Sports – Communauté : Le Par cambodgien du Calédonien Fabrice Ho

Rencontre avec le Néo-calédonien Fabrice Ho, l’homme du golf de Siem Reap, qui nous fait part de sa carrière d’ancien joueur de haut niveau (un peu) et de ses impressions (beaucoup) pour que le Cambodge devienne une destination golf de top niveau.

CM : Quand êtes-vous arrivé au Cambodge ?

Cela fait quatre ans que je suis au Cambodge. J’ai enseigné à Phnom Penh pendant deux ans, sur deux sites, le City Golf et le practice de Koh Pich. Ensuite, j’ai eu l’opportunité de prendre le management du club du Sofitel Angkor Phokeethra à Siem Reap. C’est arrivé en mars 2016, cela fait donc deux ans que je travaille à Siem Reap.

Quelle est votre occupation principale ?

Mon travail principal est le golf management. Je donne quelques leçons aux clients qui en demandent. Mais, la priorité est de manager le parcours, les opérations et les ventes.  Au Sofitel Angkor Phokeethra à Siem Reap. Nous avons 160 employés. Parmi eux, nous avons 80 caddies. C’est donc essentiellement du service. Les caddies passent plus de quatre heures avec chaque client, donc nous les formons en permanence pour pouvoir fournir le meilleur service possible. L’autre partie est la maintenance du parcours. Quarante personnes sont affectées à l’entretien des greens. Cela demande beaucoup d’investissement humain, mais aussi en en machines et en matériel pour avoir un parcours top niveau. Les deux points-clé sont un parcours irréprochable avec une maintenance efficace, et un service impeccable. Quand le client termine sa partie, nous veillons à ce qu’il soit totalement satisfait, qu’il reparte avec plein de bons souvenirs. Il est aussi primordial qu’il ait le sentiment d’avoir vécu une expérience unique.

Fabrice Ho
Fabrice Ho. Photographie fournie

CM : En quoi le parcours de du Sofitel Angkor Phokeethra est-il différent ?

Des beaux golfs, il y en a partout dans le monde. Nous voulons un golfe proche de la culture locale, nous faisons le maximum pour avoir des touches typiques du Cambodge. Nous avons la chance d’avoir un pont du XIIème siècle classé par l’Autorité Apsara sur notre parcours. Il s’agit du plus vieux pont au monde situé sur un golf. Ce n’est pas rien, c’est un atout touristique énorme.

CM : Le golf est un sport très récent au Cambodge…

Oui, le golf est plutôt récent au Cambodge. Pour comparer, le Myanmar par exemple, un pays assez fermé pendant longtemps, possède soixante parcours de golf. Ce sont des golfs de l’époque britannique, ils n’ont pas été vraiment entretenus et il y a encore beaucoup de travail à faire. Au Vietnam, 90 projets de golfs ont été validés en 2016, en Thaïlande, cela doit être entre 250 et 300 parcours. Phokeethra Country Club va fêter ces douze ans cette année. C’est le premier golf international. Et le royaume compte à présent huit golfs.

Fabrice Ho, sur le practice aménagé lord de la semaine française de Siem Reap en Mars dernier.
Fabrice Ho, sur le practice aménagé lord de la semaine française de Siem Reap en Mars dernier.

CM : Comment progresse ce sport dans la région ?

La seule région dans le monde où le golf est en progression en nombre de joueurs est l’Asie. On perd des joueurs en Europe, en Australie, et aux USA pour diverses raisons. La première raison est que la pratique du golf prend du temps et il semble que les occidentaux en aient moins. En Asie, le niveau de vie s’élève, et, il s’agit aussi d’un sport qui montre qu’on a réussi. C’est très asiatique. C’est une des raisons qui explique cette montée de ce sport, même en Chine.

Fabrice Ho
Fabrice Ho. Photographie fournie

CM : Combien de joueurs dans le royaume ?

En comptant les expatriés, j’estime qu’il y a entre 2500 et 3000 joueurs au Cambodge. Sur Siem Reap, nous devons en avoir moins de 150. C’est difficile à estimer car la Fédération Cambodgienne est très récente. Il n’y a pas encore de statistiques claires et précises.

CM : Pourquoi si peu à Siem Reap ?

C’est un peu dommage car nous avons trois parcours, dont deux absolument superbes. Mais notre cible principale reste les touristes, avec aussi les marchés émergents comme les Chinois.

CM : Hébergez-vous des épreuves professionnelles ?

Nous avons accueilli le Johnny Walker Open pendant quatre ans. Nous allons faire des gros travaux pendant quatre mois. Après cela, oui, notre objectif est d’accueillir de nouvelles épreuves professionnelles.

CM : S’agit-il de refaire le parcours ?

Nous ne refaisons pas le parcours à neuf. En fait, nous avons un type de gazon particulier pour nos greens. Cela s’appelle du pass palom et nous allons aller vers un autre type de gazon qui s’appelle le Bermuda. C’est un type de gazon plus rapide et plus facile à travailler. Et nous avons besoin de green très rapide pour les épreuves professionnelles. Nous serons les premiers à avoir ce type de gazon au Cambodge.

Sofitel Angkor Phokeethra Golf and Spa Resort
Sofitel Angkor Phokeethra Golf and Spa Resort. Photographie fournie

CM : Il y a-t-il un programme de détection, formation et entrainement pour de futurs bons joueurs cambodgiens ?

Effectivement, c’est le gros point à développer. Pour développer des programmes, il faut que la Fédération se penche dessus. Nous sommes trois ou quatre professionnels sur le royaume. Il faudrait que nous soyons plus sollicités sur ce point. Nous avons tous été formés dans des PGA françaises, australiennes ou américaines et nous pouvons proposer de bonnes idées dans ce sens. Après, il faut des moyens. Dans les prochaines années, chaque club devrait pouvoir créer sa propre école de golf. C’est la seule possibilité pour produire des golfeurs qui arrivent à un certain niveau, mais aussi pour développer le golf et le démocratiser. Malheureusement, le Cambodge ne fait pas de bons résultats aux Jeux d’Asie du Sud-Est.

CM : Le Cambodge a-t-il besoin de parcours de golf ?

Oui, le golf est un sport très porteur, c’est excellent en termes d’image touristique. Le golf est devenu très populaire à la télévision. Il y a de plus en plus de tournois en Asie. Mais, un parcours représente un certain investissement. Pour créer un golf susceptible d’accueillir une épreuve de standard international, il faut compter environ 700 000 dollars. Cela risque de prendre encore un peu de temps avant de voir beaucoup plus de golfs de très bon niveau dans le pays.

CM : Vous avez fait partie des meilleurs joueurs français ?

J’ai joué trois ans sur le Challenge Tour Européen. Mes meilleures performances furent aux environs de la soixantième place française. J’ai ensuite continué à tourner sur le South Pacific Tour et l’Australia Asia Tour. Ma meilleure perf a été une deuxième place en 2009.

CM : Que se passe-t-il après le circuit-joueur ?

C’est diffèrent, c’est une nouvelle étape. J’ai eu des étapes bien claires. La première était ‘’à fond pour le jeu…’’, la seconde était un peu une remise en question : ‘’…Pourquoi ne suis-je pas monté plus haut ?’’. Après, il y a l’envie de rester dans le jeu et de transmettre sa passion. Quand je suis revenu en Nouvelle-Calédonie, on m’a donné l’opportunité d’enseigner au golf de Tina. Il y avait alors tout à créer en 1995. Je me suis donc attelé à la tâche. Nous sommes partis d’un golf ou il n’y avait pas de jeunes. Au bout de deux ans, nous avions 120 gamins tous les mercredis. L’expérience a duré vingt ans. Le club a été classé parmi les dix meilleures écoles françaises pendant quinze ans. Ce fut une belle satisfaction, les jeunes qui pratiquaient ont fondé des familles et leurs enfants jouent au golf aujourd’hui.

CM : Jouez-vous toujours aujourd’hui ?

Oui, je m’oblige à jouer au moins un 18 trous par semaine. Je change de caddie régulièrement et cela me permet de voir mon staff travailler et de les guider un peu si besoin. Cela me permet d’apprécier et jauger le parcours. Je souhaite garder aussi un certain niveau de jeu pour moi. Je vais avoir bientôt 50 ans et il y a un circuit senior assez sympa auquel je souhaiterais participer. J’arrive à tenir le parcours aux environs du par, même avec peu d’entrainement.

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