : Solid’Art, qui vise à travers le financement participatif à créer une fanfare pour 17 enfants.

Fête de la musique à Siem Reap
Fête de la musique à Siem Reap

Les deux soirs suivants se sont déroulés au Laundry Bar. Ouvert en 2002, l’établissement fait figure de précurseur, bien avant que la frénésie ne s’empare de Pub Street et de ses alentours. 16 groupes se sont succédé lors de ces nuits agitées, véritable melting-pot de talents venus d’horizons tous très différents : Philippines, Angleterre, Pays-Bas, Russie, Ukraine, Brésil … et bien entendu du Cambodge, créant des interactions et des styles de musique divers et cosmopolites. Pivot de ces concerts, Fabien Lesecq, qui assure la guitare dans la majorité des groupes présents, est aussi le promoteur de ces soirées, épaulé par Olivier, Alexandre et la Music for Everyone School. Arrivé à Siem Reap en 2005, il fonde Cambojam dès 2007. Depuis trois ans, celui qui a été tour à tour infirmier, commercial et agent immobilier se consacre entièrement à sa passion, enchaînant les projets musicaux à un rythme stakhanoviste. C’est en 2010 qu’il décide d’organiser la Fête de la musique à Siem Reap, avec l’aide des musiciens de la ville. « Au début, seuls quelques groupes étaient présent, puis leur nombre a augmenté, tout comme les soirées consacrées à la célébration. D’abord une, puis deux, et maintenant trois ».

Fête de la musique à Siem Reap
Fête de la musique à Siem Reap

L’événement a culminé en 2014 et 2015, lorsqu’une scène géante avait pris place en plein centre-ville, rassemblant plusieurs centaines de spectateurs. Fumigènes, jeux de lumière et sponsors avaient rendu l’événement bien différent de ses aspirations premières. Les frais, les problèmes de logistique ainsi qu’une météo capricieuse ont eu raison de ce format, l’aspect intimiste étant désormais privilégié. Sans que le public ne s’en plaigne, tant la proximité des artistes créée un lien fort avec les spectateurs. Nous retiendrons de ces soirées, hormis les prestations de nos trois Français, la fougue de la musique balkanique d’Anton, la voix très rock’n roll de Brian Wood ou le funk inspiré du Siem Reap Groove Collective. Sans oublier la musique envoûtante du Soma Jazz Band, emmené par la voix de Princess Netashiva et la virtuosité de ses musiciens à la stature internationale. Si le public a apprécié, il semble en être de même pour les principaux acteurs, pour qui ce fut « un magnifique événement où toute la communauté était rassemblée pour partager l’amour et la passion de la musique ».

Texte et photographies par Rémi Abad

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