Cambodge – Environnement : Dr Say Samal, le ministre qui veut du changement

”…Son Excellence le Dr Say Samal est l’un des ministres les plus actifs et les plus soucieux d’entreprendre des réformes…”, déclarait Arnaud Darc le Président d’Eurocham, lors de son discours de bienvenue à l’occasion du déjeuner-débat en présence du ministre, qui avait lieu ce mercredi midi, dans les locaux du Sofitel Phokeethra de Phnom Penh.

Son Excellence le Dr Say Samal
Son Excellence le Dr Say Samal, ministre de l’Environnement au Cambodge depuis 2013

Avec plus de dix ans d’expérience au sein du gouvernement royal et un doctorat de l’École des sciences biologiques (Université Monash, Australie), Son Excellence le Dr Say Samal est devenu ministre de l’Environnement en 2013. Le Dr Say Samal avait déjà occupé diverses responsabilités au sein du gouvernement royal, notamment vice-président et secrétaire général de l’Autorité du Tonlé Sap, membre du Comité national du Cambodge pour le Mékong, puis secrétaire général adjoint du gouvernement royal du Cambodge. Durant deux heures, Le Dr Say Samal a exposé les grandes lignes de sa vision concernant le ministère de l’environnement, avant de répondre aux quelques questions de l’assistance. Pour Cambodge Mag, les points essentiels de son intervention :

Besoin de changement 

”…En 2013, après les élections, les Cambodgiens ont appelé au changement, pas au changement de gouvernement, mais pour proposer de nouvelles orientations. C’est l’un des facteurs clés qui m’a amené à reconsidérer la stratégie et le fonctionnement du ministère de l’environnement. Le Premier ministre lui-même nous a demandé de se pencher sur ces changements dès ma nomination. Quand je suis arrivé au ministère, je me suis dit que pour changer les choses, il fallait changer la structure. C’est un énorme travail. De surcroît, quand je suis arrivé, je n’avais pas vraiment de soutien. Je suis jeune (37 ans), ils ne me connaissaient pas, j’ai senti qu’il fallait me faire accepter et gagner la confiance des collaborateurs du ministère. Et, cela fut un peu compliqué à l’époque. J’ai voulu créer une nouvelle organisation interne, je souhaitais mettre la structure du ministère en phase avec les nombreux challenges qui nous attendaient.
Personnellement, je pense que la question environnementale est étroitement liée à l’éducation. Au plutôt nous éduquerons la prochaine génération au respect de l’environnement au plut tôt nous parviendrons à améliorer les choses…”.

Environnement

”…Il y a deux cent ou trois cent ans, les questions environnementales ne se posaient pas vraiment à mon sens. Les communautés vivaient dans une espèce d’équilibre avec les ressources naturelles. Aujourd’hui, les choses ont bien changé et il est important d’assister les communautés vivant près des montagnes, des forêts ou des cours d’eau pour leur préserver ou leur assurer des modes de subsistance. Il faut respecter l’héritage que nous ont laissé les ancêtres de ces communautés. L’écotourisme par exemple est une activité qui commence à être positive pour ces communautés. Demander à ne plus couper les arbres et exploiter un minimum de ressources naturelles n’aurait pas de sens s’il n’y avait pas d’alternative. Il faut que la protection de la forêt soit rentable pour les communautés…”.

Besoin de formation interne

”…J’ai créé un centre de formation sur les questions environnementales pour les collaborateurs du ministère. Sur ce sujet, il est important d’actualiser les connaissances de nos agents en permanence. Ce n’est pas encore parfait mais je souhaite organiser plus de sessions. L’environnement couvre de nombreux sujets : la loi, la réglementation forestière, les ressources naturelles, les lois sur l’exploitation des mines, les concessions, etc….Nos agents ont besoin de s’améliorer et, aussi, de changer leur état d’esprit. Ce n’est pas toujours facile et cela risque de prendre du temps. C’est la direction que je souhaite donner au sein du ministère. Nous envoyons aussi nos cadres faire des formations à l’étranger, en Chine, en Australie, en Europe, pour les familiariser avec des approches différentes…”.

Son Excellence le Dr Say Samal est devenu ministre de l'Environnement en 2013
Son Excellence le Dr Say Samal

Réformer le ministère

”…Nous manquons de place et d’équipements, j’ai l’ambition de créer un ministère de l’environnement avec plus de laboratoires, plus d’espaces et de nouveaux bâtiments. Je souhaite que nous soyons capables d’assurer nous-même nos propres missions sans faire appel à l’extérieur. Je parle de mesurer la pollution par exemple, de réaliser nos études d’impacts, nos propres analyses. C’est encore un projet au stade de discussions mais ce nouveau ministère, ce nouvel espace plus technologique et le renforcement de notre autonomie, y compris financière, font partie de mes priorités. Nous avons déjà acheté pas mal d’équipement sur notre propre budget cette année…Je souhaite également que la politique salariale du ministère soit equitable, que les fonctionnaires gagnent leur vie correctement et que les recrutements locaux se fassent sur la base du mérite et des capacités…J’organise des cours de formation pour tous les fonctionnaires avant qu’ils ne soient promus à de nouveaux postes. Notre ministère coopère avec le ministère de la fonction publique pour cela…”.

Décentraliser

”…J’envisage également de décentraliser encore plus nos services, il est important que le ministère ait des bureaux en province pour pouvoir intervenir plus rapidement et au plus près des besoins. Il y a également d’autres facteurs à considérer. Notre pays va s’orienter vers le développement industriel, c’est en tout cas le souhait du gouvernement, et notre ministère doit être prêt à ce changement. Nous parlons alors de développement durable, de gestion de la pollution et du traitement des déchets industriels.  Pour la gestion des déchets, nous avons délégué la responsabilité de cette activité au niveau local. Cela a-t-il résolu le problème ? Pas encore…Mais je peux assurer que nous travaillons beaucoup dans ce sens. C’est une priorité, notre tourisme va bien, et le secteur a besoin de villes propres. Nos citoyens ont aussi besoin de villes propres avec une gestion des déchets efficace. Le pouvoir d’achat a augmenté au Cambodge, la classe moyenne consomme plus, plus de biens de consommation et, en particulier de l’électronique, et nous devons être capables de traiter ce type de déchets. Le marché de l’occasion ne suffit plus, il a rétréci car les gens achètent de plus en plus du neuf, et cela provoque inévitablement plus de volumes de déchets à traiter, et plus de technicité pour traiter les déchets électroniques…”.

Le plastique

”…Nous avons aussi le problème des sacs en plastique. Tout le monde est d’accord pour reconnaître qu’il y a une surconsommation de sacs de ce type dans le royaume et que les habitudes sont difficiles à changer. Le gouvernement légifère actuellement pour limiter le nombre de sacs en interdisant l’importation de plusieurs catégories de sacs en plastique…”.

Les études d’impact

”…Nous avons aussi des progrès à faire, même si les choses se sont améliorées, dans les procédures concernant les EIA (Environnemental Impact Assessment). Un décret existe depuis 2009 mais les choses se sont réellement mises en place avec le sous-décret de 2014 qui oblige chaque projet de construction ou d’exploitation, privé ou public, à avoir fait l’objet d’une évaluation sur l’impact environnemental pour notre ministère, avant d’être soumis au gouvernement…”.

Les zones protégées

”…Concernant les zones protégées, je suis plutôt fier de ce que nous avons pu faire. Habituellement, ce sont les gouverneurs de province qui soumettent au gouvernement des propositions de parcs, de sanctuaires ou de zones à protéger. A présent, un simple citoyen, cambodgien ou étranger résident peut demander au gouvernement à ce qu’une zone soit protégée. Je peux citer l’exemple de plusieurs individus ou communautés qui ont fait part de leur souhait de protéger des zones dont ils s’occupaient, et qui ont obtenu un statut légal de protection. C’est une disposition unique, seulement un début, mais un bon début…Nous avons aussi créé des corridors dans les zones frontalières et sur le Tonle Sap, ainsi que des zones marines protégées dans nos régions côtières et nos iles, sans compter les autres zones et sanctuaires dans les régions de : Koh Kong, Pursat, Kampong Speu, Ou Ya Dav, Samlaut..au total une soixantaine de zones protégées.  Mais il ne s’agit pas seulement de déclarer une zone protégée pour que celle-ci le soit réellement. Nous travaillons beaucoup auprès des autorités locales pour leur faire prendre conscience de l’importance d’une zone protégée, et des moyens à mettre en œuvre pour la protéger efficacement. Auparavant, ces derniers se souciaient assez peu du statut de protection. Pour eux, ce n’était qu’un document officiel. A présent, j’espère qu’ils en perçoivent l’importance et la valeur… Pour les communautés vivant près des zones protégées, nous encourageons la création d’activités d’écotourisme. Et, je peux citer plusieurs exemples de communautés qui se sont tournées vers l’écotourisme et pour qui cela fonctionne à présent très bien. Il est encore tôt pour avoir des résultats tangibles, ce n’est que le début, mais la tendance vers l’écotourisme, même chez les Cambodgiens, augmente sensiblement…”.

Education

”…En ce qui concerne l’éducation, un domaine qui me tient à cœur, nous avons commencé à travailler avec les écoles. Je souhaite que nous progressions vers des Eco-school – Ecoles vertes, des établissements scolaires au sein desquelles la conscience écologique et environnementale sera primordiale…”.

Conclusion

”…Globalement, je pense que le chemin est encore long, mais je suis fier des quelques étapes parcourues. Je considère ma mission comme un investissement pour les générations à venir. Nous souhaitons tous un Cambodge prospère et un développement durable et harmonieux. Cela ne peut pas se faire en un tour de main. Le ministère a besoin de gens qualifiés pour mener à bien sa mission et c’est la raison pour laquelle j’attache tant d’importance à l’éducation et à la formation…”.

Haut de page