Cambodge – Opinion : Sam Rainsy et les faits historiques par Raoul M. JENNAR

Relayé par les médias khmers et l’AKP, une lettre de Raoul M. JENNAR, docteur en sciences politiques et spécialiste du Cambodge, intitulée ”Sam Rainsy et les faits historiques”. Un document au sein duquel l’auteur exprime sans ambages son désaccord avec l’ancien leader de l’opposition concernant certains faits historiques. Ces commentaires sont uniquement l’opinion de l’auteur…

Relayé par les médias khmers et l'AKP, une lettre de Raoul M. JENNAR, docteur en sciences politiques et spécialiste du Cambodge, intitulée ''Sam Rainsy et les faits historiques''. Un document au sein duquel l'auteur exprime sans ambages son désaccord avec l'ancien leader de l’opposition
Sam Rainsy et Raoul Jennar

”…Dans un communiqué publié à propos de l’anniversaire du 7 janvier, date de la chute du régime de Pol Pot, M. Sam Rainsy, réputé pour ses appels à la haine raciale (quand il s’exprime en Khmer) et son populisme virulent, tente de réécrire l’Histoire en présentant un enchaînement de faits, basé sur des hypothèses – « si » ceci, « si » cela – qui visent à faire du Vietnam la source de tous les malheurs du Cambodge. Evidemment, comme d’habitude, ceux qui manipulent les faits historiques à des fins politiciennes, omettent les événements qui contrarient leur raisonnement simpliste.

Quels sont les faits ? Depuis 1953, le Cambodge de Norodom Sihanouk s’emploie à défendre sa neutralité et son intégrité territoriale. A l’extérieur, il se heurte à l’hostilité des USA qui soutiennent la Thaïlande et la République du Sud-Vietnam, nos deux voisins qui ne cessent de formuler des prétentions territoriales à l’égard du Cambodge. A l’intérieur, il se heurte aux partisans d’une soumission aux USA dont font partie Sam Sary (le père de M. Sam Rainsy), Son Ngoc Thanh, Dap Chhuon, le Prince Sisowath Sirik Matak et Lon Nol. Les archives de la CIA et du National Security Council ont, depuis, révélé que les trois premiers ont été impliqués dans des tentatives vaines de renverser le Chef de l’Etat Cambodgien, y compris en envoyant une bombe au palais royal. En 1970, les deux derniers réussissent. C’est le coup d’Etat qui plonge le Cambodge dans la guerre du Vietnam. Ce que Norodom Sihanouk avait réussi à éviter jusque-là.

C’est bien l’événement capital du 18 mars 1970, né d’une volonté formulée à Washington, qui est à l’origine de tous les malheurs subis par le peuple cambodgien pendant les deux décennies qui vont suivre. Le Cambodge devient une partie du champ de bataille vietnamien et s’y affrontent les deux camps de la guerre froide. Norodom Sihanouk n’a pas eu d’autre choix que de solliciter le camp opposé à ceux qui l’ont renversé.

Si les communistes vietnamiens furent des alliés puissants et victorieux contre la République de Lon Nol pourtant appuyée par l’ampleur, inédite dans l’Histoire, des bombardements américains, ils ne furent pas pour autant ceux qui ont créé le mouvement politique et militaire connu sous le nom de « Khmers Rouges ». M. Sam Rainsy, qui ne s’embarrasse pas de la réalité historique, devrait lire des historiens comme David Chandler, Steve Heder ou Philip Short. Il saurait à quel point la méfiance et l’animosité à l’égard des Vietnamiens animaient Pol Pot et ses lieutenants. Bien avant mars 1970. Et jamais, pendant la guerre, les Khmers rouges n’ont pris leurs ordres à Hanoï. Une fois maîtres du pays, ils ont mis en œuvre une politique d’agression systématique contre le Vietnam qui a débouché sur le 7 janvier 1979 et la chute d’un régime responsable de la mort de 2.200.000 Cambodgiens. Qui, sérieusement, peut contester que le 7 janvier fut une libération ?

Qui peut contester que la suite a vu le Cambodge piégé dans une guerre par procuration qui a fait des survivants de la barbarie ”polpotiste”, les victimes des grandes puissances ? Une fois de plus. Ce ne sont pas les Vietnamiens qui sont les responsables des malheurs du Cambodge. Ce sont certaines grandes puissances qui ont refusé sa neutralité hier et qui exigent aujourd’hui une nouvelle fois qu’il se range dans un camp contre un autre.

Il faut être aveuglé par la passion qui est celle de tous les extrémistes et de tous les fanatiques pour oser écrire que le Cambodge est aujourd’hui colonisé militairement et économiquement par le Vietnam. Mais exacerber les passions de populations peu informées, n’est-ce pas l’apanage des populistes et des démagogues ? M. Sam Rainsy invente un scénario truffé de « si ». Mais, comme on dit en France, « avec des si, on met Paris en bouteille ». Malheureusement, pour tromper ses lecteurs, c’est la vérité historique que M. Sam Rainsy confisque…”.

Raoul M. JENNAR – Docteur en études khmères

 

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