AEFC – Témoignage : Les malheurs de Marcel au Cambodge

Témoignage de Bruno Bogvad sur le difficile travail de l’équipe de l’Association d’Entraide des Français du Cambodge, à propos du cas d’un Français en perdition dans le royaume, et que l’équipe de l’AEFC a pu secourir.

Les malheurs de Marcel
Les malheurs de Marcel. Photographie Bree McGhee (cc)

“…Mais je ne vais pas passer ma vie en prison, je n’ai rien volé, je ne suis pas un malfaiteur…” me dit Marcel , nous l’appellerons comme ça, 71 ans, des yeux bleus délavés, presque transparents, le visage buriné et doré par le soleil du Cambodge. Il pleure. C’est bouleversant de voir cet homme simple pleurer. Ces larmes sont un appel au secours. Je suis son dernier recours .

Nous sommes au parloir du centre de rétention de la police d’immigration de Pochentong. C’est le consulat de France qui nous a prévenus ce matin qu’un de nos concitoyens était retenu pour un overstay important. Donc, premier contact, j’ai dans ma besace des produits d’hygiènes de première nécessité, une plaque de chocolat, des cigarettes du café soluble et quelques denrées en boite. J’écoute son histoire qui ressemble à beaucoup d’autres, sa lente descente vers l’extrême pauvreté et la fin de son parcours. Deux ans de retard à 10$ par jour c’est donc à minima 7300$ + un billet d’avion aller simple pour la France qui pourront le sortir de cette situation. Nous évoquons quelques pistes, surtout familiales, s’il lui en reste….

Je vais lui confier un petit téléphone avec un peu de crédit ( nous pouvons, c’est un centre de rétention pas une prison ) pour garder le contact et surtout lui remonter le moral. Ici personne ne parle français et il ne comprend pas l’anglais. Reparti dans sa cellule, je vais avec l’officier de police faire les photos de son passeport, de ses derniers visas et laisser nos coordonnées.

Retour au bureau de l’association, je vais faire le rapport de visite, éditer les photos et imprimer son nom sur la couverture. C’est souvent comme ça que démarre un dossier à l AEFC. Dans la semaine, nous nous réunissons parlons des solutions possibles. Je vais prendre contact avec sa famille, un frère qui ne l’a plus vu depuis plus de dix ans, et un fils qui m’avouera sa lassitude de porter une fois de plus assistance à son père avec à la clé aucune promesse tenue. Aujourd’hui, lui même en difficulté, il ne pourra en aucune manière nous aider. Une porte se referme.

En fin de semaine, nous faisons état de nos avancées avec les services consulaires. Nous savons qu’il ne nous reste qu’une seule carte à jouer, celle de la négociation avec les services de l’immigration, sachant qu’au final nous ne pouvons que solliciter la grâce totale. Cela va prendre des semaines et nous allons avancer pas à pas. Nous allons démontrer que l’assistance française pourra prendre en charge le billet d’avion pour la France, seul pays qui ne peut pas refouler le mis en cause. Une condamnation ne résoudrait pas le problème. Cela sera finalement accepté. Pendant tout ce temps nous sommes allés rendre visite à Marcel, lui apporter un peu de réconfort matériel et humain.

Nous avons déniché un billet simple à 420$ pratiquement direct, préparé un sac de voyage avec quelques vêtements chauds ( il fait froid en France à cette époque ), réservé un billet de train pour un retour dans sa ville natale et une fiche avec les numéros de téléphone des services sociaux de sa ville.

Il fait nuit, il est 22h et je vais au centre de rétention le récupérer et, en compagnie d’un officier de l’immigration, nous lui enregistrerons son billet, son passage en douane et l’accompagnerons à sa porte d’embarquement. Je lui laisse une enveloppe avec quelques euros et, après une dernière promesse de nous tenir au courant de son arrivée en France et de multiples remerciements, il s’en va. Bon voyage Marcel.

Demain j’irai au bureau finir ce rapport d’activité, faire la feuille de comptabilité et rendre compte. La promesse ne sera pas tenue, nous n’aurons plus de nouvelles. Un trait de stylo rouge sur le dossier, c’est souvent comme cela que se ferme un dossier à l AEFC.

Bruno Bogvad

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