Agriculture : Riz, les exportations toujours fragiles

Dans son dernier rapport, la Fédération cambodgienne du riz prévient que l’ensemble du marché d’exportation du pays pourrait être compromis par le fléau de la contrebande de riz. Le rapport, qui détaille une liste de problèmes au sein même du CRF et du secteur dans son ensemble, ouvre une fenêtre sur le dysfonctionnement profond, et la fragilité d’une industrie qui occupe une place fondamentale dans la société et l’économie du Cambodge.

Travail dans une rizière cambodgienne. Photographie ILO (cc)
Travail dans une rizière cambodgienne. Photographie ILO (cc)

La Fédération cambodgienne du riz a été fondée en 2014 pour essayer de dynamiser une industrie cambodgienne du riz qui traînait loin derrière ses concurrents, la Thaïlande et le Vietnam. Bien que les exportations ont progressé de 17,3% en 2017 par rapport à l’année précédente (700 000 tonnes) avec une tendance à la hausse depuis des années, elles restent loin du Vietnam, qui a exporté près de 6 millions de tonnes et de la Thaïlande, avec plus de 11 millions de tonnes.

Les raisons de cette inefficacité chronique sont multiples et complexes, comme l’indique le rapport de la fédération. Le rapport soulève des inquiétudes sur la fausse image de marque, la manipulation des prix, les problèmes disciplinaires et les conflits d’intérêts au conseil d’administration de la fédération, le manque de données crédibles, le favoritisme, la méfiance et l’impact des problèmes fonciers.

Contrebande

Le document soulève également le problème de la contrebande en provenance du Vietnam qui, jusqu’à récemment, était un sujet plutôt tabou, et dont l’ampleur n’a été révélée qu’en 2013. La fédération souligne la menace que la contrebande fait peser au regard des principes et règlements de l’OMC et de l’ASEAN en matière de commerce : “…La contrebande de riz usiné du Vietnam entrave les efforts du royaume pour se conformer aux règles d’origine, car il y a des plaintes concernant la réexportation du riz dans un pays tiers. Cela pourrait coûter au Cambodge une bonne partie du marché d’exportation…Après avoir remplacé les marques étrangères par des étiquettes nationales, des commerçants distribuent le riz de contrebande dans tout le pays, ce qui fausse la concurrence et les prix sur le marché intérieur…”, écrivent les auteurs du rapport.

Les exportations ont progressé de 17,3% en 2017 par rapport à l'année précédente (700 000 tonnes). Photographie Chris Graham (cc)
Les exportations ont progressé de 17,3% en 2017 par rapport à l’année précédente (700 000 tonnes). Photographie Chris Graham (cc)

Les règlements sur les règles d’origine varient selon les partenaires commerciaux, mais la plus grande préoccupation pour le Cambodge serait que la contrebande invalide son accès préférentiel au marché de l’Union Européenne. En 2017, 43,54% des exportations de riz cambodgien sont allées vers l’UE selon les chiffres du gouvernement. Un porte-parole de la Commission européenne a déclaré que “…toute allégation de faute impliquant un régime d’accès préférentiel au marché doit bien entendu être prise très au sérieux…Bénéficiant du libre accès au marché de l’UE dans le cadre du programme <Tout sauf les armes>, le Cambodge doit s’assurer que le riz exporté vers l’UE est entièrement cultivé localement…À cet égard, la Commission s’est félicitée de l’adoption par le Cambodge d’un code de conduite visant à garantir l’intégrité des exportations de riz vers l’UE…”.

Code de conduite

En 2014, la Fédération cambodgienne du riz a établi un code de conduite au Cambodge qui interdisait aux entreprises d’exporter du riz bon marché en provenance des pays voisins et, deux ans plus tard affirmait renforcer les contrôles aux frontières sur les importations illégales. L’efficacité de la mise en œuvre du code reste, selon le rapport, discutable. Le vice-président de la fédération, Seu Rany, a déclaré que son organisme n’avait pas de statistiques précises sur la quantité de riz vietnamien introduite clandestinement dans le pays, mais a admis que cela restait un problème sérieux.

Le conseil de la fédération est présidé par Sok Puthyvuth, fils de l’ancien vice-Premier ministre Sok An et propriétaire de l’une des plus grandes sociétés d’exportation de riz. ”…Les membres dominants sont accusés d’utiliser CRF pour leur propre bénéfice, décourageant la volonté des autres membres de payer des frais d’adhésion ou de faire d’autres contributions…”, était l’une des conclusions du plan stratégique 2017-2021.

Besoin de coordination

Chhong Sophal, responsable de la coordination d’un réseau national indépendant d’associations d’agriculteurs nommé Farmer et Nature Net, a déclaré que l’une des choses les plus importantes que les riziculteurs trouveraient chez les riziculteurs était simplement la coordination. “…Les agriculteurs suivent juste les autres agriculteurs. Ils n’ont pas de contrat avec une entreprise. Pour cette raison, les commerçants peuvent manipuler le prix…Si les agriculteurs sont en mesure d’obtenir des prix appropriés, ils réaliseront des bénéfices de 2 millions de riels (500 dollars) par hectare. S’ils plantent sur 1 à 1,5 hectares, leurs revenus seront encore bien meilleurs…”, déclare-t-il.

Le rapport de la fédération indique également une certaine confusion dans le fonctionnement du bureau et suggère plus de transparence et d’interaction avec les membres. En conclusion, le vice-président Seu Rany indique que la fédération est un organisme encore jeune et qu’il est normal que la tâche soit difficile en raison de son expérience limitée et de l’énorme travail dont elle a la charge.

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