Cambodge – Habitat – Tendances : L’irrésistible attraction du Borey

Actuellement largement utilisé dans le langage populaire pour désigner ces villes-villages résidentiels qui fleurissent aux alentours de la capitale, le borey n’est pourtant pas un concept nouveau, qui serait né de la fièvre immobilière qui s’est emparée de la capitale, et du besoin des Cambodgiens de pouvoir s’installer dans des agglomérations fonctionnelles, avec de grands espaces propres, avec peu de circulation et sécurisés. Le mot borey était déjà utilisé dans les temps anciens pour désigner un pays, un royaume ou une province.

 

Entrée du Borey Peng Huot à Phnom Penh – Chhbar Ampov
Origines et concept
C’est l’honorable Samdech Chuon Nath, moine bouddhiste, connu pour son érudition et ardent promoteur de la langue khmère, qui intégra le terme dans son premier dictionnaire khmer publié à l’époque du protectorat français. Il définissait alors une province, ville, un lieu-dit. Le concept lui-même évolua pendant cette période alors que les Français firent construire des logements pour des travailleurs de la distillerie SKD (Société Khmère des Distilleries) en 1929 le long de la route nationale 6. Les habitations avaient un style hybride, franco-khmer, les travailleurs de la distillerie pouvaient les occuper gratuitement et devaient assurer la maintenance du groupe d’habitations, le nettoyage des rues et des égouts. La gestion du quartier était communautaire avec pour seule autorité celle du chef de village. Le système fonctionnait plutôt bien, le borey était sécurisé et l’esprit communautaire prévalait. Mais, il s’agissait plus d’un quartier de travailleurs d’une même usine que d’un espace résidentiel.

 

Si le borey d’aujourd’hui présente quelques similitudes avec le concept des années du protectorat, les promoteurs immobiliers ont développé aujourd’hui une vision plus proche d’une version urbanisée et moderne d’un grand village. Cette vision du borey s’est amorcée il y a une dizaine d’années alors que le besoin de construire des maisons à des prix abordables dans la banlieue de la capitale, devenue bien chère, se faisait sentir. Le mouvement s’est vite emballé alors que le concept obtenait la faveur des Cambodgiens qui ont pu s’installer, sans exploser leur budget, dans un environnement agréable et ont aussi vu fleurir commerces et petits restaurants à l’intérieur et autour du Borey. Il y a aujourd’hui 85 boreys dans les alentours de Phnom Penh, majoritairement occupés par des Cambodgiens.
Borey Peng Huoth
Fondé en 2005 par deux frères sino-khmers qui ont senti le vent venir, le Groupe Borey Peng Huoth, qui comprend Borey Peng Huoth, Borey Peng Huoth Construction et Borey Peng Huoth Shopping Centre commercial est devenu aujourd’hui l’une des plus importantes sociétés de développement immobilier au Cambodge qui s’étend à présent bien au-delà de la simple construction de boreys. Le borey Peng Huot, situé dans le district de Chhbar Ampov, à quelques minutes de route du Pont Monivong,  est un véritable méga complexe résidentiel englobant plusieurs boreys de style et de prix différents, avec des appellations assez pompeuses telles The Star Jumeirah, The Star Premier, The Star Emerald II, The Star Quateria…17 boreys au total sont construits dans l’ensemble Peng Huot, et ce n’est pas fini.
Habitations à Peng Huot, avec différents standards de logements, et une certaine uniformité
Visite à Dreamland
Pour le résident de Phnom Penh qui franchit pour la première fois le portail aux allures orientales du borey Peng Huot, la surprise est de taille. Loin de la capitale bouillonnante et bruyante qui peine à gérer le traitement de ses ordures, les avenues du borey sont larges, plantées d’arbres et de fontaines, aucun détritus ne traine, la circulation est négligeable. Sur l’avenue principale, plusieurs entrées qui dirigent vers les ‘’sous-boreys’’. A l’intérieur de l’un d’eux, nous ne sommes plus à Phnom Penh mais dans une ‘’dreamland’’ édulcorée, avec des maisons uniformes certes, mais d’architecture aux tons occidentaux, plutôt agréable, un parc pour enfants à droite, un club de sports à gauche, des rues secondaires propres parcourues par des petites mains de l’entreprise qui gère la maintenance, des vigiles qui circulent et vérifient les ‘’bons comportements’’, des caméras de surveillance tous les trente mètres, il y a un petit air de Bienvenue à Gattaca dans ce quartier.
Jardins d’enfants à Peng Huot
Il existe plusieurs types d’habitations, les plus modestes avec un seul étage, deux chambres et dont les loyers oscillent entre 280 et 350 dollars US. Un peu plus loin, une zone copiée collée avec le même type d’habitations, mais avec deux étages, et des prix aux alentours de 600 dollars US. Sortons du petit borey pour reprendre l’avenue principale. Sur la droite, un mall en construction, puis le bureau de vente avec les maquettes grandioses du futur projet Euro Park. A gauche, quelques maisons qui n’ont plus rien à voir avec les petits ou moyens budget. Des villas colossales légèrement inspirées du ‘’château’’ qui trône sur l’avenue Norodom. Au bout de l’avenue, un nouveau complexe est en plein chantier. Là, les promoteurs ont choisi de reproduire un petit Venise avec ponts en arcade, gondoles…de belles affiches vantent le mérite du borey qui permet à la classe moyenne de vivre dans un environnement paradisiaque, et clinquant de préférence, pour un budget raisonnable…Les frères Peng Huot ont pensé à tout.
Le projet pharaonique d’Euro Park au Borey Peng Huot
Résidents
Majoritairement prisé des Cambodgiens, le borey semble s’attirer la faveur des étrangers avec un leitmotiv récurrent : la circulation, le bruit et la pollution de Phnom Penh qui rendent certains quartiers de la capitale difficiles à vivre. ‘’…C’est un peu uniforme ici, mais c’est propre, c’est sécurisé et surtout, il n’y a pas de bruit…’’, s’exclame Hans, un allemand qui a décidé de louer dans le borey The Star Platinum Mercurean. ‘’…je travaille dans une entreprise située à Chhbar Ampov, j’ai des enfants, le borey est idéal, plus sûr et plus agréable pour une famille…le parc est à deux pas, il commence à y avoir des petites épiceries avec des prix honnêtes, il y a une école internationale, c’est très vert, je n’ai plus du tout envie de retourner dans Phnom Penh, j’ai trouvé l’endroit idéal pour moi et ma petite famille…’’, explique Rosalia, originaire des Philippines, qui loue avec son mari un F3 dans le même endroit. Peter est Néo-Zélandais et vient d’emménager : ‘’…le seul inconvénient est l’accès à Phnom Penh en heure de pointe, il faut partir tôt, mais c’est le seul petit problème, tout le reste me convient parfaitement, en particulier le calme, C’est un peu mort le soir mais la ville n’est pas si loin, donc ce n’est pas si gênant que cela…’’, déclare-t-il.
La classe moyenne cambodgienne a peut-être trouvé son modèle idéal de résidence avec le borey qui présente à l’évidence des avantages pour la vie familiale, De surcroît, les premiers prix oscillent entre 65 et 80 000 dollars US et les promoteurs offrent des facilités de paiement proches d’un système de location-vente, sans apport. Cela rend l’accès à la propriété plus abordable pour une population jeune. Dix ans après les premiers boreys qui sont sortis de terre, la demande est toujours forte et la structure se complète vers l’idéal avec des investisseurs qui se pressent vers cette nouvelle clientèle en construisant magasins, restaurants, malls, structures de loisirs et établissements de soins à l’intérieur ou à proximité immédiate des boreys. Ce sont des besoins pour lesquels le modèle idéal pêche encore quelque peu, mais pas pour longtemps au vu des nombreux chantiers qui parsèment Peng Huot – Gattaca ou Portmeirion ?
Pour plus de détails sur le borey – complexe Penh Huot : https://www.penghuoth.com/en/
Haut de page