Investissements chinois : Eric Delobel, il faut relativiser…

Aujourd’hui, Cambodge Mag propose de prendre un peu plus de recul concernant l’influence des investissements chinois au Cambodge, notamment dans le transport aérien, avec Éric Delobel, DG de Cambodia Airport qui est intervenu sur ce sujet à l’occasion de la Table Ronde sur les investissements chinois au Cambodge et en ASEAN, organisée récemment par la Chambre de Commerce et d’Industrie France-Cambodge dans les locaux du Topaz.

Eric Delobel, DG de Cambodia Airports
Eric Delobel, DG de Cambodia Airports, à l’occasion de la Table Ronde sur les investissements chinois au Cambodge et en ASEAN

Avec plus de deux millions de passagers chinois (départs/arrivées) accueillis l’année dernière dans le Royaume, la Chine est devenu le client numéro 1, une position qu’elle devrait conserver encore un long moment selon le DG de Cambodia Airports. Cette affluence touristique représente ainsi “…de l’ordre de 25% de la totalité du trafic sur les 8,8 millions de passagers de l’année précédente…”. Et de poursuivre : “…Cela, c’est en statique mais en dynamique, c’est en fait 50 % de la croissance…”, explique M.Delobel. La Chine est donc pour Cambodia Airports avant tout, un client, à travers les passagers mais aussi un client également à travers les compagnies aériennes qui les acheminent au Cambodge et deviennent ainsi des acteurs majeurs sur le marché aérien cambodgien, mais aussi dans l’ASEAN.

Table Ronde sur les investissements chinois au Cambodge et en ASEAN
Table Ronde sur les investissements chinois au Cambodge et en ASEAN

Une sinisation du trafic
‘’…D’ici la fin 2018, près de 40 avions opérant majoritairement le marché chinois pourraient être stationnés sur les aéroports internationaux du Royaume…’’, avance Eric Delobel. “…Depuis quelques mois, nous accueillons de nouvelles compagnies basées au Cambodge comme JC Airlines, Lanmei Airlines et bientôt, Cambodia Airways. Elles ont une licence d’exploitation cambodgienne mais sont, en totalité ou en partie, gérées et développées par des acteurs chinois…” explique-t-il.

Si la venue de ces nouvelles compagnies pose de fait des challenges liés à la capacité d’accueil en termes notamment de stationnement, Eric Delobel insiste sur le fait que Cambodia Airports est ravi d’accueillir ces nouveaux clients. Il ajoute toutefois que ces derniers sont “exigeants, parfois envahissants”. “…Ils deviennent de plus en plus dominants notamment sur l’aéroport de Siem Reap. On vit ainsi depuis quelques mois une sinisation du trafic qui se traduit par un quasi-monopole du trafic chinois au détriment d’autres marchés historiques comme la Corée du Sud qui était très fort en volume et en dynamique et qui l’est de moins en moins bien que nous fassions beaucoup d’efforts pour les faire revenir…”, explique-t-il.

Une omniprésence à craindre ?
Sur cet aspect, Eric Delobel répond qu’il faut néanmoins relativiser sur la présence de la Chine surtout quand elle se positionne en investisseur. “…Il faut avoir à l’esprit la manière dont la Chine perçoit le Cambodge. Ils gardent une approche relativement relationnelle quand ils investissent dans des projets en analysant notamment les risques inhérents et leur capacité à générer des cash-flows suffisants pour assurer leur rentabilité …” explique-t-il. “On peut avoir un dialogue sur des grilles d’analyse communes, sur une analyse de risque commune. Il est vrai cependant qu’ils sont plus sur les objectifs que sur la manière dont on arrive à cet objectif…”.

Et en effet, à la différence peut-être d’autres investisseurs étrangers, la Chine a une vision à long terme pouvant expliquer son appétit pour le marché cambodgien. Le DG de Cambodia Airports rapporte ainsi que ‘’…l’approche d’investissement des acteurs chinois se fait donc avec “prudence et rationalité…” bien qu’ils soient de vrais compétiteurs sur certains secteurs. Mais en ce qui concerne, le transport aérien, Eric Delobel reconnaît qu’avec des normes très standardisées et internationales, cela a facilité les relations au quotidien. Pour conclure son intervention, Eric Delobel suggère finalement qu’il faut davantage comprendre, écouter et travailler avec les acteurs de l’Empire du Milieu que les craindre.

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