Cinéma -Interview exclusive : Davy Chou et le cinéma d’auteur

Davy Chou, réalisateur, producteur, documentariste nous a fait le plaisir d’intervenir pour Cambodge Mag en donnant ses impressions sur le cinéma d’auteur au Cambodge. Cette interview west un extrait du dossier Société sur le même thème, publié dans le dernier numéro de Cambodge Mag en version papier. Pour consulter le dossier dans son intégralité, cliquer ici…(Page 39)

CM Vous faites partie d’une génération d’artiste influente. Quelle a été la réception à Phnom Penh de votre dernier film Diamond Island, présenté et récompensé à Cannes en 2016 ?

J’ai été très touché par la réception du film lors de sa première en octobre 2016. Il faut d’abord dire que c’est un film particulier pour le public cambodgien : pas d’acteurs connus, un rythme lent, une histoire qui s’inspire de la réalité, et nous ne disposions pas d’un fort budget de communication non plus, donc disons que nous savions que le film ne provoquerait pas un raz de marée. Pour autant, ce que j’ai pu lire sur les réseaux sociaux après les projections, de la part de la communauté des jeunes réalisateurs cambodgiens, ou des artistes, mais aussi, plus simplement, de la part de jeunes cinéphiles et du public lambda, m’a montré que le film, au-delà de sa nature différente de la production commerciale habituelle, pouvait toucher les spectateurs ici, et notamment pour ce qu’il est : un film sur la jeunesse d’aujourd’hui, qui raconte à la fois les espoirs et les désillusions nés du récent développement économique du pays.

L’un des moments les plus forts à ce titre fut la projection en plein air du film sur Diamond Island même, lors du festival du film du Cambodge l’année dernière. Il y avait un effet de miroir assez magique, puis j’ai remarqué une bande de jeunes ouvriers, qui travaillaient sans doute sur l’île, et qui se sont posés face au film, pour ne plus en décoller. Quand je suis allé parler à l’un d’eux à la fin, il m’a dit que le film racontait sa vie et celle de ses amis, et il avait l’air très touché. Pour moi, c’est déjà une raison suffisante pour avoir fait le film !

Davy Chou lors de sa venue à le Semaine Française de Siem Reap
Davy Chou lors de sa venue à le Semaine Française de Siem Reap

CM Davy Chou, Vous avez porté la culture khmère jusqu’au Festival de Cannes, le festival de cinéma le plus prestigieux au monde. Pourquoi, malgré cela, la majorité des productions cinématographiques cambodgiennes grand public ne sort pas de sa zone de confort ? Les comédies d’horreurs sont-elles si rentables que ça ?

Après Cannes, je ne m’attendais pas à ce que le cinéma d’auteur devienne d’un coup à la mode au Cambodge, ça ne marche pas comme ça, les choses prennent plus de temps. Mais il y a des effets à long terme je pense. Il n’y a qu’à voir les films de Rithy Panh, qui ont été montrés internationalement depuis les années 90, sans que pour autant cela crée un boom du cinéma indépendant local à la même époque. Mais à mon avis, la période que nous vivons en ce moment est passionnante pour le cinéma cambodgien, et je trouve d’ailleurs que de plus en plus de films sortent de cette zone de confort pour essayer autre chose. Je pense à Poppy goes to Hollywood de Sok Visal, de Jailbreak de Jimmy Henderson, et j’observe avec beaucoup d’intérêt la jeune génération, qui pour l’instant a surtout fait des courts métrages ou des séries TV. Les prochaines années seront décisives à mon avis sur l’émergence, ou pas, d’un cinéma d’auteur cambodgien.

CM Les nouvelles générations urbaines de la capitale aspirent à plus que du divertissement. En tant que producteur, pensez-vous que c’est le moment d’alimenter le marché du cinéma d’auteur au Cambodge ?

Je pense qu’il y a une soif indéniable de découvrir de nouvelles choses, qu’on retrouve sous tous les aspects et concernant de multiples formes artistiques, dont le cinéma. Nous avons lancé avec mon équipe un nouveau projet il y a deux mois, Echoes From Tomorrow, soit la production de trois courts métrages de jeunes réalisatrices cambodgiennes. La campagne de financement participatif a été un succès franc et inattendu. Ça montre qu’il y a un désir de voir la jeunesse d’ici s’emparer des formes artistiques pour exprimer sa voix propre, et c’est une très bonne nouvelle.

Propos recueillis par Jean-Benoit Lasselin. Pour consulter le dossier dans son intégralité, cliquer ici…(Page 39)

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