Dossier Somaly Mam; Entretien avec Christopher Minko

Entretien avec Christopher Minko

Christopher Minko est un personnage, un Landmark au
Cambodge. Animateur d’une formation musicale et d’une ONG spécialisée dans le
Handy sport, cela fait 20 ans qu’il vocifère publiquement contre les pratiques
des ONG au Cambodge. En une heure d’entretien, nous aurons à peine le temps de
poser deux questions, l’homme est en colère, très en colère, contre les ONG,
contre Somaly Mam :

J’ai commencé à
travailler dans le secteur ONG il y a 20 ans car je sentais qu’il y avait un
potentiel. J’ai découvert un tas de choses déplaisantes, un secteur corrompu,
protégé, peu efficace. Le scandale Somaly Mam est l’illustration du besoin de
conte de fées fabriqué. Nous sommes loin du conte de fées, ce n’est que de la
connerie.
Le monde du faux
La méthode Somaly
existe depuis toujours. La fabrication de faux existe à tous les niveaux y
compris administratifs. Les ONG internationales qui financent les ONG locales
ou mixtes se font la guerre et n’échangent pas leurs infos, chasse gardée. Il y
a alors beaucoup de dupli de projets, dupli de factures, pas mal de projets locaux
sont financés deux fois avec exactement les mêmes programmes, les mêmes
comptabilités.
Christopher Minko, artiste mais aussi chef de projet et grand connaisseur du milieu asociatif
Répartition discutable
Personne n’ose
broncher car l’administration locale y trouve aussi son compte, un nombre
incroyable d’enveloppes circulent. Après l’enregistrement de l’ONG, qui sera
très rapide avec une bonne enveloppe, l’arnaque continue avec le fonctionnement
propre de l’ONG et la répartition interne des donations. Le monitoring financier
n’est pas très approfondi ni très sérieux. Pourtant, en fouillant un peu, on
s’aperçoit que bon nombre d’ONG locales et internationales affectent environ 80
% de leurs donations à leurs frais de fonctionnement.
Au niveau des
grosses ONG, il est courant de voir des chefs de projet avec des salaires 10 à
15 000 dollars, auxquels on ajoute généralement les frais d’hébergement de
toute la famille, un ou deux véhicules et des per diem de mission de plusieurs
centaines de dollars.  Prenez un projet
d’un million de dollars, enlevez déjà 30% pour le chef de projet, 30% pour ses
adjoints, 20% pour des salaires et frais locaux…il reste 20% directement
affectés à l’aide strictement dite, autrement dit, pas grand-chose.
L’exemple Somaly
Somaly Mam en a été
l’exemple parfais avec son train de vie entretenu par la Fondation Somaly Mam.
On en parle beaucoup plus car c’est à une grosse échelle, Somaly Mam a eu un
salaire supérieur à 100 000 dollars annuels…mais ils font tous la même chose.
Somaly est aussi l’exemple de la perte de contrôle. Je pense qu’elle est
intelligente, opportuniste et déterminée mais qu’elle a été grisée par son
succès et qu’elle a totalement perdu les pédales avec ses mensonges éhontés. Je
ne suis pas convaincu aussi du nombre de jeunes filles qu’elle prétend avoir
secouru. Je suis également
sceptique sur ses méthodes et ses programmes. Quand elle a repris les rênes de
l’ONG, on a découvert une Somaly très autoritaire, lunatique, instable, loin de
l’image de la passionaria attendrie qui enchantait les medias étrangers… Je
ne crois pas aussi qu’elle ait mis les meilleurs programmes en place. La prostitution
et le trafic humain sont des problèmes très sérieux en Asie du Sud Est, il faut
être sérieux. Dés qu’une jeune fille a commencé à se prostituer, she’s fucked
(elle est foutue). Pour avoir une petite chance de succès, il faut un suivi qui
va au delà de l’encadrement proposé par les ONG spécialisées. Il vaut une
véritable stratégie, pas le bling bling Somaly.
La seule chose que
j’espère c’est que cette lamentable histoire va peut-être inciter les pays
donneurs à exiger plus de transparence financière dans les donations.
ONG et publicité
Au niveau
communication, les ONG s’entourent de journalistes et chargés de relations
publiques sans éthique, sans conscience professionnelle. Ils se sont régalés
avec Somaly, mais, je répète, elle n’est pas la seule. Prenez le livre ‘’D’abord ils ont tué mon père’’, c’est
du pur fabriqué. L’auteur raconte ses malheurs qui commencent à 6 ans. Qui se
souvient de chaque instant de cette période de l’enfance avec autant de
détails ? C’est de la connerie à 100% fabriquée par des PR (relations
Publiques) et des journalistes / écrivains sans scrupules.
Efficacité contestable
Les ONG affectent
peu des donations à leurs programmes et elles montent également  des projets dont la plupart n’offrent pas de
solutions concrètes de sortie. Beaucoup d’ONG, à grands renforts de publicité, lancent
des programmes sociaux, qui améliorent quelque peu la situation durant la durée
du projet mais qui, à terme, ne sont pas viables. On crée des espèces de
bulles protégées et on rivalise ensuite d’imagination pour monter des dossiers
incitant les donneurs à remettre la main à la poche.


Statu quo lucratif
Personne ne veut que cela change, le
gouvernement y trouve son compte, les ONG ont un train de vie extraordinaire et
veulent conserver leurs privilèges, les pays donneurs donnent une bonne image
de leur politique étrangère  et, le tour
est joué ! Personne, absolument personne n’a envie que cela change, pas
question de secouer le cocotier dans un secteur qui brasse tant de millions de
dollars chaque année.
Pauvreté vendeuse
Il y a d’autres
facteurs qui favorisent cela. Le Cambodge est le pays idéal pour cette
exploitation. Le pays est exotique, les enfants sont touchants, photogéniques
et les scènes de pauvreté faciles à mettre en valeur. Il est facile d’attendrir
avec les images du Cambodge. Et, lorsqu’on s’attendrit, on met beaucoup plus
facilement la main à la poche. On oublie souvent que le Cambodge est un pays
prospère mais qu’on a laissé perdurer trop longtemps  une situation d’assistanat extrême à laquelle
les Cambodgiens se sont maintenant trop bien habitués. Phnom Penh vient
d’ouvrir un centre commercial* qui a couté 250 millions de dollars, pensez-vous
qu’un pays qui peut s’offrir cela et ouvrir aussi une concession Rolls Royce a
besoin de tant d’assistance ?
Protester
Malgré ma grande
gueule, j’ai pu avoir un financement pour mon ONG. Mais, à force de vociférer
depuis tant d’années, le lobby des ONG m’a mis à l’index, peu importe, je ne
suis pas à vendre. Au début, de grosses ONG sont venues me solliciter car elles
avaient besoin d’un partenaire local. On m ‘a même demandé une fois de signer
un contrat qui n’avait que la dernière page en échange d’une donation de 90 000
$…j’ai refusé, je savais qu’ils allaient vampiriser mon projet, ils n’avaient
rien d’autre à proposer,  et j’ai su par
la suite que l’enveloppe attribuée dépassait les deux millions de dollars. Sans
commentaires.

*Centre commercial Aeon ouvert en juillet 2014 à Phnom
Penh, financé par des capitaux japonais à hauteur de 250M de dollars US.

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