Cambodge – Billet : Kep et les mélodies du Sud

Dix ans…dix ans que je n’avais pas passé plus de deux jours dans cette petite station balnéaire si particulière. En 2008, alors que je produisais des documentaires pour la télévision, Apsara Tv avait demandé une émission un peu spéciale, très inspirée du Va Savoir de Gérard Klein. Kep était alors une découverte, un rivage qui me rappelait un peu ma belle île lointaine quittée quelques années plus tôt.

Kep et sa plage principale, Cambodge
Kep et sa plage principale

Avec les techniciens d’Apsara Tv, nous avions donc loué un bus, arpenté les rues de Kep en compagnie du maire et d’une vingtaine d’orphelins de l’Aspeca. Ce fut l’occasion de découvrir les quelques petites bribes de paradis encore intactes comme l’île au Lapins, alors à peine fréquentée en dehors de quelques familles de pêcheurs. Ce fut aussi l’occasion de visiter la villa du roi Sihanouk surplombant le golf du Siam, avec ses jardins en escalier et ses immenses pièces et baies vitrées, de visiter la maison du père de Sihanouk, totalement grise et abandonnée, avec ces impacts de balles dans les murs qui témoignaient  des violents combats qui avaient pu avoir lieu dans cette petite ville d’allure pourtant si paisible.

Kep est aussi réputée pour ses fameux crabes...
Kep est aussi réputée pour ses fameux crabes…

Pour s’imprégner un peu trop facilement de cette nostalgie qui enrobe la ville côtière, nous écoutions alors, comme des potaches un peu fleur-bleue, la fameuse chanson du Roi-Père, Beauté de Kep, composée quelque part dans les années Sangkum, belle mélodie du sud, chanson souvenir, illustrant ô combien l’affection toute particulière que le roi entretenait pour Kep.

Embarcation de pêcheurs aux premières heures du jour
Embarcation de pêcheurs aux premières heures du jour

Et puis, il y a cette promenade, le long du bord de mer, partant du Marché aux Crabes pour se prolonger jusqu’au Centre Provincial. Dix ans après, le plaisir fut le même. Empruntée aux toutes premières heures du jour, alors que l’aube se fissure, l’émotion reste la même, la mer donne inlassablement et généreusement ses reflets argentés alors que les quelques embarcations de pêcheurs semblent à peine l’effleurer. Elle ne semble pas souffrir la mer, on l’assaille de touristes et de détritus, on lui casse les côtes,  on l’affame, mais elle semble avoir décidé de ne pas s’en soucier.

La brise est la même, le chant des oiseaux suffisamment discret, les sourires khmers n’ont pas disparu. J’ai croisé ce chiffonnier-mendiant à mi-chemin, avec cette expression incroyable, le regard un peu ailleurs. J’ai pris une photo, il n’a pas souri, je lui ai donné quelques dollars, il n’a pas souri non plus.

Portrait de Kep
Portrait de Kep

Dix ans après, il y a eu des aménagements, il y a des projets, de nouvelles routes, mais je n’ai pas envie, au moins sur ce point, d’hurler avec les vieux loups. Je suis plutôt, et assez souvent vieux râleur, à la rengaine ”…c’était mieux avant…”, mais je pense sincèrement que Kep a gardé une très belle partie de son charme d’antan. Et puis, c’est une impression, des efforts ont été faits pour la propreté, j’ai croisé assez peu de ces insupportables plastiques…

Kep est une autre ville du Cambodge. Phnom Penh a son énergie bouillonante et débordante, Siem Reap ses magnifiques temples, Sihanoukville ses immenses plages très convoitées, et Kep a son âme…qu’elle semble décidée à garder…

Texte et photographies : Christophe Gargiulo

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