Cambodge – Table ronde CCIFC – Emploi : (2) Du besoin de qualité et de recherche dans l’enseignement

Deuxième volet de la table ronde organisée par la Chambre de Commerce et d’Industrie France-Cambodge, et ayant pour thème l’éducation et l’insertion professionnelle dans le royaume. Après l’intervention d’Éric Delobel – Directeur général de Cambodia Airports, nous vous proposons aujourd’hui un regard plus universitaire sur ces enjeux de formation et d’enseignement, avec l’intervention de Dr. Yves Perraudeau – Conseiller du Ministre Cambodgien de l’Éducation, de la Jeunesse et des Sports.

”…Parler de la qualité de l’enseignement est le maître mot de notre ministre. La qualité de l’enseignement est l’adéquation entre la formation et la demande sur le marché du travail. Est-ce une adéquation à court terme ou à long terme ? Sur le court terme, nous pouvons nous orienter sur des enseignements très techniques, au contraire, sur le long terme, il faut donner une ouverture d’esprit aux étudiants et cela s’oriente plus vers la formation générale. C’est un paramètre important à considérer.

Dr. Yves Perraudeau – Conseiller du Ministre Cambodgien de l’Éducation, de la Jeunesse et des Sports
Dr. Yves Perraudeau – Conseiller du Ministre Cambodgien de l’Éducation, de la Jeunesse et des Sports

Niveau de formation

Il faut aussi considérer le niveau de formation. Toute entreprise a besoin de personnel, de cadres, d’une direction, mais aussi de cadres intermédiaires et d’un certain nombre d’employés. Nous allons là vers des formations qui n’ont pas le même contenu. Pour les formations très techniques, la capacité d’analyse est peu demandée alors qu’à l’inverse, pour un cadre, c’est cela qui va faire la différence. Lorsqu’on forme des cadres, il faut qu’ils soient capables d’analyser une situation. Nous parlons ici d’enseignement général. Après, il faut apporter une solution au problème et là, c’est un mix entre professionnels et universitaires. Ensuite, c’est la mise en œuvre et là, il y a besoin d’un savoir-faire professionnel. Les compétences ne sont donc pas toujours les mêmes entre celles de l’étudiant et celles requises pour le poste qu’il va occuper. A court terme, les chefs d’entreprises demandent des techniciens. Mais, il faut que les étudiants soient capables d’évoluer et de progresser. C’est un élément important.

Qualité de formation

La qualité ne se décrète pas, tout comme la compétitivité ou la productivité, on ne décrète pas la qualité d’un enseignement en quelques mots. Des actions sont donc nécessaires. Quels sont les types d’actions à envisager sachant que, c’est mon opinion, le ministère de l’éducation ne souhaite pas se substituer aux établissements ? Il appartient aux établissements de mettre en œuvre un certain nombre d’actions concrètes de formation. Il incombe tout de même au ministère de favoriser un cadre qui permette aux institutions d’avancer. Nous parlons d’actions par rapport aux enseignants, il faut augmenter leurs compétences professionnelles, surtout dans pays. Nous savons très bien que l’histoire du Cambodge a pénalisé les enseignants dans leur formation. Le ministère doit aussi favoriser les partenariats, la collaboration avec les autres ministères.

Table ronde sur l’éducation et l’insertion professionnelle à la CCIFC
Table ronde sur l’éducation et l’insertion professionnelle à la CCIFC

Enseignement universitaire

Je dois insister sur la formation universitaire, sachant que la professionnalisation ne se fait pas qu’au sein de l’enseignement supérieur. Il y a un long chemin à parcourir, mais je crois que la professionnalisation doit s’amorcer dès les classes secondaires. Il ne faut pas attendre l’entrée dans le cycle supérieur. Il est vrai que le Cambodge n’est pas doté de nombreux établissements techniques dans le secondaire. Il faut travailler à améliorer le niveau des universités, il n’y a que 8% des enseignants en université qui possèdent un doctorat. Il faut augmenter leur nombre pour améliorer la qualité de l’enseignement universitaire. Aussi, il n’y a pas d’enseignement supérieur sans recherche, et le Ministre de l’enseignement a donc décidé d’encourager davantage la recherche avec la création il y a quelques mois d’un Comité scientifique cambodgien pour la recherche et la formation doctorale, et de créer neuf écoles doctorales dans plusieurs champs disciplinaires déjà arrêtés, mais qui pourront évoluer par la suite. Ce sont les universités publiques qui vont porter ces écoles doctorales. Cette avancée est importante car l’amélioration de la formation des professeurs est primordiale pour la qualité de l’enseignement qui sera dispensé aux futurs cadres d’entreprise. Les enseignants de master doivent avoir des doctorats, et l’obtention de ce diplôme doit être favorisée.

Besoin de recherche

La recherche est-elle déconnectée de la professionnalisation ? Absolument pas…Lorsqu’on crée un programme d’enseignement, il faut des spécialistes du secteur. Et, pour former des spécialistes, il faut de la recherche pour connaître les contenus, les enjeux, les difficultés des secteurs. A partir de là, on peut inviter les professionnels à participer à des programmes de formation. Il ne faut pas qu’il existe seulement des universitaires ou seulement des professionnels dans la formation. Il faut imaginer des Masters, par exemple, construits avec l’aide des professionnels. C’est aussi un bon moyen de garder les formations à jour car les secteurs professionnels évoluent et ce sont ceux qui ont un contact permanent avec l’entreprise qui peuvent aider à suivre cette évolution. C’est important à préciser, la recherche n’est pas déconnectée. J’ajouterai même qu’il n’existe pas de pays qui se développe sans recherche.

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