Le joueur survivant

Sarun, rescapé, tennisman et artiste
Sarun, un des trois joueurs qui a survécu aux khmers rouges
Cet homme de 71 ans
qui a le corps d’un athlète de 40 est un survivant. Sarun faisait partie des 40
joueurs professionnels et semi professionnels dans les années soixante, période
durant laquelle le tennis cambodgien a connu son apogée. A l’arrivée des khmers
rouges, Sarun a vu toute sa famille se faire massacrer et il n’a du la vie sauve
qu’à sa présence d’esprit. Il s’est caché, a détruit toutes ses pièces d’identité
et joué l’ignorant. ‘’J’étais aussi soldat dans l’armée, si les khmers rouges
avaient su cela, ils m’auraient exécuté sur le champ. Joueur de tennis et
officier…je n’y aurais pas échappé. J’ai eu tout de même très peur, un khmer
rouge n’était pas convaincu et m’a demandé pourquoi j’avais un corps d’athlète.
Je lui ai répondu que c’était naturel, je n’étais pas un sportif, je n’étais
personne. Il m’a alors dit que si je voulais, je pourrais aller enseigner le
sport dans les campagnes. Je me suis méfié, j’ai répété: Non ne suis
rien”
. Aujourd’hui, alors qu’il ne reste que trois survivants de l’age d’or du tennis cambodgien, Sarun vit de l’enseignement du tennis entre leçons particulières
et entrainement des jeunes. Le ‘’coach’’ a une santé étonnante et continue de
disputer parfois quelques matchs pour le plaisir. A 71 ans, Sarun pourrait
encore facilement évoluer en début de troisième série. Son jeu n’a pas de punch
mais ses trajectoires sont à 2 cm des lignes et pas plus au dessus du filet.
Sarun a un toucher de balle et un sens de l’anticipation qui rappellent qu’il a
évolué dans le groupe B de la Coupe Davis. Tels un Panatta ou un Mecir, Sarun
semble caresser la balle et la diriger comme bon lui semble et, pour ceux qui,
fatigués de longs rallies, tenterait d’abréger avec une amortie, Sarun anticipera
et la punition sera imminente. Un grand artiste, un grand joueur, respect.
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