Portrait – Innovation : Le KamasK de Veasna Srey

Vous l’avez peut-être aperçu sur le nez de propriétaires de deux roues, KamasK, ce masque coloré à l’allure futuriste, c’est lui : Veasna Srey, un franco-cambodgien de 38 ans. L’idée est d’abord née d’un impératif ; férus de vélo, sa compagne et lui souffraient de la pollution entraînée par le boom de l’automobile. Les masques anti-pollution vendus en Europe dans les magasins spécialisés sont trop chers à importer. Veasna se lance dans la fabrication d’un prototype : il imagine un tissu respirant, des accroches ajustables et un filtre à charbon de bois capable de retenir les particules fines. Introuvables au Cambodge, il débusque ces matériaux en Chine et décide de passer commande d’un premier lot, qu’il assemble et fait tester à ses proches. Et ça marche ! KamasK séduit les expats et cette nouvelle génération de jeunes urbains qui commence à développer une conscience écolo. Si les matériaux proviennent de Chine et Taïwan, la main d’œuvre est locale – et responsable – les pièces étant montées dans l’atelier de couture de l’association Pour un Sourire d’Enfant (PSE). Originaire de Battambang, Veasna est né en 1979, alors que les combats entre les forces vietnamiennes et les Khmers Rouges font rage. Sa famille se réfugie dans un camp à la frontière thaïlandaise avant de s’envoler pour la France.

 

À 7 ans, il découvre le froid et une nouvelle vie dans une cité de Béziers. Son père, ingénieur des Ponts et Chaussées se reconvertit en dépanneur électroménager. «Il savait tout réparer: on récupérait les radios et téléviseurs jetés pour leur donner une seconde vie, notre salon ressemblait à un atelier!», raconte-til. Le petit garçon imite papa et démonte son premier camion électrique à 9 ans. Il se dirige donc naturellement vers un Bac S en Sciences de l’Ingénieur, puis obtient un BTS en conception de produits industriels. Veasna passe alors aux avions, dessine des pièces d’Airbus A380, des portes de Boeing 787, travaille à Toulouse puis à Montréal. En 2014, il décide de faire un long voyage en Asie, avec escale au Cambodge, malgré les réticences de sa mère, dont les souvenirs renvoient aux êtres chers disparus. Pour lui, c’est un choc : «Je retrouvais des sensations familières, le parfum du champa, la terre rouge», se remémore-t-il. Le créatif découvre aussi une scène entrepreneuriale dynamique, ce qui l’encourage à poser ses bagages en mars 2016. À la tête de sa start-up, Veasna vend aujourd’hui entre 100 et 150 masques par mois, et fourmille de milles autres idées. Il a conçu un jeu de Mölkky (des quilles finlandaises) en khmer, monté des moteurs électriques sur des vélos, créé des meubles, et s’apprête à faire pousser des tomates bio… «KamasK c’est une solution, mais ça ne résout pas le problème de la pollution, pour cela il faut faire évoluer les comportements», confie celui qui rêve d’ouvrir un magasin concept où mener à bien tous ses projets. «Il ne manque plus qu’un partenaire ou un business angel», sourit-il. Avis aux amateurs!
LES KAMASK, entre $12 et $14, sont disponibles dans plusieurs points de vente de Phnom Penh. Plus d’infos sur le site www.kamask.com ou la page Facebook/KamasK.Cambodia.
Texte et photographie Eléonore Sok-Halkovich
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