Energie : Projet de barrage sur Kratié, menace sur le Mékong

Un rapport d’étude évaluant l’impact d’un projet de barrage à Kratié, province située à l’est du Cambodge, indique que cette initiative pourrait aboutir à la ”destruction de la vie sur le Mékong”. Ce rapport argumente que l’emplacement actuel du projet est le pire des choix envisageables pour un barrage hydroélectrique, et qu’il aurait de sérieuses répercussions sur les ressources du fleuve. Publié par le Natural Heritage Institute, une ONG spécialisée dans la protection des écosystèmes marins, le rapport a été divulgué au Guardian et publié dans l’édition de mercredi dernier. Cette étude a été commanditée et financée par le gouvernement cambodgien en 2017.

Le Mékong près de Kratie
Le Mékong près de Kratié. Photographie par Pierre Le Bigot (cc)

Si le barrage de Kratié est construit, il serait le plus grand ouvrage hydroélectrique du bassin inférieur du Mékong, souligne le document. L’ouvrage aurait une capacité de 2 600 mégawatts et créerait un bassin de 82 kilomètres. “…Le barrage constituera un obstacle majeur à la migration des poissons et cela conduira à la perte ou à la diminution de certaines espèces de poissons…”, accuse le rapport en citant les spécialistes des ressources en eau du Fonds Mondial pour la Nature qui affirment que “…la construction de ce barrage affectera sérieusement les efforts de conservation des dauphins, les ressources halieutiques, les conditions de vie et la sécurité alimentaires des communautés rurales…”. Selon les auteurs du rapport, l’énergie solaire serait la seule alternative à la construction de ce barrage. Si le projet de Kratié est approuvé, la société chinoise Hydrollacang International Energy devrait le mettre en œuvre. Le projet de ce barrage remonte à un protocole d’accord signé avec China Southern Power Grid en 2006. Une levée de boucliers des environnementalistes et des communautés avait incité l’investisseur chinois à se retirer du projet en 2008. La pénurie chronique d’énergie, les prix élevés et la dépendance à 50% des importations ont incité le gouvernement à relancer le projet Sambor en 2016, après que le Laos ait déjà lancé deux barrages controversés en amont – les barrages de Xayaburi et de Don Sahong.

A propos du Mékong

Le Mékong est l’un des systèmes naturels les plus importants et les plus productifs du monde. Originaire du plateau tibétain, il traverse 4800 km à travers six pays – la province chinoise du Yunnan, le Myanmar (Birmanie), la RDP lao, la Thaïlande, le Vietnam et le Cambodge – avant de former un système complexe de delta avec plusieurs embranchements. Il fournit plus de nourriture que n’importe quel autre fleuve, il est également l’un des plus menacés au monde.

Et des barrages

Environ 48 grands barrages, dont certains sont les plus grands du monde, sont actuellement en activité ou en construction sur le Mékong. 71 autres sont en projet. Certains de ces barrages répondent à des besoins essentiels en énergie domestique, mais la plupart générent des revenus grâce aux exportations d’électricité. L’épicentre du développement est la RDP lao et aussi le Cambodge, stimulé par des investissements en provenance de Chine et de Thaïlande. Sur le cours principal de la rivière Xe Kong, le dernier affluent du Mékong, des études de faisabilité pour huit grands projets hydroélectriques sont actuellement en cours par des investisseurs privés avec l’autorisation des gouvernements du Laos et du Cambodge. La Xe Kong ou Se Kong est une rivière originaire de la province de Thừa Thiên-Huế, au centre du Vietnam. Cet affluent s’écoule sur 480 kilomètres à travers le sud du Laos et l’est du Cambodge. La Xe Kong rejoint le Mékong près de la ville de Stung Treng au Cambodge. Une partie de son cours forme la frontière internationale entre le Laos et le Cambodge.

Les barrages du Mékong constituent des obstacles insurmontables pour les 87% des espèces de poissons du Mékong qui doivent quitter l’océan, le delta et le Tonlé Sap pour atteindre les grands affluents du Laos, du Cambodge et du Vietnam afin de compléter leur cycle de vie et de se reproduire. La partie Xe Kong du Mékong est la plus importante pour la reproduction des poissons migrateurs et pour les apports de sédiments et de nutriments qui reconstituent et maintiennent ces habitats qui soutiennent une abondance écologique extraordinaire. En perturbant cet équilibre,  les barrages risquent de transformer cette rivière à écoulement libre en une série de retenues stériles et tueraient la rivière la plus productive du monde. Ce sont ces flux qui nourrissent la vie du fleuve Mékong et les 70 millions de personnes qui en dépendent intimement pour la subsistance, le transport, et les moyens de subsistance.

La réalité est telle qu’en vertu des plans et des opérations actuels de développement des barrages, environ 94% des sédiments et des éléments nutritifs qui maintiennent actuellement le bas Mékong seront captés et retirés du système au cours des prochaines décennies. Cela affectera dramatiquement les habitats exceptionnellement diversifiés qui font du Mékong la rivière la plus productive du monde, indique le Natural Heritage Institute.

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