Cambodge – Khmer rouges : Sera et une mémoire pour l’éternité

Gravité, tristesse, un peu de soulagement, de l’humilité…il y avait beaucoup d’émotion ce jeudi après-midi lors de l’inauguration du mémorial ”À ceux qui ne sont plus là”, érigé en face de l’ambassade de France, à la mémoire de ceux qui n’ont pas survécu au long cauchemar infligé au peuple cambodgien, commencé le 17 avril 1975, date de la prise de Phnom Penh par les khmers rouges. Pour consulter toutes les photographies de l’inauguration du mémorial, cliquer ici
Séra priant devant le mémorial
Humilité dans l’attitude de Sera, alors qu’il voyait ce jour-là l’aboutissement d’une oeuvre dont la réalisation fut un long chemin parsemé de difficultés. ”…Ce n’est pas fini…confiait-il…il faut maintenant trouver des financements pour aménager cet endroit correctement, qu’il devienne une véritable place du souvenir dans la capitale…”. Quant à son discours, Sera indiquait simplement : ”…Pour moi, cette oeuvre est le symbole d’un passé que je ne veux pas oublier, mais je souhaite que cela aide aussi à ne pas vivre dans le passé. J’espère que cette statue contribuera à la réconciliation nationale par l’art, et que l’ensemble de la jeune génération comprendra le passé de leurs parents comme j’ai pu comprendre le passé de mes propres parents…”, déclarait-il.
Gravité dans le discours des ambassadeurs : ”…Cette sculpture est l’oeuvre de Sera Ing, artiste franco-khmer, marqué par lui-même par ces événements douloureux alors qu’il avait trouvé refuge à l’ambassade de France avec sa famille. Le parcours de cet artiste repose en partie sur cette volonté de perpétuer la mémoire de ceux qui ne sont plus là, et de transmettre aux jeunes générations la connaissance de ce passé, indispensable pour construire leur propre futur…La France a souhaité s’associer à la prise en compte des souffrances des victimes et de leurs proches en soutenant la conception et la réalisation de cette oeuvre mémorielle qui fut retenue avec dix autres projets par les Chambres Extraordinaires au sein des Tribunaux Cambodgiens…”, déclarait l’ambassadrice de France, Madame Eva Nguyen Binh dans son discours.
L’ambassadrice de France, Madame Eva Nguyen Binh durant son discours.
Tristesse dans les yeux et la voix de cette survivante : ”…aujourd’hui, je suis heureuse d’être parmi vous à cette cérémonie d’inauguration. Comme d’autres représentants des victimes des khmers rouges, je me permets de donner des impressions et de partager quelques expériences en tant que victime des évacuations forcées des khmers rouges et esclave du régime de trois ans, huit mois et vingt jours…Jusqu’à aujourd’hui, je me souviens encore des images du chaos, les voix effrayantes des khmers rouges munis des armes, qui ont crié, tiré pour me forcer, moi qui venait d’accoucher d’un nouveau-né, et les autres familles, ainsi que le peuple khmer, à quitter nos foyers pour se rendre vers les bases occupées par les khmers rouges…
Beaucoup d’émotion lors du discours de cette survivante qui a relaté quelques moments tragiques…
”…Les rues étaient pleines de monde, des gens en masse de toutes sortes et de tous âges : enfants, personnes âgées, malades, femmes enceintes, nouveaux-nés…qui se déplaçaient en voiture, à vélo, en remorque, en charrette…certains marchaient avec leurs affaires, c’était triste et tragique…Ces images de souffrance, je ne pourrai jamais les oublier tant que je suis encore en vie. Moi et toutes les parties civiles, nous sommes un peu soulagées car le tribunal des khmers rouges nous a rendu la justice et la vérité, et a sévèrement condamné les dirigeants khmers rouges dans l’affaire 002/01. Ce tribunal a répondu à nos attentes en rendant la justice aux victimes. Les dirigeants de ce régime cruel ont été traduits devant les tribunaux et deviennent désormais les prisonniers de l’histoire. Certes, il a fallu attendre longtemps, mais les autres victimes et moi-même, nous nous sentons reconnaissants et disposons enfin de droits pour révéler la vérité et chercher la justice…”
Mémorial ”À ceux qui ne sont plus là”, érigé en face de l’ambassade de France
”…Je suis contente et j’adore cette oeuvre magnifique. Ce mémorial reflète les mauvais traitements, la souffrance causée par la déchirure, la torture physique et morale, la misère ainsi que la décadence physique des victimes du régime des khmers rouges…”, déclarait-elle avec de longs sanglots dans la voix.
Quelques survivants présents à l’inauguration du mémorial
Après les discours de l’ambassadeur Croquette, et des avocats des parties civiles, tous se sont rendus ensuite devant la statue pour bénir celle-ci, devant les yeux d’une dizaine de survivants, dignes dans leurs souffrances, qui ne s’effaceront jamais, mais que ce type d’initiative a très certainement contribué à apaiser. 
Chum Mey, le survivant de S21

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