Destination : A la découverte de l’autre Kampot

A 148km de Phnom Penh, au sud-ouest du Cambodge, la ville de Kampot est traversée par la rivière Teuk Chhou, dominée par la montagne du Bokor et bordée par la mer. Sous l’administration coloniale française, Kampot était le port le plus important du Cambodge et l’un des plus grands centres commerciaux jusque dans les années 50. Kampot est aujourd’hui une ville de plus de 40 000 d’habitants, en plein développement, et pleine de surprises. Phnom Penh a peut-être trop perçu Kampot comme une ville endormie, une ville de tourisme à la gloire perdue, qui se résumerait à quelques balades en canoë-kayak, à une destination pour couche-tôt curieux de marais salants et de plantations de poivres. Ça, c’était avant. Découvrons l’autre Kampot :

Kampot par Steve Bernacki (cc)
Kampot par Steve Bernacki (cc)

En 2018, Kampot n’a plus rien à voir avec la destination coup de cœur du guide vendu en librairie. En 2018, à Kampot, ce sont de bonnes tables, des artistes, des bars stylés mais aussi du sport et du fun. Oubliez le sympathique week-end genre bon père de famille, bienvenue à Kampot, la nouvelle destination cool au Cambodge.

Mattéo me tend sa main gauche : « Enchanté ». Accueillant, chaleureux, sincère, Kampot, c’est déjà génial. Je suis rapidement pris en charge par l’équipe du Green House pour mon séjour à Kampot. L’adresse m’a souvent été recommandée, surtout pour son restaurant, devenu l’une des meilleures tables de la province. Le personnel m’accompagne jusqu’à mon bungalow au bord de la rivière Preaek Teuk Chhu. Le cadre est unique. Je déballe mon sac : beaucoup de vêtements de sport, quelques affaires de jour et une tenue pour le soir. Je monte au restaurant, commande le menu « Découverte », je relis mon programme : Kampot, ça va être cool !

Climbodia – Escalade, via ferrata, rappel et spéléo

« Tu vas voir, il est un peu spécial ». Voilà comment m’est présenté David Van Hulle, grimpeur depuis presque 20 ans. En effet, David est même un personnage très spécial, l’escalade est la moitié de sa vie. Le site est à cinq kilomètres de Kampot, sur la route de Kep. David est au pied la montagne, il est un peu chez lui au bout de cette route de campagne. C’est lors d’un voyage dans les caves de Kbal Romeas en décembre 2013 qu’il a pris la décision de s’installer au Cambodge et de créer un site d’escalade équipé en plein air. Un an plus tard, Climbodia accueillait ses premiers groupes.

Le cadre est magnifique. Nous sommes en plein milieu du Cambodge, celui que la télévision nous montre. Tout est là : les rizières, les cocotiers, les maisons sur pilotis, les enfants qui jouent, les villageois et un doux soleil. Bref, chez David, c’est vraiment stylé. Il me présente son équipe et l’équipement : « Il faut mettre un casque. Parfois, des grimpeurs indépendants ne veulent pas porter de casque, et ça m’énerve ». David prend cinq minutes pour m’expliquer son parcours. Il commencé au Népal où il a vécu cinq ans. Avant, il travaillait dans plusieurs salles d’escalade en Belgique, dans la « construction en hauteur » notamment pour installer des voies d’escalade. « Le tour dure quatre heures », continue David en présentant les lieux.

Je suis équipé, j’ai mon casque. Je commence l’ascension d’une première voie où « ça grimpe facile ». 30 mètres plus haut, je surplombe Kampot, le Bokor, les marais salants et toute cette campagne dont je ne me lasse jamais. L’équipe de Climbodia me répète à chaque minute que je devrais prendre une photo, je le fais car c’est vraiment spectaculaire. J’entre à présent dans la partie via ferrata : un câble en acier, nous nous accrochons « deux fois avec des slings et mousquetons » et nous traversons en direction de l’autre versant de la montagne. Après un petit quart d’heure de roche sèche et abrupte, l’équipe de David me propose de prendre une photo. Je suis plutôt concentré sur la descente en rappel de 30 mètres qui m’attend. Malgré mon expérience dans ce domaine, 30 mètres, c’est toujours impressionnant. Je m’encorde. Un guide me demande si je veux prendre une photo. Je suis déjà dans la cheminée, à la verticale dans les caves.

Kampot par Steve Bernacki (cc)
Kampot par Steve Bernacki (cc)

En bas, le groupe se prépare à la partie spéléologie dans la montagne. David me demande de garder mon casque, son co-équipier m’indique qu’il y a de belles choses à prendre en photos. Nous entrons alors vers des kilomètres de cave. Le tour commence par une description des lieux et de son histoire. Je découvre des stalactites et des stalagmites, des petits temples bouddhistes, chinois et chams, une flore unique et quelques chauves-souris. L’immersion est passionnante, un autre Cambodge. Une heure et quelques kilomètres plus loin, nous retrouvons le ciel brûlant de la province de Kampot. Session de spéléo validée.

De retour à l’entrée de la montagne, David me présente les différentes voies. Je m’encorde et je me lance. J’ai le choix : il y a 17 voies de différents niveaux. « Tout est en moulinette » me précise David, ce qui veut dire que toutes les cordes sont déjà installées au relais d’en haut, « You can take pictures if you want » me dit son guide. David continue : « Le plus jeune client qui j’ai accueilli avait cinq ans et le plus vieux 76. Le plus lourd pesait 125 kg ». Cela me rassure, je suis dans la moyenne.

La matinée se termine, j’ai les bras complètement bandés, les doigts figés, la tête remplie de nouveaux souvenirs et l’esprit toujours en haut. Merci David, j’ai passé un moment unique.

Arcadia – Parc aquatique

Le sol tremble. Ce sont sûrement les infrabasses. J’avance en direction de la source sonore. J’y suis presque. Quelques tuktuks attendent, c’est toujours bon signe. Je croise de jeunes voyageurs aux sourires larges, aux claquettes bruyantes et aux vêtements célébrants la bière, le Cambodge et une certaine culture populaire. Passons…

L’hôtel est face à la rivière. Une adresse typique de jeune voyageur célibataire occidental dans ses dernières gesticulations identitaires. Je jette mes vêtements et m’approche de l’une des vitrines du parc : le blob. Le blobbing est une activité d’eau en plein air, issue de l’imagination fade des militaires américains qui s’amusaient à sauter sur des réservoirs d’essences mous flottants près des navires. Le coussin gonflable mesure environ cinq mètres de long sur 1,5 mètre de large, bref, un trampoline aquatique. Avec mes 56 kgs, j’ai tutoyé les cinq mètres…

Tout excité, je sors de l’eau, le dos tout rouge après mon atterrissage côté pile. Je suis presque seul à courir avec deux Cambodgiens qui ont l’air d’avoir leurs habitudes dans ce parc. Je me dirige vers une petite zipline de 20m. Après une longue demi-heure à effectuer des allers-retours, je nage vers une échelle de dix mètres flottant en plein milieu de l’eau. Pas de doute, nous sommes au paradis. J’enchaine les sauts. De retour dans le restaurant, le manager m’explique que l’équipe ajoute régulièrement des petites activités comme des plateformes mobiles pour courir sur l’eau … Arcadiat, une adresse stylée de plus.

River Park – Accrobranche

Pour cette dernière matinée à Kampot, je rencontre Alexis, l’heureux propriétaire du River Park, un parcours d’accrobranche unique en son genre. Alexis a travaillé lui-même sur ce projet durant six mois : il a construit entièrement conçu et construit l’installation qui, à chaque étape, propose un parcours fluide et sécurisé. « Chaque matin, j’effectue les contrôles de sécurité » assure le quadragénaire fraîchement installé. Le parc est impressionnant. Je monte d’abord dans un arbre qui en rejoint un second par un pont de cordes. Puis une seconde traversée, et une troisième. Tout en haut, la vue sur la rivière Teuk Chhou est imprenable. A son ouverture il y a deux ans, la Kampot Zipline a fait le buzz dans les médias locaux, ce qui lui a permis de devenir très rapidement une adresse incontournable au programme du week-end cool ou même familial. Alexis se lance sur une tyrolienne de plus de 50 mètres. C’est mon tour. Je me lance. Je vis alors ce que les connaisseurs de sport extrêmes appellent le « perfect moment – le moment parfait», cet instant où seule la sensation de glisse prédomine. Arrivé de l’autre côté de la rive, Alexis me désencorde, quêtant mon ressenti, une noix de coco fraîche à la main : « Tu sais, les Cambodgiens font jusqu’à deux heures de queue le weekend pour la zipline. Du coup, quelques restaurants se sont installés pour que les gens puissent patienter à l’ombre et grignoter ». Oui Alexis, ton River Park est super stylé.

Autre expérience que propose le River Park : le bungyjump qui consiste en un saut dans le vide de 19 mètres, retenu par un système de poulie magnétique. Alexis me précise que peu de gens le font car cela vraiment peur aux clients « alors qu’il n’y a qu’une seconde de chute » ajoute-t-il. « Cette épreuve est même passée dans des émissions de télé-réalité locales ». Le River Park d’Alexis est incontournable pour tutoyer une nouvelle fois la gravité. Ne perdez pas de temps à faire un selfie durant la tyrolienne, profitez plutôt d’un moment intense, presque parfait.

Par Jean-Benoit Lasselin

Cet article est un extrait du  dernier numéro (3) de Cambodge Mag en version papier. Pour consulter le magazine dans son intégralité en version PDF, cliquer ici…

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