Communauté – Adrienne Ravez : Le genre ne doit pas influer quand on négocie un budget

Elle est l’entrepreneur au féminin de l’année. Adrienne Ravez, co-fondatrice de l’agence digitale Quantum Endorphine à Phnom Penh, a été primée fin mai dans la catégorie « Woman Leading Change » de Campain Asia. À 36 ans, cette française, originaire de Toulouse, revient sur son parcours d’entrepreneur au féminin au Cambodge via le prisme du digital.

Adrienne Ravez
Adrienne Ravez

CM : Après près de 5 ans au Cambodge, comment avez-vous vécu votre expérience entrepreneuriale ?
Mon expérience a totalement été différente de celle que j’ai vécu en Occident. En France, parmi tous mes emplois occupés, je n’ai jamais eu de réflexions liées à cet état de fait, que je suis une femme, alors qu’en Asie, l’entreprenariat au féminin s’avère parfois plus difficile. Ce qui constitue un vrai paradoxe ! Car les chiffres, en Asie, sont en faveur des femmes entrepreneurs à la différence de l’Hexagone. La Thaïlande regroupe, par exemple, le plus de femmes PDG au monde (49%).

CM : À quelles types de situations avez-vous par exemple été confrontée ?
On m’a déjà posé des questions comme : « Avez-vous un homme qui peut garantir la pertinence et la qualité de vos services ? ». Ces situations demandent une grande pédagogie et une grande tolérance. Si on se braque, ça renforce le stéréotype. Il faut avoir confiance dans ses compétences. Il ne faut pas hésiter à renvoyer à un cadre et à des faits concrets : votre chiffres d’affaire, vos références clients, etc. Le genre n’a pas à être facteur de décision quand on négocie un budget. Ça doit être davantage un système entrepreneurial inclusif.

CM : Que pensez-vous du positionnement du Cambodge dans l’entreprenariat ?
Le Cambodge a une grande volonté sur ce sujet. Le gouvernement est à l’écoute et ouvert aux projets. Celui-ci a par ailleurs mis en place des exonérations de taxes pour les nouvelles entreprises, pour les pousser à être compliant. Mais il manque beaucoup de choses au niveau techniques et soft skills. À mon sens, le coaching et le mentoring ont un grand rôle à jouer. On n’a pas non plus d’accélérateurs à cause de problématiques liées à l’accessibilité au financement. Non par manque de fonds mais par manque de transparence de certaines entreprises. Il faudrait davantage les sensibiliser pour qu’elles soient en conformité. Car si elles ne le sont pas, on ne peut pas créer de valeur.

CM : Adrienne Ravez, Comment se distingue le Cambodge par rapport aux pays de la zone ?
Par l’importance donnée à la dimension sociale, environnementale et inclusive. Selon moi, c’est le point d’ancrage du Royaume. Les entrepreneurs ont envie de monter une entreprise qui a du sens. C’est le cas notamment de Impact Hub. La technologie au service de l’innovation serait une belle carte à jouer. Si on essaye de concurrencer purement et simplement ce qui est fait ailleurs, c’est une erreur. L’innovation au niveau des modèles est la plus importante.

CM : Quelle est sa force ?
Sa jeunesse. Elle a adopté rapidement les nouvelles technologies. On a opéré un saut de grenouille au Cambodge car on a une génération qui n’a pas eu besoin d’appréhender les technologies. Ils sont très actifs et réactifs sur les réseaux sociaux et/ou sur les médias digitaux. On a une ouverture, une compétence autodidacte qui est forte ainsi qu’un vrai investissement humain.

CM : Quelles femmes entrepreneurs vous inspirent ici au Cambodge ?
Il y en a plusieurs mais pour en citer que quelques unes : évidemment, Kounila Keo (Redhill). Elle a un parcours et une humilité formidable. On a aussi Malypoeur Plong qui a créé l’App “Stops near me”. Parmi les femmes avec une position managériale, Channe Lan (Instedd) également. C’est une femme de poigne qui gère de nombreux projets. Elle est un véritable mentor dans le secteur de l’innovation et de la technologie.

CM : Adrienne Ravez, suite à votre prix, qu’est-ce qui a fait, selon vous, la différence dans votre candidature ?
Ce qui a été intéressant, c’est que l’analyse s’est faite sur une période d’éligibilité au cours des 18 derniers mois. Une période clé pour nous puisque ça correspondait au lancement d’un portail pour les entrepreneurs, Start-Up Cambodia, et à notre fusion avec Quantum, une agence RP et relations presse, qui nous avait approché en 2015. Aujourd’hui, l’objectif est de consolider cette récente alliance car cela implique désormais deux portefeuilles clients à gérer. Il nous faut donc maintenir la qualité de nos services et continuer, bien évidemment, à être innovant !

Propos recueillis par Julie Cassiau

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