Cambodge – Santé : Une histoire de dengue

LA DENGUE, aussi appelée
« grippe tropicale », est une maladie
virale transmise à l’homme par des
moustiques principalement du genre
Aedes. L’incidence de la dengue progresse
actuellement de manière très importante, et
l’inscrit aujourd’hui aux rangs des maladies
dites « ré-émergentes ». L’Organisation
Mondiale de la Santé (OMS) estime à
50 millions le nombre de cas annuels, dont
500 000 cas de dengue hémorragique qui
sont mortels dans plus de 2,5% des cas.
Deux milliards et demi de personnes vivent
dans des zones dites à risque.
Une maladie d’origine tropicale…La
dengue sévit principalement dans l’ensemble
de la zone intertropicale. Longtemps limitée
à l’Asie du Sud-est, elle ne cesse de s’étendre
à l’Océan Indien, au Pacifique Sud, aux
Antilles françaises, et à l’Amérique Latine. 
Le ministre de la Santé, M. Mâm Bunheng déversant de l’Abate dans une cuve
lors de la journée mondiale de
la protection contre la dengue

Transmission… Le moustique Aedes
aegypti, ou moustique tigre, est le principal
vecteur de la dengue. Le virus se transmet
à l’homme par la piqûre des femelles
infectées. Après une incubation de 4 à 10
jours, un moustique infecté peut transmettre
le virus tout le reste de sa vie. L’être humain
infecté est le principal porteur du virus; il
permet sa prolifération et sert de source
de contamination pour les moustiques
qui ne sont pas encore infectés. Les sujets
infectés par le virus de la dengue peuvent
transmettre l’infection (pendant 4 à 5 jours
et au maximum 12 jours) par l’intermédiaire
des moustiques du genre Aedes après
l’apparition des premiers symptômes. Aedes
aegypti vit en milieu urbain et se reproduit
principalement dans des conteneurs produits
par l’homme. Contrairement à d’autres
moustiques, il se nourrit le jour, avec un
pic d’activité tôt le matin et le soir avant
le crépuscule. Pendant chaque période où
elle se nourrit, la femelle pique de multiples
personnes. Aedes albopictus, vecteur
secondaire de la dengue en Asie, s’est
propagé en Amérique du Nord et dans
plus de 25 pays européens. Cette espèce
a une très grande faculté d’adaptation et
peut donc survivre dans les régions plus
tempérées et plus fraîches de l’Europe.
Sa propagation est due à sa tolérance
aux températures en dessous de 0°, à sa
possibilité d’hiberner et à sa capacité de
s’abriter dans des micro-habitats.

La dengue classique… La dengue
«classique» se manifeste brutalement après
deux à sept jours d’incubation par l’apparition
d’une forte fièvre souvent accompagnée de
maux de tête, de nausées, de vomissements,
de douleurs articulaires et musculaires et
d’une éruption cutanée ressemblant à celle
de la rougeole. Au bout de trois à quatre
jours, une brève rémission est observée,
puis les symptômes s’intensifient – des
hémorragies conjonctivales, des saignements
de nez ou des ecchymoses pouvant survenir –
avant de régresser rapidement au bout d’une
semaine. La guérison s’accompagne d’une
convalescence d’une quinzaine de jours.
La dengue classique n’est pas considérée
comme une maladie sévère comme l’est la
dengue hémorragique. 

Les complications – la dengue
hémorragique…
Chez certains patients,
le tableau clinique de la maladie peut
évoluer selon deux formes graves: la
dengue hémorragique puis la dengue avec
syndrome de choc qui est mortelle. La
forme hémorragique de la maladie, qui
représente environ 1% des cas de dengue
dans le monde, est extrêmement sévère: la
fièvre persiste et des hémorragies multiples,
notamment gastro-intestinales, cutanées et
cérébrales, surviennent souvent. Chez les
enfants de moins de quinze ans notamment,
un état de choc hypovolémique peut
s’installer (refroidissement, moiteur de
la peau et pouls imperceptible signalant
une défaillance circulatoire), entraîner des
douleurs abdominales, et provoquer la mort.
Epidémiologie… La dengue est
aujourd’hui considérée comme une
maladie réémergente. Avec la globalisation
de l’économie et l’augmentation des
échanges des biens et des personnes,
elle tend à gagner de nouvelles zones
géographiques, se développe de plus en
plus dans des environnements urbains, et
provoque des épidémies de plus grandes
importances. Les formes graves de dengue
sont de plus en plus fréquemment
observées lors des épidémies récentes.

Moyens de lutte… Il n’existe aujourd’hui
pas de traitement spécifique pour combattre
cette maladie, mais de nombreuses études
multidisciplinaires sont en cours. Les
moyens de lutte existants sont le contrôle
des moustiques vecteurs dans les zones
concernées et la protection individuelle
contre les piqûres de moustiques: éviter
que les moustiques n’aient accès aux gîtes
larvaires par une gestion et une modification
de l’environnement; éliminer correctement
les déchets solides et enlever les habitats
créés par l’homme; couvrir, vider et nettoyer
toutes les semaines les conteneurs pour la
conservation de l’eau domestique; épandre
des insecticides adaptés sur les conteneurs. pour la conservation de l’eau à l’extérieur;
prendre des mesures de protection des
personnes et du foyer par la pose de
moustiquaires aux fenêtres, le port de
vêtements à manches longues, l’utilisation
de matériels imprégnés d’insecticide, de
spirales et de pulvérisateurs; améliorer
la participation et la mobilisation des
communautés pour une lutte antivectorielle
durable; en cas d’urgence épidémique,
les mesures de lutte antivectorielle
comprennent également l’épandage et les
pulvérisations d’insecticides; contrôler
et surveiller activement les vecteurs pour
déterminer l’efficacité des interventions
de lutte. La prise en charge repose sur
un traitement symptomatique à base
de médicaments contre la fièvre et la
douleur. Cependant, la dengue pouvant
évoluer vers une forme hémorragique, la
prise d’antiagrégants comme l’aspirine
est à proscrire. La prévention collective
repose sur la lutte contre les moustiques
vecteurs (extermination, chasse aux
eaux stagnantes…) et sur les mesures
de protection préventives individuelles
contre les piqûres de moustiques
(moustiquaire, répulsif…).

Vaccination… Fin 2015 et début
2016, le premier vaccin contre la dengue,
Dengvaxia (CYD-TDV), mis au point
par le laboratoire Sanofi Pasteur, a été
enregistré dans plusieurs pays en vue
d’une utilisation chez des personnes âgées
de 9 à 45 ans vivant dans des zones
d’endémie. L’OMS recommande aux pays
d’envisager l’introduction du vaccin contre
la dengue CYD-TDV uniquement dans
les zones géographiques (nationales
ou infranationales) où les données
épidémiologiques indiquent une forte
charge de morbidité due à cette maladie.

Cambodge… Les cas de dengue
atteignent normalement leur maximum
dans le Royaume pendant la mousson.
Cependant, les choses semblent être
différentes et sont observés un grand
nombre de cas de dengue signalés avant
même le début de la saison des pluies.
Le Cambodge est unique en ce qui
concerne la dengue. Tous les cinq ans, il
semble y avoir un pic de cas de dengue
et de décès et les statistiques ne mentent
pas. En 2007, 407 personnes sont mortes
de la dengue hémorragique et près de
40 000 cas ont été signalés par le Centre
national de parasitologie, d’entomologie et
de lutte contre le paludisme. En 2008, le
nombre de cas et de décès a chuté de façon
spectaculaire avec 9 200 cas de dengue et
65 décès. En 2012, cinq ans après 2007, le
Centre a signalé 183 décès et 41 716 cas. En
2013, les cas ont chuté, 17 491 personnes
infectées et 59 morts ont été enregistrés.
Par contre, le nombre d’infections et de
décès a chuté de manière spectaculaire
au premier semestre 2017 par rapport à
la même période de l’année précédente, indique un communiqué du Centre national
de parasitologie entomologique et
antipaludique. Le nombre d’infections
dues à la dengue dans les six premiers mois
de l’année est tombé à 1 133, contre 2 447
au cours de la même période en 2016.
Le ministère de la Santé utilise des pastilles
de téméphos, commercialisées sous le nom
d’Abate, dans des contenants d’eau pour
tuer la larve des moustiques vecteurs de la
dengue. L’utilisation d’Abate, cependant,
doit être suivie d’un programme d’éducation
sanitaire sur l’utilisation correcte du larvicide,
avec des intervalles entre les applications
dans l’eau expliquées dans un langage
simple pour assurer leur efficacité. Bien
qu’il y ait peu de doutes quant à l’efficacité
du téméphos dans le contrôle des sites de
reproduction d’Aedes, il y a cependant un
manque de statistiques au Cambodge pour
démontrer une réduction sensible de la
transmission de la dengue avec l’utilisation
de ce larvicide particulier.
Sources Institut Pasteur – OMS – Centre National de Parasitologie, crédit photo AKP-Sanofi Pasteur
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