Phnom Penh Post – Presse : Sivakumar Ganapathy déclare avoir sauvé le journal de la fermeture

Le nouveau propriétaire du Phnom Penh Post, l’investisseur malaisien Sivakumar Ganapathy, a déclaré lors d’une conférence de presse vendredi qu’il avait sauvé le quotidien anglophone de sa fermeture, et a tenté d’apaiser les craintes quant à une nouvelle ligne éditoriale inique. ”…des reportages et des commentaires équitables et équilibrés dans le respect des vraies valeurs journalistiques seront le leitmotiv de la nouvelle équipe…”, a indiqué le repreneur, ajoutant que son expérience des médias permettra de perpétuer cet héritage du Phnom Penh Post, et concluant par : ”…c’est le terrain d’entente sur lequel Bill Clough et moi-même avons travaillé et pour lequel nous nous sommes mis d’accord lors de la vente…”.

''...Je tiens à souligner que si je n'avais pas acheté le Phnom Penh Post, le journal devrait fermer en raison de sa situation financière...", a déclaré Ganapathy.
”…Je tiens à souligner que si je n’avais pas acheté le Phnom Penh Post, le journal devrait fermer en raison de sa situation financière…”, a déclaré Ganapathy.

Début mai, La vente du Phnom Penh Post a suscité une vague de commentaires et de réactions, dans la presse internationale, alors que le quotidien anglophone se proclamait comme dernier bastion de la presse indépendante dans le royaume. Frappé par un redressement fiscal que le dernier propriétaire qualifiait pourtant ”d’affaire de routine” lorsque celle-ci fut dévoilée par AEC News, le quotidien faisait également face à une injonction du tribunal le sommant de verser 260 000 dollars US à Chris Dawe, l’ancien directeur du Post qui avait poursuivi le journal pour licenciement abusif.

Lorsque la cession du Phnom Penh Post est devenue publique, le propriétaire Bill Clough justifiait la vente du titre par un déclin des recettes publicitaires, ”…“…Ces derniers temps ont été un véritable défi, car le déclin global de la part de marché pour la publicité dans les journaux se fait également ressentir ici au Cambodge…”, avait-il écrit. Le montant de la vente n’était pas précisé, la dette fiscale n’était ni évoquée, ni contestée, tout comme le litige opposant le titre à son ancien directeur. A l’évidence, le journal se situait dans une impasse financière, tout au moins pour le repreneur qui annonçait vendredi : ”…Je tiens à souligner que si je n’avais pas acheté le Phnom Penh Post, le journal devrait fermer en raison de sa situation financière…”, a déclaré Ganapathy.

Toutefois, le parallèle avec la fermeture du Cambodia Daily, en septembre dernier  en raison d’une dette fiscale, a largement été assimilé à une pression gouvernementale, vrai alors que les péripéties Cambodia Daily – Direction des Impôts avaient la une régulièrement avant la fermeture du Cambodia Daily. Dés la vente du Post, un groupe de défense des droits internationaux a déclaré que ”…la vente du titre, qui a acquis une réputation de reportage indépendant susceptible de critiquer le gouvernement, est un «désastre» pour la liberté des médias dans le pays…”, opinion largement relayée ensuite dans les médias occidentaux et sur les réseaux sociaux.

Après l’annonce de l’accord de vente, le rédacteur en chef du journal, Kay Kimsong, avait déclaré qu’il avait été congédié pour avoir autorisé la publication d’un article sur la vente du titre, article présentant le nouveau propriétaire sous un jour peu flatteur et proche du gouvernement. Plusieurs membres du personnel, majoritairement des expatriés, ont déclaré ensuite sur les médias sociaux qu’ils démissionnaient, tout en vilipendant cette «première attaque à la liberté de la presse» par son nouveau propriétaire. L’article controversé faisait référence à d’autres investissements de Ganapathy incluant une société de relations publiques dont le site Web ferait référence à ”…l’entrée du Cambodge et de Hun Sen dans le siège du gouvernement…” comme l’un de ses «projets». Sur ce point, Ganapathy a déclaré que c’était “…une honte et une insulte à la revendication d’indépendance du journal, à la limite du sabotage interne…”.

Lors de la conférence de presse de vendredi, assis aux côtés de son avocat Ly Tayseng, son nouveau rédacteur en chef Joshua Purushotman et Anthony Galliano de Cambodian Investment Management, Sivakumar S. Ganapathy s’est plaint d’avoir été “…diabolisé par certains journalistes dans le Phnom Penh Post, un journal que je possède…alors que Bill Clough avait explicitement donné l’assurance que l’héritage du poste de Phnom Penh serait maintenu et que les collaborateurs étaient tous des gens qualifiés et de bon niveau…”. A plusieurs reprises, le repreneur a répété que l’achat était une décision d’affaires et qu’il souhaitait tourner une page du journal, réfutant également les accusations d’engagement politique et arguant que ”…c’était un moment opportun et un produit opportun, et nous y sommes allés…”.

Quant à la dette fiscale de 3,9 millions de dollars US, Anthony Galliano, qui officie comme consultant en investissements pour Ganapathy, a répondu que l’ancien propriétaire s’en était chargé. Concernant cette fameuse indépendance éditoriale qui a suscité tant de réactions, plusieurs journalistes ont demandé lors de la conférence de presse si les critiques du gouvernement seraient autorisées dans le Post nouvelle version, Sivakumar S. Ganapathyen a répondu simplement en disant : ”…Là d’où je viens, nous rapportons les faits, uniquement les faits, pourquoi nous sentirions-nous obligés de critiquer ?”

 

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