Entretien : Jean Lestienne, j’ai écrit une nouvelle page dans le livre de ma vie

Il est l’image du retraité en pleine forme, souriant, épanoui et plein de tchatche. Jean Lestienne a choisi de passer sa retraite au Cambodge et de ne pas rester inactif en s’engageant dans le social. Pour Cambodge Mag, Jean Lestienne répond à quelques questions d’Emma Dubois.

Comment êtes-vous arrivé au Cambodge ?

J’ai 67 ans et je vis au Cambodge depuis une dizaine d’années. Je suis arrivé au Cambodge alors que j’étais déjà retraité. Je travaillais auparavant pour une grande entreprise, et j’avais déjà connu l’expatriation en Amérique Latine.

Jean Lestienne
Jean Lestienne

Je suis arrivé au Cambodge un peu par hasard. Un collègue à moi était venu ici pour sa coopération militaire, je lui avais rendu quelques services en France alors que j’étais délégué syndical. Il m’a renvoyé l’ascenseur en me proposant de venir visiter le Cambodge. Je suis venu, j’ai trouvé le pays sympa, et je suis resté, c’est aussi simple. Avec trois copains, nous avons investi dans un hôtel. Ce furent mes premières aventures asiatiques car je ne connaissais pas du tout l’Asie auparavant.

Quelles furent vos premières activités ?

J’ai croisé le chemin d’Arnaud Darc, et suis entré dans l’association AEFC. Je suis devenu responsable de l’Association d’Entraide des Français du Cambodge – AEFC, à Siem Reap. C’est une association qui aide nos amis français qui peuvent avoir des problèmes d’accident ou de maladies. Nombreux sont ceux qui ne sont pas assurés et qui ont donc besoin d’aide. Notre rôle était donc d’aider ces gens-là.

Comment peut-on avoir ce type de problèmes ? ?
Il y a beaucoup de gens qui pensent qu’en Asie, il suffit de travailler un peu pour pouvoir vivre éternellement avec peu de revenus. C’était peut-être possible à une époque, ça ne l’est plus aujourd’hui. Il n’y a pas forcement que des jeunes, il y a aussi des gens plus âgés, au-delà de la soixantaine. Ils se mettent en couple avec une jeune femme qu’ils ont rencontrée et ne sont pas prudents. Et il arrive qu’ils se ”gâchent” rapidement. Aussi, quelqu’un qui est alcoolique en France peut devenir très alcoolique ici car l’alcool est beaucoup moins cher. Il y a également d’autres tentations comme la drogue, c’est interdit mais cela circule quand même et certains ne sont pas prudents non plus. Sihanoukville était pendant un moment la destination de ces gens un peu perdus. Le phénomène est moins présent a Siem Reap car c’est une ville où il y a de l’emploi.

Emma Dubois (Cambodge Mag et Jean Lestienne)
Emma Dubois (Cambodge Mag et Jean Lestienne)

Il y a moins de problèmes de ce type aujourd’hui car les gens se rendent compte qu’une installation au Cambodge requiert un minimum de sérieux. Nous sommes là pour les mettre en garde contre les illusions.

Et après l’AEFC ?

Après mon expérience avec l’AEFC, il y a eu les premières élections consulaires. Nous avons créé une équipe sous l’égide de Français du monde. J’étais troisième de liste. Les deux premiers ont été élus. Puis l’un d’entre eux a dû partir. Je suis donc conseiller consulaire, depuis deux ans.

Quel est votre rôle ?

Mon rôle est d’être en relation avec l’ensemble des ressortissants français, pour les aider, leur donner des conseils, fournir une aide administrative, en relation bien sûr avec les autorités françaises.

Etes-vous bénévole ?

Nous avons une petite indemnité de représentation, mais nos trois élus reversent leurs indemnités à l’association, l’ADFE.

Par qui êtes-vous élu ?

Nous sommes élus par les Français du Cambodge. Ce qui est essentiel dans notre fonction de conseiller consulaire, c’est de participer à des commissions assez importantes. Nous sommes présents dans les commissions d’aide sociale, et les commissions de bourses scolaires. Comme il y a beaucoup d’associations d’entraide ici, nous avons fait le choix de ne pas s’occuper de social directement, nous nous consacrons entièrement à l’éducation. Nous cherchons des financements pour aider l’école française. Nous travaillons sur l’ouverture d’une école à Sihanoukville, pour aider Battambang, et poursuivons nos efforts sur Siem Reap car c’est une école qui a certainement plus de besoins que le Lycée Descartes à Phnom Penh.

Comment fonctionnez-vous ?

Auparavant, nous avions les réserves parlementaires. Le député ou le sénateur élu nous versait de l’argent de leur réserve parlementaire. Nous bénéficiions alors d’entre dix et vingt mille euros par an. Cela nous permettait d’aider les écoles, d’acheter du matériel, de l’équipement informatique, des livres…Aujourd’hui, il n’y a plus de réserve parlementaire. Nous sommes donc obligés de chercher des fonds en organisant des loteries, des ventes de kramas…cela nous permet, en plus de nos indemnités de récolter quelques fonds. Mais, aujourd’hui, nous avons beaucoup moins de moyens.

Nous n’avons pas les moyens d’organiser de grands événements caritatifs, nous y participons, comme clients, mais cela nécessite trop d’investissement de départ. Par contre, nous avons eu l’initiative d’organiser le téléthon au Lycée Descartes. Nous avions également organisé à Siem Reap la projection du film ”Les Pépites”, en présence du réalisateur. Le Sofitel a gentiment prêté ses locaux et nous avons eu 500 personnes ce jour-là. Et nous avons reversé la totalité des recettes à l’association ”Pour un Sourire d’Enfant”.

Personnellement, êtes-vous comblé par le Cambodge ?

D’abord je me suis marié ici. J’ai créé une nouvelle famille, j’ai écrit une nouvelle page dans le livre de ma vie. J’ai une belle vie ici. J’ai une retraite qui me permet de vivre confortablement sans travailler. Nous sommes vraiment au pays du sourire. Les gens sont accueillants et sympathiques. Quelques détails m’irritent comme la conduite. Mais, de toute façon, nous, Français, sommes des gens assez râleurs…

Pourquoi Siem Reap ?

J’ai choisi Siem Reap car j’aime bien les villes moyennes.

La France vous manque-t-elle ?

Non, car j’ai la chance d’y aller une ou deux fois par an. Vrai que mes copains me manquent, mes grands enfants me manquent aussi. Concernant ma vie au Cambodge, je pense qu’il faut être prudent sur les problèmes de santé. Je me suis toujours dit que si j’avais des problèmes de santé importants, je rentrerais en France, mais pour l’instant, tout va bien (rires), donc je reste !

Emma Dubois & Christophe Gargiulo

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