Charlie Hebdo et le Cambodge, polémique

Charlie et Hebdo et le Cambodge, polémique autour d’une première de couverture.

Il n’est pas étonnant que la couverture de Charlie
Hebdo ait resurgi quelques jours à peine après l’attentat de Paris qui a fait
12 morts et plusieurs blessés et au cours duquel sont morts quelques grands
noms de la caricature dont l’irrévérencieux Cabu.

Petit rappel: En fait, au Cambodge, l’attentat n’a
suscité d’émotion que parmi la communauté française qui s’est réunie dans les
locaux de l’IFC le lendemain de l’attentat. Au niveau politique, le Premier
Ministre a exprimé son indignation…et, dans la presse locale, si les télévisions
et radios khmères ont relayé l’information, pratiquement rien n’a surgi de la
presse écrite. Sur les réseaux sociaux, l’intérêt a été plus marqué, entre ceux
qui ont adhéré au mouvement ‘’Je suis Charlie’’, qui risque de devenir rapidement
insupportable tant cela contribue à hyper médiatiser une émotion légitime du
moment pour en faire un instrument viral de récupération, et ceux qui ont
refusé d’orienter leur sympathie vers l’hedo Charlie, tout en rendant un hommage
poli aux victimes, affirmant néanmoins leur refus de cautionner l’esprit du
journal leur humour et leur orientation.

Couverture contestable: En se positionnant comme lecteur ou ancien lecteur de
Charlie Hebdo, il est vrai que la couverture spéciale Cambodge n’est
certainement pas la meilleure de leurs productions. Les dessinateurs ont eu des
éclairs bien plus brillants dans de nombreuses autres éditions. Si on devait
qualifier cette couverture ? Humour noir, humour trop noir, humour trop
loin ? Il est probable que l’auteur, Reiser, a voulu dénoncer l’indifférence
occidentale envers la mise à mort de plusieurs millions de Cambodgiens pendant
de si longues années. On peut se demander alors si le traitement journalistique
et la dénonciation du génocide étaient l’affaire de caricaturistes ou s’ils
auraient du s’abstenir. Dans cette dernière éventualité, ce serait alors
remettre en cause tout l’esprit Charlie, le caustique, l’irrévérence et l’humour
noir à outrance, en clair, l’esprit et le ton du journal qui avait ses adeptes
et ses détracteurs, aujourd’hui tous forcément à la une en raison de l’actualité
dramatique du journal. Était-il opportun de republier cette photo sur les réseaux
sociaux ? Oui, parce qu’elle a eu au moins le mérite de lancer un débat au
sein d’une communauté bien française mais bien éloignée et parfois bien
expatriée. Oui, parce qu’il fallait rappeler que les irrévérencieux de Charlie
avaient aussi ‘’pensé’’, à leur manière, au génocide cambodgien. Oui, parce que
les échanges, parfois vifs, ont vu émerger quelques idées et citations très pertinentes
telles : ” la mort d’un homme est une tragédie mais la disparition de
1 millions de personnes ne sera qu’une statistique” (Staline).
Vrai, autant l’émotion autour du massacre de journalistes et caricaturistes est
tout-à-fait légitime au regard du caractère symbolique, ils représentaient une
hyper liberté de la presse, autant ne devrait-on pas oublier les tragédies
quotidiennes que nous afflige le monde de façon quasi-quotidienne sans réellement
susciter la compassion qu’elles méritent.

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