Communauté – Siem Reap : Anne-Laure Bartenay, le Cambodge m’a donné une leçon de vie

Anne-Laure Bartenay est jusqu’à la fin de l’année, la responsable commerciale des Soieries du Mékong. Cambodge Mag l’a interrogée à plusieurs reprises sur son activité professionnelle et aussi sur son implication dans la semaine française de Siem Reap. Cette fois-ci, à quelques mois du départ, derrière ses beaux yeux verts, Anne-Laure confie ses impressions sur ses trois ans et demi d’expatriation.

Anne-Laure Bartenay, le Cambodge m'a donné une leçon de vie
Anne-Laure Bartenay, le Cambodge m’a donné une leçon de vie

CM : Quelles sont les raisons qui vous ont amenée au Cambodge ?

Je suis parisienne, j’ai vécu Charlie Hebdo, j’avais trente ans. C’est un âge auquel tu te demandes ce que tu vas faire de ta vie. Je me suis dit que je voulais me rendre utile, ne pas perdre de temps à faire des choses futiles. Je travaillais dans le conseil depuis quatre ans, c’était super, très formateur, j’ai énormément appris. Je travaillais pour un cabinet génial, j’étais bien tombée. Mais, au bout d’un moment je me suis sentie en perte de sens. Le conseil c’est bien, mais cela concerne beaucoup les problèmes de gens aisés. Nous travaillions avec des boites du CAC 40. Quand tu baignes aussi dans cet environnement, dans la vie parisienne, l’after-work, les sorties les restos…etc, tu te sens entraînée et tu te perds quelque peu.

J’ai vu Charlie Hebdo et je me suis dit que je devais faire quelque chose de diffèrent, d’utile comme je le disais plus tôt.  J’ai voulu être bénévole dans ma ville. Cela n’a pas marché et je me suis dit que je devais aller aider des gens qui en avaient vraiment besoin. Et, j’ai rencontré ce jeune homme qui avait tout quitté, qui était à Phnom Penh. Il travaillait pour l’ONG Pour un Sourire d’Enfant. Comme moi, il avait travaillé dans un cabinet de conseil parisien en stratégie digitale. Il m’a raconté avoir tout plaqué avec femme et enfants. Je me suis alors demandé comment on pouvait passer de cet extrême à l’autre. Il m’a ensuite parlé du statut de VSI (Volontariat de Solidarité Internationale). C’était un super moyen de s’expatrier qui permettait aussi de garder quelques avantages français.  C’est ainsi que je me suis retrouvé à l’école hôtelière de Sala Baï.

CM : Et ensuite ?

Ensuite avec Soieries du Mékong, je me suis sentie vraiment utile. Quand tu prends en charge une tisserande, quand tu les interviewe, elles te communiquent leur bonheur de pouvoir travailler et de pouvoir faire vivre leur famille. Là, j’ai l’impression d’être utile.  Je me lève le matin, je courre partout pour mes rendez-vous, je suis très occupée, mais au moins je sais pourquoi je me lève le matin.

CM : Resterez-vous au Cambodge ?

Je ne vais pas rester. Je crois qu’au bout de trois ans et demi, j’aurais vu ce qu’il y avait à voir, j’aurai fait le tour. Je ne peux pas non plus être volontaire toute ma vie. En revanche, je sais ce qui est important pour moi maintenant. Je continuerai à me rendre utile, mais ce sera à l’étranger, pas en France. Je vais peut-être rester en Asie, je ne sais pas encore.

CM : Des projets de construire une famille ?

Pour cela, il faudrait l’homme (sourire). Mais, bien sûr cela figure dans mes projets à terme. Je ne me sentais pas de fonder une famille tout de suite à Siem Reap. Il faut que je m’installe. Pour l’instant je suis au Cambodge, ce n’est pas encore ma destination finale, je ne resterai pas expatriée toute ma vie.

CM : Quels seront vos souvenirs du Cambodge ?

Les meilleurs. Je pense sincèrement que ce sont mes meilleures années. Je me suis découverte. Et je ne me suis jamais sentie aussi épanouie qu’aujourd’hui. Je suis venue chercher ce que j’avais envie de trouver. Et ne pensais pas que le Cambodge m’apporterait tout cela. Auparavant, je pensais avoir été heureuse dans ma vie, et cela a changé en vivant ici.

CM : Pour quelles raisons ?

D’abord, ici nous sommes libres. C’est une vraie liberté. Tu travailles, tu as une vie normale mais tu sens que tout est possible. Par exemple, autant je travaille dans le marketing depuis que je suis apprentie, c’est mon cœur de métier, autant ici j’ai dû m’improviser commerciale, je ne connaissais pas ce métier. Et on m’a donné ma chance. C’est un aspect du travail qui m’a plu car j’ai un projet derrière, et c’est cela que je mets en avant. La qualité du produit est importante, mais l’histoire l’est encore plus. Quand je démarche, je commence toujours par l’histoire, le produit ensuite, c’est une preuve à l’appui. Et le principe fonctionne, cela me permet de vendre des foulards ici, mais aussi à l’étranger.

CM : Qu’est-ce qui vous aura le plus marquée au Cambodge ?

L’accueil et l’hospitalité des gens m’ont marquée. Je me suis sentie intégrée en une dizaine de jours après mon arrivée. C’était important, n’oublions pas que c’était ma première expérience en Asie. Pourtant, j’avais plutôt des  à priori, je ne jurais que par l’Amérique Latine que je connais mieux ou l’Amérique du Nord. Au Cambodge, ce côté ‘’no problem’’, m’a beaucoup plu également. Il n’y a jamais de problème…il y a une vraie solidarité, dans tous les cas on trouve une solution.

CM : Des rencontres marquantes ?

J’ai fait tellement de belles rencontres, avec des Cambodgiens, des Français et d’autres nationalités. C’est peut-être parce que je suis plus ouverte et plus épanouie que je prends le temps de découvrir vraiment les gens. J’ai rencontré des gens formidables parmi ceux qui ont vécu les Khmers rouges. Ce sont des gens qui ont des histoires incroyables, et de les découvrir m’a remis un peu les pieds sur terre. Je me suis trouvée privilégiée en comparaison de la vie qu’ils ont eue. Ils ont tout de même gardé ce fameux sourire et cette foi…ils ne se plaignent pas, ils ne râlent pas…je me suis dit alors que je n’avais plus jamais le droit de me plaindre. Certains Cambodgiens m’ont donné une leçon de vie.  Le Cambodge reste pour moi une magnifique expérience. Et j’ai rencontré assez peu de gens qui avaient une mauvaise expérience ici. Ce pays a été totalement détruit. Je trouve qu’ils se sont relevés et développés très vite. C’est vrai qu’il y a beaucoup d’ONG mais la volonté de se relever est, je trouve, surtout cambodgienne.

CM : Comment votre entourage a-t-il perçu votre démarche ?

C’est amusant, certains me disent ‘’…c’est courageux ce que tu as fait, c’est formidable, mais je leur réponds ‘’…non, d’abord j’ai plus ou moins fui, et c’est moi qui ai eu la chance de trouver la paix et de donner du sens à ma vie ici…’’. Le Cambodge m’a vraiment apporté quelque chose. C’était un échange, win win (sourire).

CM : A propos des râleurs professionnels ?

Qu’ils s’en aillent !

CM : Toujours en contact avec la France ?

Je suis repartie en vacances, j’ai revu ma famille, les meilleurs copains, je me suis un peu ressourcée mais j’étais contente de rentrer. Quand j’ai dit je rentre chez moi, les gens ont été un peu surpris car pour eux, chez moi, ce serait encore la France, mais je leur ai dit non. Pour le moment, c’est au Cambodge. Mais mes parents préfèrent me savoir loin et heureuse…

CM : Pas d’installation envisagée à Phnom Penh ?
Je suis une citadine, mais il y a des choses qui me gênent à Phnom Penh, c’est une ville qui grossit si vite. J’aime bien Hong-Kong, il y a tout, la ville, la campagne, la culture. Je me suis posée la question de savoir si je m’installerais à Phnom Penh. Mais finalement j’aime y aller le weekend, pour changer d’air, c’est suffisant.

CM : En conclusion ?

Le Cambodge a redonné du sens à ma vie. J’étais venue pour cela, je l’ai trouvé très rapidement. La vie y est douce et facile. Tu travailles beaucoup mais le temps libre est 100% de plaisir. Je me suis fait aussi de vrais amis, il y a des gens avec qui je garderai un lien après mon départ. Dans une vie en France, ce sont peut-être des rencontres qui n’auraient jamais eu lieu, mais ici, chez pas mal d’expatriés, nous avons une démarche assez proche dans nos vies et cela facilite le contact.

Un Commentaire
Haut de page