Communauté -Siem Reap : Les bonnes volontés de la semaine française

Derrière la Semaine Française de Siem Reap, il y a des bonnes volontés, des Français désireux de mettre en valeur leur communauté. Cambodge Mag a interrogé huit des membres du comité organisateur qui, avec Eric Stocker, Aurélien Cantinolle et Vanessa Voukotitch, travaillent depuis de longs mois sur cet événement. Nous leur avons posé trois questions, sur leur activité à Siem Reap, sur leur implication dans cette semaine française, et sur les raisons de cette implication.

Florian Bohême

Je vis à Siem Reap depuis trois ans. Je suis en train de lancer ma société qui s’appelle B Consulting, une startup qui intervient dans le secteur de l’hôtellerie, dans la formation au sein des établissements cambodgiens, mais aussi dans tout le cycle hôtelier et touristique, depuis la conception de projets jusqu’au suivi qualité.

Florian Bohême
Florian Bohême

Il y a une réalité économique, il y a aujourd’hui beaucoup de Français à Siem Reap mais, à l’inverse, la place de la France s’est amoindrie. L’Institut Français a fermé il y a plus de deux ans. Et à côté de cela, d’autres pays prennent de plus en plus de place, citons les Chinois par exemple, mais ils ne sont peut-être pas les seuls. La relation entre la France et le Cambodge est déjà une relation historique, qui est aujourd’hui totalement dépassionnée. Je trouve qu’il est bien de montrer, à Siem Reap, que les Français sont actifs et économiquement présents. Nous sommes actuellement 500 Français à Siem Reap et il y a une centaine d’entreprises.
L’idée de cette semaine française est de faire en sorte que ces entreprises françaises puissent se montrer. Nous avons besoin du soutien de grandes entreprises et l’un de nos partenaires est Cambodia Airports. Ils ont compris l’intérêt de cette manifestation et participent à cette semaine française. C’est cela qu’on peut attendre d’un réseau économique, que les plus grands aident les plus petits qui ont parfois un savoir-faire. C’est donc l’idée : que tout le monde puisse se connaitre et avancer ensemble. Cet événement est aussi, en quelques sorte un pont avec les autres communautés. Nous avons invité plus de mille chefs d’entreprise cambodgiens pour l’inauguration.

Loïc Dumas

Cela fait huit ans que je suis à Siem Reap. J’ai rencontré mon épouse Sirivan en France. Je l’ai suivie lorsqu’elle est revenue dans son pays. Nous avons construit une activité autour de son savoir-faire de styliste de mode. Cette année, nous créons la structure Maison Sirivan, un concept-store autour des projets de Sirivan et aussi en partenariat avec d’autres projets d’innovation, tout en continuant à développer notre activité de fabrication, Sirivan atelier. En fait, mon implication dans la communauté française a été un point de départ. La communauté d’affaires m’intéressait, pour pouvoir échanger de l’information. Quand vous êtes entrepreneur ici, il est utile d’avoir accès aux bonnes informations, les statistiques en particulier. Il est aussi utile de comprendre les lois du pays, de mieux comprendre le fonctionnement du Cambodge.

Loïc Dumas
Loïc Dumas

La semaine française est un projet intéressant, l’idée est venue avec les fréquentes visites de la CCIFC à Siem Reap. Et chacune des visites se concluait par : ‘’…Bon, il faudrait que quelque chose d’intéressant se fasse à Siem Reap maintenant…’’. Notre tissu économique est constitué de toutes petites entreprises, et une telle initiative nécessite des efforts importants. Et, la semaine française à Siem Reap a été un premier projet concret. Cela a permis de créer un noyau dynamique puis, le projet s’est étoffé. L’implication, c’est cela : attirer un maximum de monde autour d’une initiative. Depuis quelques semaines, la CCIFC compte une section Siem Reap, officiellement validée lors du dernier conseil d’administration de la chambre de commerce. Éric Stoker en est le représentant élu. Le premier projet est la semaine française, nous proposerons ensuite d’autres événements. C’est un partenariat intéressant et notre communauté de Siem Reap a besoin de supports comme la CCIFC et Eurocham, en particulier pour la formation, il y a beaucoup de gens bien formés aux métiers de l’hôtellerie ici, beaucoup moins dans le secteur de la vente qui, pourtant, se développe. Nous sommes heureux également d’avoir une voix ‘’consulaire’’, car nous avons aussi des expériences à apporter et des choses à dire.

Eric Raisina

Je vis à Siem Reap depuis 16 ans. Je m’y sens vraiment bien, j’y suis très heureux. Cette idée de la semaine française m’a beaucoup intéressé. Je suis ici depuis très longtemps, j’ai eu la chance de pouvoir développer et partager ma passion…c’est pour moi un succès personnel.

Eric Raisina
Eric Raisina

Lorsque cette idée de la semaine française est apparue, cela m’a plu car je pense que les touristes perçoivent un peu de cette influence française dans cette ville, mais ce n’est pas forcement quelque chose qu’ils comprennent très facilement. Cet événement sera l’occasion de dire aux touristes ‘’…Oui, nous existons…et nous avons un savoir-faire intéressant…et pas seulement parmi les artistes….’’. Je trouve que cette initiative arrive au bon moment car beaucoup de gens font des choses intéressantes mais chacun reste parfois un peu de son côté. Il faut travailler ensemble, mais aussi s’ouvrir vers les autres, et pas seulement vers les touristes. Je crois que c’est la première fois qu’il y a à Siem Reap un événement qui mette en avant cette force française. Je pense que de savoir que le savoir-faire français existe et se transmet aux Cambodgiens est un concept très vendeur. A travers ce beau projet, nous allons enfin pouvoir donner de la visibilité à notre communauté, j’en suis très heureux.

Benjamin Carrichon

Je travaille pour le désarmement au Cambodge, nous procédons à l’enlèvement des mines anti-personnel, j’ai été muté ici il y a un an.

Benjamin Carrichon
Benjamin Carrichon

Au début, je ne connaissais pas trop la communauté francophone, puis j’ai rencontré plus de Français et lorsqu’on m’a proposé de faire partie du comité, j’ai accepté car je trouvais qu’il était bien de montrer qu’il y a une communauté française active à Siem Reap. Dans mon travail, je n’ai aucune connexion avec la France, je suis d’ailleurs le seul Français de toute mon organisation. Mais, je trouve que c’est important de participer à cette semaine française, de montrer qu’il y a une solidarité, et que la communauté française souhaite s’associer à l’animation de la ville.

Chloé Marty

Cela fait deux ans et demi que je suis à Siem Reap. Je travaille pour l’école du Bayon. C’est un projet qui soutient une école primaire dans les temples, nous avons 400 enfants scolarisés. Ce projet a été créé en 1993, et depuis 2014, nous proposons une formation professionnelle en pâtisserie. Nous formons chaque année entre 15 et 20 jeunes filles aux métiers de la pâtisserie. Nos financements viennent essentiellement de subventions françaises et d’entreprises privées. Pour aller vers plus d’autonomie, nous avons créé un café au sein de l’école qui fonctionne de mieux en mieux, nous travaillons également pas mal avec des entreprises locales qui achètent nos produits.

Chloé Marty
Chloé Marty

Je suis très présente dans la communauté française. Lorsque je suis arrivée à Siem Reap, je ne m’attendais pas à trouver une communauté française aussi importante. Et, même si je cherchais autre chose en venant au Cambodge, de pouvoir retrouver un peu de France, un peu de chez nous à Siem Reap, m’aide à garder un équilibre. De pouvoir se retrouver au sein d’un événement qui promeut notre culture est assez motivant. De surcroit, notre école travaille sur des saveurs locales, mais avec des recettes et un savoir-faire français. Il était donc évident pour nous de participer à cet événement.

Anne-Laure Bartenay

Cela fait deux ans et demi que je suis au Cambodge, je travaille auparavant pour l’école hôtelière de Sala Baï et je m’occupe à présent du développement de l’entreprise solidaire Soieries du Mékong. Soieries du Mékong fournit du travail aux communautés de femmes défavorisées de Bantaey Chhmar. C’est un programme d’Enfants du Mékong, une ONG française qui a des programmes de développement un peu partout en Asie.

Anne-Laure Bartenay
Anne-Laure Bartenay

Je me suis impliquée dans la communauté française depuis mon arrivée. J’ai monté un réseau qui met en valeur les artistes et l’art en général au Cambodge. Cela m’intéresse de réunir les Français, pas seulement pour aller boire un verre…mais aussi pour mettre en valeur nos savoir-faire. Avec le réseau d’artistes, je me suis aperçu qu’il y avait un manque de communication, un besoin de se mettre en valeur. J’avais donc envie de mettre en avant ces gens-là. Avec la semaine française, c’est pour moi le même type de démarche. J’ai envie de connecter les gens entre eux car on se connait, mais il manquait une synergie entre les Français de Siem Reap. De se rapprocher permet de mieux travailler, pas seulement au travers de projets, mais aussi dans le partage des problématiques que nous pouvons rencontrer. Je crois aussi que l’image des Français est un peu trop associée aux ONG, je l’entends souvent. Il est intéressant de montrer qu’il y a aussi des entrepreneurs, des artistes et des artisans.

Bénédicte Ravel

Je suis au Cambodge depuis 7 ans et à Siem Reap depuis un an. J’ai rejoint les Artisans d’Angkor, qui existent depuis 1992. C’est une entreprise sociale, dont l’actionnaire principal est Vinci, et qui s’emploie à redonner les techniques de création artisanale aux jeunes Cambodgiens.

Bénédicte Ravel
Bénédicte Ravel

Beaucoup d’intervenants, de consultants, d’artistes et de créateurs dans les programmes et chantiers-écoles de notre entreprise sociale sont des Français. La France a donc un lien très fort avec Artisans d’Angkor. Il est donc normal que nous soyons présents à cette semaine française. Quand on est Français, on a envie de rencontrer des compatriotes. Dès mon arrivée au Cambodge, j’ai fréquenté la communauté française et d’entendre parler de leur expérience dans le pays. Nous faisons des choses ensemble, mais cela ne veut pas dire qu’il faille totalement rester entre Français. Nous impulsons des choses, et pouvons le faire avec des Cambodgiens, des Australiens, des Anglais…etc. A Siem Reap, il est intéressant de voir la vitalité de la création avec la communauté française. Il y a aussi une vraie envie de s’ouvrir, de partager, de faire des choses ensemble.

Françoise Gouézou

Je suis ici depuis 2013, je venais de passer neuf ans au Laos. Je suis conseil en communication et marketing. En arrivant, un hôtel m’a recrutée pour faire du coaching. Cette année, j’exerce mon métier au sein d’une entreprise cambodgienne. Cette année, j’ai créé une activité qui s’appelle Biniky Chic Nomad, en partenariat avec Sirivan. C’est une entreprise qui importe des objets innovants qui s’adressent aux voyageurs.

Françoise Gouézou
Françoise Gouézou

La valorisation du savoir-faire et l’aspect projet communautaire sont les deux aspects qui me plaisent pour cette semaine française. Le côté transmission du savoir m’intéresse également beaucoup. Il reste un gros travail à faire en ce qui concerne la présentation du savoir-faire de la communauté française. C’est dans cet esprit que nous avons créé Kandal Village dans Siem Reap. C’est un endroit qui propose un autre genre de tourisme en complément des activités traditionnelles de Siem Reap. C’est bien de proposer nos produits, mais aussi d’apprendre aux Cambodgiens des techniques de tourisme assez originales.

Propos recueillis par Christophe Gargiulo

Cet article est un extrait du  dernier numéro (3) de Cambodge Mag en version papier. Pour consulter le magazine dans son intégralité en version PDF, cliquer ici…

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