Quinzaine française de Phnom Penh : Une soirée pour le Cambodge sur le Mékong

Nous avions rendez-vous juste après le coucher du soleil, sur l’embarcadère du Kanika derrière l’hôtel Himawari, ce lundi 26 mars. Français et francophones sont nombreux ce soir : il y a les auxiliaires diocésains de la mission 15-20, venus de France pour quelques mois apporter leur aide aux œuvres du vicariat apostolique de Phnom Penh, des figures de la communauté des affaires locales, des cadres de grandes entreprises. La chaleur est tombée, et tout ce beau monde se livre au rituel familier des salutations et des introductions autour d’un verre de bière ou de vin rouge.

Les étudiants de l’institut Saint-Paul
Les étudiants de l’institut Saint-Paul

Nous larguons les amarres peu après sept heures et les auxiliaires de l’« évêque Olivier, » comme on l’appelle ici, battent le rappel des troupes sur le pont. En guise d’écharpe liturgique, Monseigneur Olivier Schmitthauesler, prêtre des Missions Étrangères de Paris, vicaire apostolique de Phnom Penh, porte le krama. Lorsqu’il saisit le micro, c’est d’abord en Khmer qu’il s’adresse à l’assemblée. Les étudiants de l’institut Saint-Paul qu’il a fondé dans la province de Takeo, à une soixantaine de kilomètres de la capitale, sont répartis en petits groupes d’un côté et de l’autre de la salle. Vêtus d’un uniforme blanc et bleu sobre mais élégant, ils écoutent le prélat, plus grand frère ou oncle que monseigneur, avec l’attention qu’on porte à ceux qu’on respecte parce qu’on les admire. Après un passage en anglais, il conclut en français : « Ce soir, c’est pour le Cambodge, pour aider ces jeunes de famille modeste à construire ensemble un futur dans l’harmonie, la paix, la justice et la dignité. »

Une soirée pour le Cambodge sur le Mékong
Une soirée pour le Cambodge sur le Mékong

C’est la deuxième fois que l’évêque organise cette rencontre entre ces jeunes étudiants khmers issus de familles pauvres de la côte, en quatrième année à l’institut, et des représentants du secteur privé. Le concept est simple, nous murmure un loup de mer qui participe à l’organisation de l’événement : « Sur le bateau, pas le choix, personne ne peut partir avant la fin ! »

Les étudiants de l’institut Saint-Paul
Les étudiants de l’institut Saint-Paul

Les étudiants s’apprêtent à passer leur dernier semestre universitaire en stage en vue de la rédaction d’un mémoire de fin d’étude – spécificité éducative que l’institut Saint-Paul a tenu à conserver à son enseignement. Ils étudient l’anglais, le tourisme, l’informatique, ou l’agriculture. Ils sont tous ou presque boursiers. Ils scrutent cette assemblée hétéroclite d’expatriés avec un mélange d’appréhension et de fierté, le regard brillant et plein d’espoir. Après une remarquable présentation de l’université par le recteur Phon Sophal, qui insiste à la fois sur la qualité des enseignements délivrés et des compétences apprises par les élèves et sur les valeurs morales qu’elle porte, plaçant au centre de tout l’inaliénable dignité de la personne humaine, place à la rencontre directe entre entrepreneurs et étudiants.

À notre table, Philippe Araujo, secrétaire-général de Cambodia Airports, les invite à postuler à la centaine de postes proposés par le groupe. Seng, jeune homme Khmer d’une vingtaine d’années de la province de Sihanoukville, verre de vin rouge à la main, a les yeux qui brille et le verbe facile. Il nous raconte tout l’amour qu’il a pour son pays (« Il y a la ville, la montagne, la campagne et la mer ! ») et l’envie qu’il a de le faire découvrir aux touristes. Il nous vante les mérites de l’écotourisme et insiste sur l’importance du respect des communautés locales. Entre deux conversations sur l’importance des soft skills et du travail en équipe, on s’interrompt quand les étudiants, constatant le franc succès remporté par les toasts à la tapenade auprès des barangs, nous demandent quelle peut bien être cette substance noirâtre tartinée sur le num pang.

On voudrait bien rester là, à discuter, mais le temps passe vite et, trop tôt il nous faut retourner sur le pont. L’évêque Olivier, rayonnant, reprend la parole. « Ils étaient nombreux à avoir le mal de mer, ou plutôt de rivière, en arrivant tout à l’heure, mais en vous voyant, en vous découvrant, en échangeant avec vous, c’est complètement passé ! » La soirée est un franc succès. Les participants, khmers comme barangs, étudiants comme entrepreneurs, remettent le pied à terre avec le sourire. Il n’y a pas besoin de trop en dire. Et en repartant, on pense à cette phrase du président Kennedy qui nous revient comme une antienne : ceux qui luttent contre les grands ennemis du genre humain, la maladie, la pauvreté, et la guerre, allument chaque jour « un flambeau dont la lumière peut véritablement éclairer le monde. »

En savoir plus sur l’Institut Saint-Paul :
http://spi.edu.kh/

Par Hugo Roussel

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