Somaly Mam dans la presse francaise

L’enquête de Marianne
En
exclusivité, un extrait de l’enquête sur Somaly Mam écrite par Marie Huret à
Paris et moi-même au Cambodge. Il n’est pas possible de diffuser tout l’article
(8 pages) pour des raisons de droit mais les abonnés de Marianne peuvent
trouver l’enquête intégrale dans l’édition 903 d’Août 2014.
Extrait (avec l’aimable autorisation de Marianne):
Somaly
Mam, c’est le casting rêvé d’un monde en panne de héros qui n’hésite plus à se
les fabriquer, qu’importe si le toc remplace l’éthique. Dans
le marché du compassionnel devenu ultra concurrentiel, les ONG misent sur le story-telling : pour attendrir les donateurs, il faut des
histoires attendrissantes qui donnent envie de mettre la main à la poche. « Ce scandale est l’illustration du besoin de conte de fées fabriqué, ce
n’est que de la connerie !,
fulmine Christopher Minko, un personnage au
Cambodge, à la tête d’une structure de Handy sport. Vingt ans qu’il vocifère
contre les pratiques des ONG, qu’il juge corrompues, inefficaces. Somaly Mam en est le parfait exemple avec
son train de vie entretenu par la Fondation qui lui a octroyé un salaire annuel
supérieur à 100 000 dollars ! Mais tous font la même chose. Somaly
illustre la perte de contrôle. Elle est intelligente, opportuniste et
déterminée. Grisée par son succès, elle a totalement perdu les pédales avec ses
mensonges éhontés. »


Pour
comprendre la Somaly des débuts, la Somaly d’avant le fric, ses voyages en
business, ses nuits dans les palaces, ses manucures et ses soirées au casino qui
lui ont fait tourner la tête, il faut s’adresser à un homme : son ex-mari.
Pierre Legros accepte de nous rencontrer dans un petit restaurant de fruits de
mer du côté de Phsar Dem Kou, à 10 minutes de Phnom Penh où les occidentaux
sont rares. Il arrive au guidon d’une grosse cylindrée. La cinquantaine
sportive, le visage baroudeur, le Français travaille aujourd’hui dans le privé,
le secteur médical. S’il éprouve de la rancœur, il la dirige moins contre son
ex-épouse que contre le système qui a fabriqué le monstre de communication
qu’est devenue Somaly. Au détriment de la cause : « L’idée de l’AFESIP a germé en 1993, à l’époque, il y avait
beaucoup d’ONG d’assistance médicale mais peu ou pas de type social. Or, le
besoin était réel face à l’explosion de la prostitution, de la situation de la
femme et du Sida, raconte-t-il. Somaly nourrissait nos données sur le terrain en visitant
les maisons closes. Elle avait ce petit plus qui attirait la confiance et les
filles se confiaient spontanément ».
Leur
rencontre remonte à deux ans plus tôt. En 1991, le jeune biologiste qui a travaillé
au Laos en Thaïlande pour Médecins Sans Frontières est affecté au Centre National
de Malariologie d’un Phnom Penh souvent sous couvre-feu. Les anciens chefs
Khmers Rouges tentent des retours, provoquent des incidents meurtriers. Dans
cette ville sous tension, les distractions sont rares, quelques bars attirent
les expatriés et quelques ‘’free-lance’’, ces filles qui se prostituent sans
dépendre d’une Mamasan ou d’un réseau : des provinciales fuyant la
violence, des étudiantes qui s’ennuient, des fauchées en quête d’un boy-friend. Parmi
elles, Somaly Mam, la « Micmaow » – appellation khmère désignant une
provinciale qui cherche un blanc – sort du lot. Diablement belle, de cette
beauté qui fait tourner les regards au milieu des jolies poupées exotiques. Là,
dans ce bar nait l’histoire d’amour qui va propulser le Cambodge et le fléau de
la prostitution sous les feux de la rampe pendant 20 ans…
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