Sexe, mensonges et documentaires à Phnom Penh

Une nouvelle pasionaria contre la prostitution au Cambodge…

Après la saga Somaly Mam (1) qui n’en finit pas et n’en finira
certainement pas de rebondir, après  les sanglots ultra télévisés de Stacey Dooley (2)
alias la proprette qui  doit probablement
coucher une fois par mois, sur ordonnance et sans eau gazeuse, la télévision nous
envoie la stéroïdée et peu pudique Jodie Marsh pour un énième documentaire lénifiant
sur le marché de la virginité au Cambodge.
Jodie Marsh, nouvelle icone de l’humanitaire télévisé ?
Pour faire de la recette…   
Diffusé sur la chaine câblée TLC le 04 novembre 2014, le documentaire
de Jodie Marsh reprend les mêmes ingrédients que Stacey  Dooley, on se promène dans Phnom Penh ou dans un vilage, on
avance des statistiques effarantes et peu précises, on interviewe quelques
victimes moyennant pourboire, on cligne de l’œil, on s’embrasse et on reprend l’avion
avec l’impression d’avoir révélé le scandale du siècle et sauvé une vie. Si le ton ferme et
presque agressif parfois de Jodie Marsh tranche plutôt de façon agréable avec
la verve calculée et quasi vénéneuse de Somaly Mam, et la naïveté dégoulinante et
insupportable de Stacey Dooley, les réactions après la diffusion du
documentaire n’ont pas tardé. Beaucoup de spectateurs fustigent le scandale du
marché de la virginité mais suggèrent que Jodie Marsh, une militante de la
promiscuité n’était pas la meilleure journaliste pour en parler…D’autres
commentaires plus épicés avancent que Jodie aurait cherché à se souvenir de sa
propre virginité, si elle en a eu une un jour (dans le texte). Mais, à l’image
de ses précédents sujets, Jodie Stéroïde a fait mouche avec l’audience. De
nombreux commentaires laissent penser que personne ne savait et, que ‘’ces occidentaux sont vraiment des pervers…‘’ (dans le texte). Bref, le sujet est encore vendeur, et de là à imaginer
que la Marsh a senti un espace libre dans le traitement média de la
prostitution au Cambodge en l’absence (provisoire?) de Somaly Mam, il y a
un pas qu’il n’est pas indécent de franchir. Rappelons qu’un documentaire en
seconde partie de soirée avec un nom (personnalité) se négocie entre 50 et  100 000 euros.
Imprécisions et sensationnalisme
Au-delà de l’aspect parfois quasi-parodique du documentaire lié à la
personnalité et à l’apparence de Miss Marsh, il faut souligner, qu’une fois de
plus, le sujet, qui est un sujet grave, est effleuré et même écorché par
beaucoup d’imprécisions et de contre-vérités dans l’énoncé des méthodes de réseau du dit
marché de la virginité. Jodie March avance un chiffre de 70 000 prostituées au Cambodge
avec 40 % de mineures, et une explosion du trafic humain. Apparemment la
journaliste aurait eu ces chiffres auprès d’une ONG qu’elle ne nomme pas, mais,
alors qu’on sait pertinemment que la prostitution occasionnelle et free lance a
largement pris le pas sur le trafic ‘’dur’’, comment peut-on avancer de telles
statistiques, et quelle crédibilité leur donner ? Paradoxalement, le trafic a
reculé bien que le nombre de prostituées ait sensiblement augmenté. La
prostitution libre a explosé face au développement et aux besoins de
consommation qui sont apparus avec la relance économique. Le pouvoir d’achat
faible chez les petites classes a favorisé l’explosion de la prostitution free
lance et occasionnelle. L’offre étant donc plus importante, la
prostitution dure et organisée en réseau a reculé même si elle reste présente. La
loi contre le trafic humain mise en place en 2008 au Cambodge a eu pour effet
de fermer les bordels et l’infâme K11 (quartier de bordels entièrement peuplé
d’enfants), mais les prostituées se sont relocalisées à présent dans les KTV
(Karaoké Télévision), garden beers ou salons de massage bon marché. Le modèle
thaïlandais semble faire recette car il est de plus en plus courant de voir des
salons de massage proposer les filles en vitrine. Bien que le problème soit
toujours d’actualité, il y a eu des changements vers un léger mieux,
insuffisants, mais il y en a eu. Malheureusement, cela est moins vendeur. Mieux
vaut annoncer aux spectateurs ‘’cup of tea’’ bien pensants que la
prostitution explose dangereusement et que les mères maquerelles se font tabasser par
les clients si elles ne fournissent pas de jeunes vierges. Et, mieux vaut
mettre en avant des occidentaux bien gras plutôt que des asiatiques pourtant
bien plus consommateurs ( + 90%).
Alors Jodie Marsh…
La présence de Marsh dans le monde du documentaire à sensation aurait
pu presque passer si la carrière de Miss Jodie avait été un peu plus linéaire
et convaincante. Si on peut accorder un peu de crédit à une reconversion, il
est difficile de croire en la sincérité de Jodie Marsh lorsqu’elle prétend très
sérieusement  embrasser une carrière
parlementaire dans son pays natal, l’Angleterre, pour redresser le pays annonçant
même qu’elle valait mieux que tous les politiciens du pays réunis… lorsqu’on
sait qu’elle organise des séminaires très coûteux sur le Booing (technique d’utilisation du terme Boo
pour fustiger quelqu’un ou une équipe…), qu’elle a déclenché la fureur des médias
après avoir menti sur des propositions indécentes qui lui auraient été faites
par des politiques éminents…etc…etc. Si l’originalité teintée mi-schwarzy mi-Cicciolina
 peut  devenir presque sympathique, il aurait fallu
un peu plus de sérieux dans le traitement d’un sujet qui risque de devenir
aussi lassant que ces pasionarias sans éthique et risquent de caricaturer le
Cambodge en limitant son image à une destination de premier choix
pour les vieux pervers. C’était en tout cas le sens de beaucoup de réactions british
suite à la diffusion du chef d’œuvre de Jodie Marsh sur TLC.
Voir la bande annonce:
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