Cambodge – Soieries du Mékong : French Touch, qualité et vision sociale

Entretien avec Anne-Laure Bartenay, volontaire française responsable marketing et commerciale Asie de l’entreprise sociale Soieries du Mékong. Qualité, French Touch, bien-être des artisans et tisserandes, le projet souhaite se réorienter aujourd’hui vers des objectifs plus ambitieux, explications d’Anne-Laure :

Parlez-nous de la création de Soieries du Mékong

Soieries du Mékong a été créée en 2001, par deux ONG, Enfants du Mékong, qui existe depuis 1958, et Espoir en Soie. L’objectif de la création de Soieries du Mékong était de participer à l’émancipation des femmes dans cette région défavorisée du nord-ouest du Cambodge, Là où les gens vivent essentiellement des cultures du riz et du manioc. Cette activité ne leur assure pas de revenus tout au long de l’année et, la plupart du temps, les hommes partent travailler en Thaïlande. En formant ces femmes au métier de tisserande, une formation qui dure un an, cela nous permet de les embaucher avec des salaires corrects et de leur assurer de bonnes conditions de travail. Le deuxième objectif était de réintroduire le savoir-faire traditionnel khmer dans cette région qui, à l’origine, était connue pour le tissage de la soie.  L’idée était aussi de lutter contre l’exode vers la Thaïlande, d’essayer de garder les Cambodgiens au Cambodge…

Boutique Soieries du Mékomg à Siem Reap
Boutique Soieries du Mékong à Siem Reap. Photographie Christophe Gargiulo

D’autres objectifs ?

En 2006, alors que la commercialisation fonctionnait de mieux en mieux et, face au nombre important et croissant de tisserandes, Soieries du Mékong est devenue plus autonome, une entreprise sociale solidaire, avec l’ONG Enfants du Mékong comme actionnaire majoritaire. Alors que nous dépendons encore beaucoup de notre actionnaire, l’objectif 2018 est d’atteindre l’équilibre financier. Nous avons donc entrepris un repositionnement sur la marque pour mettre en avant son projet social. Soieries du Mékong emploie aujourd’hui soixante artisans au total, une trentaine d’artisans et une trentaine de tisserandes. Je précise car il ne faut pas seulement des tisserandes pour produire des soieries, il y a sept étapes dans le processus de fabrication. Nous faisons travailler des locaux, et nous avons un positionnement haut de gamme. Notre premier prix commence à 45 dollars US, et la gamme va jusqu’à 185 dollars US. Nous sommes très exigeants sur la qualité, mais aussi sur la constance de celle-ci.

D’autres raisons concernant cette volonté de repositionnement ?

Nous nous repositionnons car il y a beaucoup de fabricants de foulards en soie au Cambodge, il y en a à Siem Reap, à Phnom Penh, en Thaïlande, et dans toute l’Asie…Ce qui nous distingue, c’est notre projet social. Aujourd’hui, l’accent est mis sur cette mission sociale, y compris dans notre démarche commerciale. Lorsque nous présentons l’entreprise à l’étranger, nous sommes plus perçus comme des acteurs du commerce équitable. D’ailleurs, dans cette boutique, nous avons exposé beaucoup de photographies qui montrent les différentes étapes du processus de fabrication avec les artisans de Banteay Chhmar. Nous allons bientôt diffuser un film sur la fabrication, c’est important que nos clients voient le travail réalisé en amont. A rappeler que la fabrication d’un foulard prend en moyenne 55 heures. C’est ainsi que nous parvenons à justifier le prix de nos foulards, il y a énormément de travail derrière et, la matière première est assez chère.

Tisserande de Banteay Chhmar
Tisserande de Banteay Chhmar – Programme Soieries du Mékong. Photographie Régis Binard

A propos de French Touch ?

En termes d’innovation, nous nous sommes recentrés pour avoir plus de produits différents. Aujourd’hui nous avons du 100% soie, mais nous faisons également du ‘’mixte’ avec des produits soie-coton, soie-lin, ou du soie-laine-cachemire.  Nous fabriquons et produisons au Cambodge mais notre French Touch est incarnée par notre styliste qui est française, nos designs sont très orientés « français », ce qui plait à l’export. Nous avons reçu un bon accueil à Singapour, Hong-Kong et d’autres pays d’Asie qui ont une population avec un pouvoir d’achat leur permettant de s’offrir nos créations. La crédibilité de la French Touch nous garantit une bonne notoriété en termes de qualité et d’excellence. Il y a encore une espèce de charme autour de la France qui rayonne à l’étranger. Donc, l’aspect social, le positionnement haut de gamme et la French Touch nous permettent de nous différencier sensiblement. Cependant, le coté social est l’argument qui séduit le plus nos acheteurs, y compris en France.

Chhorvin Liv, vendeuse et égérie de Soieries du Mékong, dans la boutique de Siem Reap
Chhorvin Liv, vendeuse et égérie de Soieries du Mékong, dans la boutique de Siem Reap. Photographie Christophe Gargiulo

Et en ce qui concerne les tisserandes et artisans ?

Nous avons également tenu à améliorer les conditions de travail des artisans et des tisserandes. Nous avons mis en place une protection sociale pour les tisserandes, mais aussi pour leurs familles. Toutes nos tisserandes sont mensualisées alors qu’auparavant, elles étaient payées à la pièce avec un système de premium pour les foulards sans défaut du premier coup. Notre objectif est aussi de produire avec ‘’zéro défaut’’. Nous avons un volontaire français, Paul, qui forme la chef d’atelier pour le contrôle qualité.  Dans cette idée de repositionnement, il y va y avoir d’autres nouveautés cette année : améliorer le bien-être des tisserandes, C’est un métier qui sollicite beaucoup le dos, elles travaillent en position penchée, nous allons faire venir des kinésithérapeutes pour voir quels types d’exercice elles peuvent faire pour éviter les problèmes de dos. Nous sommes vraiment dans une optique de bien-être des salariés.

Contrôle qualité avec un objectif zéro défaut
Contrôle qualité avec un objectif zéro défaut. Photographie Régis Binard

Quel type de distribution ?

A Siem Reap, nous avons cette boutique dans Kandal Village, nous distribuons aussi dans une dizaine d’hôtels et, nous sommes présents à Paris. A Phnom Penh, nous ne sommes que dans deux points de vente, et nous travaillons sur un partenariat avec le groupe Almond (Luu Meng) pour ses hôtels et restaurants. L’idée est de mettre nos produits en display et d’organiser des événements. Nous avons un potentiel intéressant sur Phnom Penh, et cette opportunité est bienvenue. Nous avons notre première boutique distributeur à Hong-Kong et, je pars en prospection à Tokyo début mars. Nos produits marchent très bien à Hong-Kong, les produits et le projet plaisent beaucoup.

Chhorvin Liv et Anne-Laure Barenay lors du défilé de mode Soieries du Mékong dans un restaurant du groupe Almond
Chhorvin Liv et Anne-Laure Barenay lors du défilé de mode Soieries du Mékong dans un restaurant du groupe Almond. Photographie Christophe Gargiulo

D’autres ambitions ?

Mon rêve d’ailleurs serait de voir des Cambodgiens acheter des produits fabriqués par des Cambodgiens. Il y a aujourd’hui à Phnom Penh cette classe moyenne qui aurait les moyens de s’offrir nos créations. Notre dernière nouveauté ; nous essayons d’atteindre la clientèle cambodgienne. Nous sommes en train de créer une collection d’inspiration cambodgienne, pensée par les tisserandes elles-mêmes, avec des prix un peu moins élevés.

Etes-vous optimiste sur votre démarche ?

Oui, je pense que l’époque de la surconsommation arrive à sa fin, les gens préfèrent acheter utile, notre démarche s’inscrit dans cette optique, et je suis persuadée que cela fonctionnera de mieux en mieux. Je pense qu’il y a un retour, le commerce équitable, le tourisme solidaire et le concept de l’entreprise sociale connaissent un regain d’intérêt, je crois que les gens en ont assez de tous ces ”produits” sous le nez et ont vraiment envie d’acheter utile…c’est en tout cas ce que je pense, et c’est aussi ce concept qui m’a amenée à réorienter mon parcours professionnel et m’a permis de travailler pour Soieries du Mékong.

Site internet : Soieries du Mékong

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